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TRIBUNE LIBRE

Débat : L'écrivain togolais Gustave Akakpo réagit à l'interview du Prof. Togoata Apédo-Amah

Lire l'interview d'Apedo-Amah 

Par Gustave Akakpo
Tout d’abord, frappes de main pour ce site, pour l’excellent travail de vitrine internationale de toutes les opinions (essentiellement togolaises). Bel exemple de la démocratisation de la parole !

J’ai eu l’occasion de croiser Sami Tchak et Théo Ananissoh à Fougères (lors d’une semaine africaine organisée Elyane Aissi – la sœur de Christiane Tchotcho Ekué– dans son établissement scolaire). Ils disaient que les auteurs invités au Togo s’attendaient à une rencontre autour de leurs textes, ce qui supposait, en amont, un véritable travail de préparation, entre élèves ou étudiants, avec leurs professeurs… Il ne faut pas oublier que tous ces écrivains ont chacun une forte personnalité – il en faut dans ce métier qui demande des tripes à toute éprouve – Sami étant lui-même un excellent tribun. Il fallait que ça discute, et pour cela, de la matière bien fouettée ! Ceci pose la question, entres autres, de la curiosité intellectuelle de la part des étudiants. Certes les prix des livres édités en France ne sont pas abordables pour le public togolais. Mais il existe aussi des bibliothèques, un réseau de lecture publique. Et puis, demandez aux éditeurs togolais, les prix des livres édités au Togo, incitent-ils plus le lecteur à l’achat ? Je pense aussi qu’un travail d’éducation au livre, à la culture – je sous-entends celle héritée de la colonisation – reste à faire au Togo. Arrêtons de tourner autour de notre gueule. Celui-là même qui rechigne à sortir de l’argent pour acheter un livre coûtant 3000, 4000 ou 5000 F CFA, en trouvera pour faire les frais d’une tournée amicale dans un bar, sortir sa go, s’offrir des habits branchés et tutti quanti. Un véritable travail de terrain est nécessaire pour que le lecteur togolais s’approprie le livre. Des associations comme ATAILE, Escale des écritures, essaient de travailler en ce sens, mais avec des moyens fort dérisoires par rapport à l’immensité de la tâche.

La littérature togolaise a le pied à l’étrier. Il y a de quoi avoir de l’espoir à portée de main. J’en suis la preuve. Je me rappelle, en 99 j’avais demandé, au professeur Apédo, son avis de professionnel sur  une de mes premières pièces de théâtre, « Catharsis ». C’est certain qu’avec toutes les lectures qu’il se coltine, s’il se faisait payer, il serait sans doute  aujourd’hui coté en bourse. Mais il le fait avec cœur, et c’est de cœur à cœur que nous lui en sommes reconnaissants. Chapeau au professeur ! Pour en revenir à cette époque, il faut dire que je regardais, émerveillé, admiratif, les livres de Kossi Efoui, Kagni Alem, Sami Tchak, Zinsou, etc… au CCF de Lomé. Ma petite tête me disait : « voilà des exemples à ne pas lâcher ! » Je ne m’imaginais pourtant pas être un jour du cénacle. Je me l’imagine toujours mal d’ailleurs. Il y a quelques jours, je lisais sur la quatrième de couverture de ma dernière pièce parue, une mention de mon éditeur Lansman (pourtant pas riche en fleurs), « Gustave Akakpo, un des auteurs dramatiques francophones les plus doués de sa génération ». Cela m’a fait tout drôle, l’impression qu’il parlait d’un autre que moi, et j’ai pensé au professeur Apédo, à ses conseils d’antan… Et aujourd’hui, je n’en attends pas moins de lui, car la route est encore longue et je suis convaincu qu’elle doit se construire entre le Togo et l’Occident. Dans mon bourgeonnement de jeune auteur, dans les années 2000-2001, je me suis senti orphelin de mes aînés contraints à l’exil (politique ou économique). Les « Tractographes » ont insufflé une dynamique culturelle qui est quelque peu retombée après leurs départs. Il nous a fallu inventer d’autres manières de boire aux sources. Notre génération d’auteurs est de ce fait attentive à ne pas laisser de vide intergénérationnel. L’exemple patent, c’est celui de Rodrigue Norman qu’il faut saluer pour son courage et sa lucidité. Pour en avoir maintes fois discuté avec lui, je sais que le quotidien n’est pas évident et qu’il s’amuse à être du caillou indigérable par la misère ambiante. Depuis trois ans, je m’inscris, quant à moi, dans la démarche de l’entre-deux. Entre le Togo et l’Europe. Pas évident, écartèlement garanti, pire que l’ouverture à gauche Sarkozy. Mais dans les domaines qui sont les nôtres, l’Occident possède un savoir-faire et des moyens humains et financiers (en tout cas plus qu’au Togo), et dans notre pays il y a des talents et une folle rage d’exister, de créer, de trouver des sens non interdits à la vie. Alors nous sommes quelques uns à  essayer de faire en sorte que tout cela se rencontre. Escale des écritures, l’association de promotion des écritures dramatiques, que j’ai eu l’honneur de diriger un temps, organise notamment, avec le FESTHEF, des chantiers d’écritures, destinés à aiguiser le regard et l’écriture de jeunes auteurs. Je suis moi-même passé par ce genre de rencontres, initiées par le FESTHEF qui a le mérité, malgré ses difficultés actuelles, d’être notre mère à tous. Nous avons pour partenaires coorganisateurs Monique Blin, l’association Ecritures Vagabondes  et la Comédie de Saint-Etienne, last but not least. De véritables actions sont menées entre ces partenaires occidentaux et Escale des écritures, le FESTHEF et le Studio Théâtre d’Art de Lomé, la toute jeune structure Rodrigue Norman. En dehors des chantiers d’écriture, Rodrigue Norman, Félicien Adéhénou (administrateur culturel) et moi-même avons fait des stages à la Comédie de St Etienne. En 2005, la Comédie a passé commande d’écriture à quatre auteurs togolais et les a invités en France lors de la création, 2006 Jean-Claude Berutti a mis en scène « Catharsis » avec des comédiens togolais (Renaud Donnedieu de Vabre, à l’époque ministre de la culture en France, nous a fait l’honneur d’assister à une représentation à St Etienne), tournée ouest-africaine en 2007… Et nous essayons de multiplier les contacts, de susciter de nouvelles aventures artistiques et humaines. Gigi d’Allaglio (metteur en scène et réalisateur italien), Amoussa Koriko (qui réside aux Etats-Unis), Cécile Johanet (ex-graphiste du CCF de Lomé) et moi-même défendons actuellement un projet de film initié par Gigi, et qui, nous l’espérons, pourra se faire en août prochain au Togo avec des comédiens togolais. Travail de terrain et synergie des efforts de parts et d’autres de l’Atlantique (ou des autres mers d’ailleurs), il me semble que c’est là la clé de toutes les espérances. 

Les temps sont durs, mais c’est pas caillou, il en faut plus pour crever un togolais ! Là je deviens chauvin, mais tant mieux, il le faut pour péter plus haut que le rire macabre de la bêtise et franchement, il y a de quoi ne pas désespérer de notre « petit » pays.  

Gustave Akakpo (gustavakakpo@yahoo.fr)

 
 
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