Golfe Info du 23 Dec 2007
Une commission pour régler la question de la violence politique au Togo : Vers l’adoption d’une loi d’amnistie générale
« Le chef de l’Etat a instruit le gouvernement de mettre en chantier les commissions prévues par l’APG (Accord Politique Global) pour faire la lumière sur les actes de violence à caractère politique, et créer les conditions d’une relecture sans passion de notre histoire». Cette décision a été prise par le conseil des ministres de l’équipe Mally jeudi dernier. L’intention est bonne et répond aux aspirations de beaucoup de Togolais. Mais la question est de savoir si cette autre commission parviendra à faire un travail sans complaisance.
La mise en place de cette commission fait partie d’une kyrielle de décisions prises lors du dialogue inter togolais tenu du 21 avril au 20 août 2006. A l’époque, il était demandé au gouvernement d’union « nationale » issu de l’APG de mettre en exécution cette recommandation. Mais, elle ne sera jamais faite. En lieu et place, l’équipe Agboyibo lors d’un conseil des ministres, avait décidé de renvoyer au gouvernement qui sortira des législatives, cette importante question. Aujourd’***, c’est chose faite, le gouvernement Mally va mettre sur sa table, ce chapitre « sombre » de l’histoire du Togo. Dans sa déclaration rapportée par le ministre de la Communication, de la Culture et de la Formation civique, Cornélius Aïdam, le chef de l’Etat a fait état de la création des « conditions d’une relecture sans passion de notre histoire ». A priori, on doit s’attendre à ce que tous les sujets qui touchent ce domaine soient abordés sans tabous. En d’autres termes, Faure Gnassingbé souhaite que toutes les facettes de la tumultueuse histoire togolaise de cette période soient remises sur le tapis et passées au peigne fin.
Les handicaps du futur « machin »
Dans l’esprit de l’APG, ce sont tous les partis signataires de l’Accord qui devraient se retrouver dans un gouvernement pour débattre de ces questions. Mais, ni au lendemain de la signature de l’APG, ni celui des législatives du 14 octobre dernier, la classe politique togolaise n’était en mesure de faire le consensus. Dans le premier cas, l’un des partis, l’UFC (Union des Forces de Changement) avait refusé de prendre part au gouvernement. La logique vient une fois encore d’être respectée ; l’UFC est absente de l’équipe Mally suivie cette fois-ci par le CAR (Comité d’Action pour le Renouveau), de l’ancien Premier ministre Me Yawovi Agboyibo. Il faut noter également l’absence du PDR (Parti pour le Renouveau et la Démocratie) de Zarifou Ayéva. Seuls, le parti au pouvoir, le RPT (Rassemblement du Peuple Togolais), la CDPA (Convention Démocratique des Peuples Africains) du professeur Léopold Messan Gnininvi, la CPP (Convergence Patriotique Panafricaine) d’Edem Kodjo et les deux organisations de la société civile notamment le GF2D (Groupe de Réflexion Femme Démocratie et Développement) et le REFAMP-Togo (Réseau des Femmes Ministres et Parlementaires) du Togo sont représentés dans le cabinet Mally.
Ainsi, c’est ce groupe de partis signataires de l’APG qui va se charger de se plancher sur l’épineuse question des violences politiques au Togo. Question épineuse dans la mesure où elle constitue la pomme de discorde entre les différents acteurs de la classe politique nationale.
La violence politique, l’épine dorsale de la politique togolaise
Les 50 dernières années de l’histoire du Togo sont émaillées d’actes de violence et de barbarie. Même si tout le monde s’accorde à reconnaître que le pays a connu réellement des violences, tous ne semblent pas s’accorder sur certains détails et non des moindres. Au dialogue inter togolais, les positions ont divergé. Face à l’opposition qui cherchait à se limiter aux violences des 15 dernières années, le camp adverse, c’est-à-dire le parti au pouvoir à qui des organisations internationales de défense des Droits de l’Homme ont reproché un certain nombre de dérapages durant la même période, a choisi d’élargir le débat aux années 1958, période qui marque le début de la lutte pour l’indépendance nationale. Les deux entités, pouvoir et opposition, se renvoyant très souvent la balle de la responsabilité des dérapages, on a l’impression que personne ne veut endosser ce passé lourdement chargé de « cadavres ».
