Il y a 47 ans jour pour jour que Patrice Emery Lumumba a été assassiné au Congo. En ce jour de funèbre anniversaire, le Mouvement patriotique du 5 octobre (MO5) tient à rendre hommage à sa mémoire de Grand Combattant.
«Dulce et decorum est pro patria mori »
«Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau
Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère ;
Et, comme ferait une mère,
La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau. » V.H.
Le cercueil de Patrice Lumumba est la terre toute entière !
Extrait de l’allocution de Patrice Lumumba aux cérémonies de l’Indépendance du Congo, le 30 juin 1960 :
« Congolais et Congolaises, combattants de l’Indépendance aujourd’*** victorieux, je vous salue au nom du gouvernement congolais. (...)
Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’*** dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. (...)
Nous avons connu le travail harassant, exigé en échange de salaires qui ne permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers.
Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. (...)
Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort.
Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir : accomodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres (...) ».LA FIN TRAGIQUE DE LUMUMBA SELON JEAN KESTERGAT
Mi-septembre 1960 : Mobutu est entré en scène ; il exerce le pouvoir avec un collège de Commissaires généraux. Réfugié dans sa résidence sous la protection des Nations unies, Lumumba demeure une menace pour le régime de Léopolville. D’autant plus que ses partisans, sous la houlette d’Antoine Gisenga, encouragé par Nkrumah (président du Ghana) et par Sékou Touré (qui dirige la Guinée), conseillé par Félix Moumié (le révolutionnaire camerounais), s’organisent dans l’opposition. Les Commissaires généraux font expulser Moumié, ils veulent chasser aussi l’ambassadeur du Ghana, mais les casques bleus protègent son ambassade, et une fusillade éclate lorsque des militaires congolais veulent y pénétrer pour exécuter l’ordre d’expulsion. Un officier tunisien et un officier congolais sont tués, il y a quelques blessés. Il est clair désormais que l’ONU a pris parti contre Lumumba et ses amis. En réalité l’organisation internationale veut pratiquer une politique de neutralité. Elle protège Lumumba contre une arrestation que les Commissaires généraux ont décrétée, mais elle entend bien empêcher ses partisans de compromettre ses efforts dans la recherche de conciliation.
N’ayant plus aucune chance de succès à Léopoldville, les dirigeants lumumbistes se replient sur Stanleyville, où leurs partisans sont nombreux, et peuvent compter sur les unités de l’armée nationale dirigée là-haut par le général Lundula, partisan du Premier ministre.Pour Lumumba, il n’y a plus qu’une issue possible : prendre la fuite et gagner Stanleyville. C’est ce qu’il fait dans la nuit du 27 au 28 novembre 1960. Dissimulé dans le coffre d’une voiture, il traverse inaperçu le cordon des casques bleus, puis celui de l’armée de Mobutu. Avec quelques complices entassés dans trois voitures, il prend la fuite vers le haut Congo. Il commet une erreur fatale. Au lieu de foncer aussi vite que possible en direction de Stanleyville, il traîne en chemin pour haranguer les populations amies dont il traverse les villages. La sûreté congolaise s’est lancée à sa poursuite. Le 2 décembre, il est arrêté et ramené à Léopoldville. De là, on l’envoie au camp de Thysville où il est placé sous la garde de l’armée. Les Commissaires généraux ne sont pas rassurés pour autant. Ils craignent une intervention de l’ONU pour libérer le prisonnier.Ils appréhendent aussi l’habileté de cet homme, capable de retourner n’importe qui. Il parle avec les soldats du camp, où éclate une brève mutinerie. Elle n’est pas organisée par lui, mais il paraît évident qu’en de telles conditions, il lui serait facile de prendre la fuite. On décide donc de lui trouver une geôle plus sûre. Où ? A Bakwanga, capitale du Sud-Kasaï où règne le sanguinaire « empereur » Kalonji, son ennemi le plus féroce ? Ce serait signer son arrêt de mort. Tant mieux disent d’aucuns, mais d’autres, plus conscients de la réprobation internationale qui suivrait un tel assassinat, recommandent qu’il soit envoyé à Elisabethville où les passions sont peut-être mieux contrôlées. Mais il faut l’accord de Moïse Tshombé qui refuse ce « cadeau empoisonné ». C’est là pourtant qu’on va l’envoyer à la suite de circonstances confuses qu’il serait trop long de narrer ici. Il est trop tôt d’ailleurs pour évoquer de manière sûre toutes les responsabilités en cause.Toujours est-il que le 17 janvier commence le martyre de Lumumba. Il est transporté par avion vers Katanga avec deux de ses compagnons, Mpolo et Okito. La garde, composée de Baluba fortement marqués par les massacres du Sud-Kasaï, brutalise les trois prisonniers tout le long du trajet. Lorsque l’avion approche d’Elisabethville, la première réaction des Katangais est de refuser « les trois colis précieux » qui viennent d’être annoncés. Mais le DC4 est presque à bout d’essence, et l’autorisation d’atterrir est donnée. L’avion roule jusqu’aux hangars de la gendarmerie katangaise, loin des yeux des casques bleus. Les trois hommes sont aussitôt conduits dans une petite villa dans la brousse proche. Ils vont mourir bientôt, dans des circonstances qui ont été décrites de façons diverses, mais dont aucune ne correspond parfaitement à la vérité. Là encore, on finira sans doute par savoir tout l’essentiel, mais ici encore il faudrait trop de pages, même pour un simple résumé de toutes hypothèses. L’essentiel est de savoir que Lumumba et ses compagnons sont assassinés le jour même. La nouvelle n’en sera donnée que le 10 février suivant par le ministre de l’Intérieur, Godefroid Munongo, qui attribue la responsabilité de la mort des détenus à des villageois en colère les ayant surpris alors qu’ils étaient en fuite. C’est un mensonge si évident que Munongo lui-même renoncera à soutenir cette version. Mais la vérité, il ne la dira pas non plus.La disparition tragique de Lumumba ne va rien arranger. Pour ses partisans, il sera le martyr dont se réclameront, trois ans plus tard, les redoutables rebelles mulelistes. Et dans l’immédiat, tous les efforts d’apaisement voulus par l’ONU échoueront.DERNIERE LETTRE DE LUMUMBA A SA FEMME PAULINE
Lettre écrite en prison en décembre 1960 à sa femme Pauline.Ma compagne chérie,
Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux - qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance - ne l’ont jamais voulu. Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance.Que pourrai je dire d’autre ?
Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté. Vive le Congo ! Vive l’Afrique !Patrice Lumumba.Il est important de rappeler que la Belgique a le mérite d’avoir organisé une commission d’enquête pour établir les responsabilités dans l’assassinat de Patrice Lumumba. A la suite des travaux de ladite commission, l’Etat belge a publiquement présenté ses excuses à l’Etat et au peuple congolais.Qu’en est-il de la France sur l’assassinat de Sylvanus Olympio, Père de l’Indépendance et de la Nation togolaise ?
Bruxelles, le 17 janvier 2008.
Pour le MO5, le Coordinateur Général
Eloi Koussawo.
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