Le pouvoir du Général Etienne Eyadèma Gnassingbé, secoué à partir du 05 octobre 1990 va opposer une farouche résistance par l’utilisation de la force brute pour se maintenir en place. Des dizaines voire centaines de citoyens ont péri dans cette lutte et les parents attendent que justice leur soit rendue un jour. Mais l’histoire du processus démocratique au Togo retiendra qu’entre le 05 février 2005, la date du décès d’Eyadèma Gnassingbé et les mois qui ont suivi, le pays a connu ses pires moments de violence. Il ressort des rapports des différentes organisations de défense des Droits de l’Homme et des commissions mises en place pour établir les faits, qu’entre 150 et 1.000 Togolais ont été massacrés. (….). D’autre part, entre 1960 et 1963, beaucoup de choses sont reprochées au gouvernement Sylvanus Olympio.
La Commission du gouvernement Mally devra donc œuvrer pour retrouver les auteurs et les commanditaires de ces différents actes qui ont endeuillé et divisé le peuple togolais.
Quelle va être la marge de manœuvre de cette Commission?
Feu Eyadèma Gnassingbé avait l’habitude de dire : « C’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle ». Il reprenait ainsi un adage de la partie méridionale du Togo qui signifie dans une certaine mesure qu’aucune nouvelle décision ne peut produire de résultat si elle se démarque des positions antérieures. C’est donc sur cet aspect que l’on est en droit d’émettre des réserves sur la crédibilité du travail de la future Commission. En matière de création de Commission pour solder le passé du Togo, Faure Gnassingbé n’est pas à sa première expérience. Au lendemain de sa « victoire faurtement » endeuillée du 24 avril 2005, le gouvernement d’alors dirigé par Edem Kodjo, sur son (Faure Gnassingbé) instigation, avait mis en place, une commission dirigée par l’archevêque émérite de Lomé, Mgr Casimir Dosseh-Anyron. Elle était chargée de « réécrire » l’histoire du Togo afin d’identifier les grands « Hommes et Femmes » qui l’ont marquée. Jusqu’à ce jour, l’application des conclusions des travaux de cette Commission est presque invisible en dehors du changement de noms de quelques rues et espaces des loisirs de Lomé. Ainsi, on a désormais dans la capitale togolaise, des noms comme « Sylvanus Olympio », « Kléber Dadjo » ou encore « Anani Santos ». Faure Gnassingbé a essayé à sa manière de panser l’une des nombreuses « plaies » de la société togolaise.
Au lieu de régler certains volets de l’histoire commune qui ont tout le temps divisé le pays, la commission de Mgr Dosseh-Anyron semble les radicaliser. La question des fêtes nationales ainsi que le partage des « titres » de « père de la nation » et « père de l’indépendance » entre Sylvanus Olympio et Etienne Eyadèma Gnassingbé ne fait pas l’unanimité. Certes, il serait difficile de réaliser un tel projet sans égratigner les uns et les autres. Mais, il faut relever qu’on ne réécrit pas l’histoire, elle s’écrit d’elle-même. En cela aussi, Me Djovi Gally, ancien ministre et avocat à la Cour de Lomé trouve qu’il faut rétablir l’histoire du pays et non la réécrire. La future commission risque de connaître le même sort que la précédente.
Par ailleurs, le contexte actuel aussi pourra jouer sur la crédibilité des résultats de cette commission. Le Rassemblement du peuple togolais avec sa majorité parlementaire, ne saurait prendre aucune décision qui soit à l’encontre de sa logique. Le parti contrôle tous les rouages de la politique nationale. A l’Assemblée nationale, l’opposition parlementaire même si elle semble avoir une « emprise » dans le fond des débats ne pourra véritablement rien faire pour freiner l’élan de la majorité. Quant à celle qu’il convient d’appeler extraparlementaire, elle est presque à l’ « agonie » et par conséquent, ne pourra jouer un quelconque rôle.
D’après plusieurs observateurs, on pourrait assister dans le règlement de cette question au Togo à une solution plâtrée sur celle de la Guinée- Bissau avec en toile de fond, « une loi d’armnistie générale pour les crimes commis » pendant la période précitée.
De plus, il est inconcevable que Faure Gnassingbé décide de livrer à la justice, ceux qui l’on fait « roi ».
Pour que les travaux de la commission « Vérité, Justice et Réconciliation » en Afrique du Sud aboutissent, il a fallu réunir un certain nombre de critères. D’abord, les Sud -Africains ont cru à la nécessité d’aller à la réconciliation nationale. Ensuite, les hommes qui ont constitué cette commission ont reçu l’onction des populations en ce sens qu’ils jouissent d’une certaine crédibilité. Enfin, tous les protagonistes de la classe politique de la nation arc-en-ciel se sont sentis interpellés pour « sauver » leur pays après la grande traversée du désert. De là, on est en droit de se demander si dans le cas spécifique du Togo, tous les ingrédients sont réunis pour passer à la cuisine de la « réconciliation nationale ». La question étant délicate, le bon sens voudra que les autorités en prennent la mesure pour que des travaux de cette Commission, des solutions idoines soient trouvées à la question de la violence à caractère politique au Togo.
Noël Y. A. GLISSOU
Augmentation de salaires au Togo : Du beurre ou du bluff?
L’une des « grandes décisions » prises par le premier conseil des ministres du gouvernement Mally jeudi dernier aura été l’augmentation de 3% du salaire des fonctionnaires Togolais. Cette mesure ne semble pas rencontrer l’adhésion de plusieurs travailleurs.
Le gouvernement, en prenant cette décision, croyait offrir un « joli cadeau de Noël » aux agents de l’administration. Mais, cette mesure pourrait se révéler comme une « goutte d’eau » dans la mer. 3 % sur le salaire des travailleurs de l’administration togolaise, cela paraît « très » insignifiant aux yeux de plusieurs fonctionnaires qui se sont exprimés la semaine dernière sur certaines stations de radio privée de la place. Avec cette nouvelle donne, un agent de l’Etat qui gagnait jusque-là 50.000 FCFA, va désormais toucher la somme de 51.500 FCFA à la fin de chaque mois. Pour un médecin qui touche mensuellement entre 125 et 130.000 FCFA, il verra dès à présent, le montant de sa « cagnotte » osciller entre 128.700 à 133. 900 FCFA.
Du côté des syndicats, on se refuse de donner une quelconque appréciation sur la « trouvaille » du tandem Faure-Mally en cette fin d’année. Adrien Akouété Béléki, secrétaire général de la CSTT (Confédération Syndicale des Travailleurs du Togo) a déclaré attendre la notification officielle de cette mesure de la part du gouvernement pour se prononcer.
L’Etat togolais peut mieux faire !
Pour plusieurs fonctionnaires, le gouvernement doit cesser de faire de l’augmentation des salaires une politique du « compte gouttes ». Pour ceux-ci, l’Etat doit faire une augmentation salariale dans l’ordre de 15 à 20 voire 25% au lieu de procéder à des majorations ‘‘insignifiantes’’. En rappel, en 2006, le gouvernement avait décidé de faire un ajout de 5 % sur le salaire des fonctionnaires. Au même moment, sur les marchés du pays, on a remarqué une flambée des prix des produits de première nécessité. Ainsi, cette décision quoique « louable », était « microscopique » face aux besoins de l’heure.
On imagine qu’une augmentation conséquente permettra à l’Etat de lutter contre la corruption qui gangrène l’administration du pays. Car en fait, l’un des moyens efficaces pour combattre le phénomène précité est l’instauration de bonnes conditions de travail et d’une grille salariale moins inique. Un agent de l’Etat qui gagne entre 45 et 50.000 FCFA par mois et qui doit faire face à d’énormes dépenses ne pourra pas résister à la tentation d’autant plus que souvent, ses supérieurs sont passés maîtres dans le détournement de deniers publics. L’Etat gagnerait donc plus à augmenter les salaires de manière significative et mettre en place des mesures draconiennes pour surveiller les écuries de l’administration.
Depuis 1994, les Togolais vivent une situation exceptionnelle ! Déjà sous le coup de la suspension de la coopération avec ses principaux bailleurs de fonds à partir de 1993, le pays sera touché de plein fouet par les conséquences de la dévaluation du FCFA en janvier 1994. En effet, contrairement aux autres pays de la sous-région ouest-africaine qui ont instauré des mesures d’accompagnement au regard de la dévaluation précitée, le Togo pour sa part, n’aura rien mis en place dans ce sens. Depuis cette période, le prix des denrées alimentaires et autres biens de consommation ne cessent de connaître des envolées. De la boîte du lait aux pattes alimentaires en passant par la tonne de ciment, le Togolais moyen a du mal à joindre les deux bouts. Les prix des hydrocarbures ont également été majorés. Bref, les difficultés ont débordé leur « lit » et risquent de noyer les populations.
En somme, la décision de la nouvelle équipe gouvernementale n’est pas de nature à influer véritablement sur le quotidien des populations. C’est dire que l’ « éléphant annoncé arrive avec une patte meurtrie par une blessure».
Noël Y. A. GLISSOU
Fréquentation des lieux de loisirs par les jeunes et leurs corollaires : Cas des «cinéclubs» et des boîtes de nuit
Parmi les loisirs auxquels s’adonnent beaucoup de jeunes togolais, figurent en bonne place les sorties en boîte de nuit et les séances de films dans des lieux appelés communément « vidéoclubs ou ciné-clubs ». Aussi bien pendant les vacances que durant les périodes de cours, c’est à cœur joie qu’ils s’y consacrent. Si certains d’entre eux ne sont pas dans des « vidéoclubs » pour visionner des dizaines de VCD (Video Compact disc), ce sont les sorties en boîte de nuit qui deviennent leur distraction favorite. Quel genre d’influence peut avoir alors ces loisirs précités sur l’éducation que s’efforce de donner chaque parent à sa progéniture ?
Spectacles désolants des salles de projection de film
Avant de s’intéresser aux genres de films que les jeunes ont l’habitude de visionner, il serait tout aussi important de s’appesantir un tout petit peu sur les lieux où ils se déroulent.
Le « spectacle » que nous offrent parfois les salles de projection de film laisse vraiment à désirer et n’est pas de nature à apporter un plus à l’éducation de ceux qui les fréquentent. Au contraire, il contribue à sa remise en cause. Il existe une catégorie de téléspectateurs qui fréquentent les salles de projection, non pas pour visionner les films, mais pour d’autres objectifs inavoués. C’est ainsi que dans certains « vidéoclubs », on peut voir des jeunes filles et jeunes garçons s’adonner à des séances d’embrassade et de caresse. Il se raconte qu’il y en a même qui, ne pouvant se maîtriser à la vue d’une scène érotique qui passe dans le film au programme, se mettent à faire l’amour dans la salle obscure des « vidéoclubs ». A tout cela, s’ajoutent les grossièretés et les énormités qui sortent de la bouche de certains occupants d’occasion de ces salles, à telle enseigne qu’on se demande ce que peut apporter de bon la fréquentation de ces lieux à des enfants ou jeunes bien éduqués.
Les films, facteurs de remise en cause de l’éducation chez les jeunes
D’un film, on peut tirer beaucoup d’instructions, de leçons, de divertissements et même parfois d’inspirations. Mais lorsque le choix du film à visionner est mal fait, cela peut malheureusement aboutir à des conséquences désastreuses.
De nos jours, à Lomé, les jeunes ont l’embarras du choix en matière de film et « absorbent » de ce fait tout ce qui leur tombe sous la main. Or, si l’influence des films sur l’éducation de la jeunesse ne fait pas l’objet d’une étude sérieuse dans nos pays sous-développés, des études réalisées par contre dans les pays du Nord, notamment aux Etats-Unis, révèlent par exemple que certains films poussent les jeunes à l’agressivité. Selon ces genres d’étude, pratiquement deux sur trois des films produits dans l’industrie du cinéma contiennent des scènes de violence à raison de six par heure en moyenne. L’étude en tire alors la conclusion qu’arriver à l’âge adulte, un accro du cinéma aura été témoin de milliers d’actes de violence et de meurtre. Si on sait qu’au Togo par exemple, les cinéphiles consomment généralement des films occidentaux, on peut imaginer à peu près combien de fois ces films peuvent influer sur les jeunes Togolais qui y consacrent une bonne partie de leur emploi du temps. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir des enfants, après des heures passées dans des « vidéoclubs », se battre violemment entre eux sous prétexte d’imiter ou d’être Bruce Lee ou Jean-Claude Van Damme, des héros de films d’action. Cela aboutit des fois à des résultats catastrophiques. Par exemple, dans un quartier de Lomé, deux jeunes garçons, après avoir visionné le film « Les trois mousquetaires », s’étaient mis à imiter les héros en se servant de petites barres de fer comme épée. Résultat, l’un s’en est sorti avec un œil crevé. Il est donc indéniable qu’il existe un lien entre l’exposition accrue à la violence dans les films et l’acceptation grandissante des mentalités agressives ou l’augmentation des comportements agressifs. Le spectacle de la violence au cinéma constitue à ce titre un réel danger pour la jeunesse.
Certains jeunes, contrairement à leurs égaux qui aiment les films d’action, sont plutôt accro des films pornographiques. Et comme très souvent ils n’ont pas l’autorisation parentale de regarder ce genre de production cinématographique à la maison, c’est avec plaisir qu’ils se rendent souvent les vendredis soirs dans les salles de cinéma pour s’en délecter. Or, il est vérifié que les films pornographiques encouragent non seulement la sexualité précoce mais aussi le libertinage sexuel chez les jeunes. « Quand on regarde ce genre de films pour la première fois, on a envie de le refaire et de le refaire encore. C’est de là que naît l’envie d’essayer ou d’imiter ce qu’on a l’habitude de voir dans le film », confie un jeune qui s’est déjà essayé plusieurs fois à la chose.
Le cas particulier des night-clubs
Il est vrai que tout individu a besoin de se distraire. Mais il est aussi certain que pour une jeunesse qui se veut la relève de demain, les night-clubs ne sont pas les lieux les plus appropriés pour sa distraction car ils ne font que nuire aux efforts que déploient les parents pour faire de leurs enfants des modèles dans la société. Ce ne sont pas les preuves pour justifier cette affirmation qui manquent car c’est au sein même de ces discothèques que l’on peut retrouver les pires formes d’atteintes aux règles de la morale. « Je suis aller dans une discothèque juste trois ou quatre fois et cela a suffit pour que je contracte l’envie de fumer. Une fois habitué à l’odeur de la cigarette, je n’ai pas eu du mal à finir mon premier bâton de cigarette », affirme un habitué de ces lieux qui jusqu’à présent n’a jamais cessé de fumer. Tout comme lui, beaucoup d’autres jeunes qui fréquentent les boîtes de nuit ont été poussés, sans forcément le vouloir, à fumer. Si certains arrivent à résister à la cigarette, ils cèdent par contre très facilement à l’alcool. C’est pourquoi il est rarissime de trouver un fan des boîtes de nuit qui ne fume ou qui ne boit pas. On mesure bien à travers ces exemples le danger que peut représenter la fréquentation des discothèques dans l’éducation de la jeunesse.
Aussi, afin de voir les films lui profiter autrement, la jeunesse doit-elle savoir faire le ou les choix les plus judicieux. En dehors des films pornographiques et des films d’action qui s’accompagnent de leur lot de violence et d’horreur, il y a des films qui instruisent et qui peuvent lui permettre d’approfondir sa culture.
De plus, est-il vraiment nécessaire de se rendre dans des « vidéoclubs » pour suivre des films vu qu’aujourd’*** les lecteurs VCD et DVD (Digital versatile disc) à moindre prix pullulent sur le marché ? « Je ne voudrais pas voir mes enfants se promener dans des vidéoclubs. Je juge ces lieux dangereux pour eux. C’est la raison pour laquelle je me suis efforcé de leur payer un lecteur DVD afin qu’ils puissent regarder les films à la maison. Je préfère transformer mon salon en salle de projection de films que de voir mes progénitures être exposées aux mauvais comportements dans les vidéoclubs », fait remarquer un père de famille. Pour une jeunesse togolaise plus éduquée, beaucoup de parents doivent avoir le réflexe du père de famille précité. C’est ainsi qu’ils pourront éviter à leurs enfants de se muer progressivement en des délinquants. Une chose est de prendre des résolutions, l’autre est d’avoir les moyens de les mettre en pratique.
Rodolph TOMEGAH
Lutte contre la corruption : Michel Nadjim Kalif, Consultant en Economie : «Est-ce que le PM aura le courage d’affronter les privilégiés du régime ?»
Le nouveau chef de gouvernement togolais, Komlan Mally, était le lundi dernier face aux députés de la nouvelle législature. A l’occasion, il a soumis à leur appréciation et à leur vote son programme de gouvernement. Un document sur lequel revient ici l’économiste Kalif Nadjim Michel.
Comment se fait il que la problématique de la réconciliation nationale demeure encore une priorité dans ce pays, alors que l’histoire du Togo nous enseigne qu’elle a été prônée pour la première fois en 1963 ?
La réconciliation nationale a été initiée en 1963 par des mesures politiciennes. Aujourd’***, nous sommes à un moment beaucoup plus important que celui de 1963. En effet, depuis cette période, il y’a eu une facture profonde dans la société togolaise. Il s’agit de la facture socioéconomique qui est venu se greffer aux problèmes politiques des années 1960. Entre temps, les programmes d’ajustement structurel des années 1982-1983 ont progressivement accentué la souffrance des togolais. La société togolaise a de ce fait dans son ensemble souffert de la diminution du budget de l’Etat en défaveur des secteurs comme l’éduction, la santé et les infrastructures. Ce qui fait que dans les foyers pauvres, les enfants n’ont pu recevoir l’éducation et la formation que nous, nous recevions de notre temps. La santé publique a été complètement détériorée. Il en est de même des routes et des autres infrastructures urbaines. Pendant ce temps, deux franges sociales se sont constituées. Une première qui est à l’abri de la détérioration des conditions de vie et qui a profité du régime politique de parti unique qui était au pouvoir dans le pays. Dans la seconde frange de citoyens, on a un groupe d’individus qui vont s’expatrier vers l’Europe, le Canada et les Etats-Unis. Ceux qui sont restés au pays ont souffert et continuent de souffrir.
En somme, il y’a deux catégories de citoyens au Togo et ce sont les membres de ces deux catégories qu’il faut réconcilier. On se sent solidaire dans une nation que lors que les citoyens sont égaux devant la loi. Or pendant toutes ces années, il y’a eu une catégorie de togolais qui ne payent pas les impôts, ni la douane et qui font ce qu’ils veulent dans le pays. Et une autre catégorie de citoyens qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Les premiers roulent dans des 4X4 qui valent 100 millions de FCFA, alors que les seconds n’ont pas de quoi s’offrir de l’eau courante. C’est cette inégalité qui fait que le pays est fracturé et c’est cette facture sociale qu’il faut recoudre à travers une politique de réconciliation nationale.
Qu’en est-il alors de la « facture ethnique » ?
La facture ethnique est de mon point de vue secondaire. Donnons le minimum à la population pour qu’elle vive bien et elle oubliera, j’en suis convaincu, les péripéties de lutte, de bastonnades et de violences électorales. C’est le quotidien qui pose problème. Il suffit d’améliorer les conditions de vie des togolais pour que chacun se sente bien chez lui.
Le premier ministre dans son discours programme a parlé de « protection sociale orientée principalement vers le développement de nouvelles stratégies de prise en charge des populations concernées pour pallier la faiblesse de la solidarité familiale, la mise en place de mécanismes de sécurité sociale en faveur des travailleurs du secteur informel… », sans pour autant dire concrètement ce en quoi tout cela va consister…
Observons dans un premier temps que dans une déclaration de politique générale, le premier ministre n’entre pas dans les détails. Mais, il lui revient après de voir avec son gouvernement ce qu’il peut apporter pour la protection sociale. L’idéale c’est qu’il initie une caisse d’assurance maladie en faveur de toute la population. Ce faisant, les plus démunis pourront s’offrir les médicaments à prix réduits, soit environ 30 à 40% de leur prix. C’est ce système que j’ai d’ailleurs exposé dans mon livre « Comment rebâtir le Togo dans la paix des cœurs ?».
Ce système va permettre par ailleurs au secteur informel de devenir formel, puisque les travailleurs de ce secteur d’activité feront pression sur leur employeur, quitte à les dénoncer, pour les inscrire à cette caisse d’assurance maladie. A la fin, cela va obliger tout le monde à rentrer dans le secteur déclaré, ce qui va permettre à l’Etat de gagner plus d’argent.
Justement, sur ce point, Komlan Mally pense réformer la fiscalité.
Les impôts au Togo sont trop élevés et n’encouragent pas les investisseurs étrangers. En France, on paie moins d’impôts qu’au Togo. De même, les togolais qui sont en France ne voudront jamais revenir investir dans leur propre pays, parce qu’ils paient beaucoup moins cher là bas qu’ici. Donc, ce qu’il faut faire, c’est une révision fiscale approfondie en alignant tous les agents économiques du pays de façon à créer une fiscalité douce mais efficace et imposable à tous. En clair, et une fois encore, il ne faut plus qu’il y’ait des togolais qui ne paient pas les impôts et d’autres qui se sentent obligé de les payer.
Il a aussi évoqué le renforcement du contrôle fiscal…
C’est de la répression du recouvrement, mais il n’a pas parlé de ceux qui sont à l’abri des impôts et qui pratiquent la fraude douanière. Alors que, c’est ça le principal mal de ce pays. Le budget peut récupérer environ 50 milliards de FCFA par an si tout le monde payait les droits de douane et les impôts. Ce qui peut aussi amener à une réduction du taux d’imposition, attirer d’autres investisseurs dans le pays et permettre à l’Etat d’augmenter ses recettes fiscales. C’est en fait quelque chose qui est facile à voir, mais encore faut-il être économiste. Et c’est ce qui manque au gouvernement. En effet, je constate qu’il y’a peu d’économistes dans notre administration. Ceux qui sont là sont soient déjà à la retraite, soient en expatriation.
Komlan Mally veut aussi mener une lutte sans merci contre la corruption. Pensez-vous qu’il en a les moyens ?
Le seul moyen de lutter contre la corruption est le courage ! Maintenant, est ce que le premier ministre aura le courage de lutter contre les privilégiés du régime ? Là est la question. On les connaît, on sait qui ils sont ; ce sont des personnalités bien protégées. Mais encore une fois, est-ce que le premier ministre aura le courage de les affronter comme a voulu le faire la directrice des impôts en taxant Bassam de 9 milliards de FCFA. En plus du courage, il faut réformer les impôts à la baisse pour que tout le monde consente de les payer.
Actuellement les gens s’interrogent sur la destination de ce qu’ils payent parce qu’ils ne savent pas là où va leur argent. On ne contrôle pas le budget. On sait qu’il y’a des ministres qui ont détourné de l’argent et qui ont été renvoyé du gouvernement sans qu’on prenne des mesures contre eux. Tout cela décourage le contribuable et l’encourage plutôt à vouloir tricher l’Etat.
Dans une nation, il faudrait que tout le monde soit égal devant la loi. Il ne faut pas qu’il y’ait des gens qui se sentent privilégiés et d’autres obligés de subir la rigueur de la loi. Les pays développés du monde où il y’a la paix et la joie de vivre sont les pays scandinaves. Dans ces pays, aucun citoyen n’est au-dessus de la loi. Tous jouissent des mêmes droits, des mêmes obligations et des mêmes avantages.
En annonçant la création de la cour des comptes et l’institution d’une inspection des finances, est-ce que vous ne pensez pas que le chef du gouvernement veut prendre les taureaux par les cornes ?
J’espère que oui et j’espère aussi que nous allons enfin avoir une cour des comptes. Le Togo est le seul pays de la zone franc à ne pas avoir de cour des comptes. Personnellement, cela me fait honte. Cela me fait d’autant plus honte qu’il n’y a pas de structure pour contrôler les dépenses budgétaires. Même dans nos petites entreprises, il y a toujours des contrôles qui se font. Alors, si au niveau de l’Etat, il n’y a pas de structure pareille, vous imaginez ce que cela peut sous-entendre. Comment voulez-vous que les citoyens se disent qu’ils sont bien gouvernés, s’ils ne peuvent pas contrôler les dépenses des impôts qu’ils payent et des droits de douane que le pays encaisse ?
En un mot, je soutien le gouvernement dans ce projet. Mais encore faut-il que les membres de cette cour soient des gens intègres. Il ne faut pas qu’on y installe des bénis oui oui, mais des gens compétents, soucieux du développement de notre pays. Le premier ministre a dit que nous sommes dans une ère nouvelle. Je l’ai noté. Cette déclaration m’a fait chaud au cœur et je profite de vos colonnes pour dire que je suis disposer à lui apporter tout mon soutien gracieusement. Je ne veux pas être ministre, ni fonctionnaire. Je suis un homme libre et je veux le rester. Au-delà de cela, je lui souhaite bon vent.
Avec toutes ces bonnes intentions, pensez-vous que le pays puisse se relever ?
Je pense que le pays peut très bien repartir. Il suffit que ce gouvernement se mette au travail pour que les Togolais se reconnaissent en lui. Les Togolais ont besoin de savoir que les écoles publiques, les centres de santé et les autres infrastructures marchent bien. Ils veulent savoir si l’eau potable leur sera accessible. Voilà les défis qui attendent le nouveau gouvernement.
Croyez-vous que le Togo a aujourd’*** les moyens de relever tous ces défis ?
Je l’avais déjà dit, il nous faut un plan Marshall pour ce pays. C’est-à-dire constituer une haute autorité de reconstruction du pays composée de personnalités de compétences complémentaires qui puissent évaluer les besoins du Togo, de façon à compenser les 15 années de déficit d’aide extérieure que nous avons subi. Un déficit qui équivaut à environ 600 à 700 milliards de FCFA de besoin de reconstruction. Tout ayant été détruit au cours des 20 dernières années. Ensuite, il faudrait que cette haute autorité aille négocier avec tous les bailleurs de fonds (Canada, USA, Singapour, Chine, Japon, Norvège, France) qui pourraient nous prêter assistance dans ce processus de reconstruction de notre pays.
Le tourisme togolais est dit-on malade du climat d’insécurité qui sévit dans le pays. Dites nous ce que la sécurité peut apporter à le relance de l’économie et de l’activité touristique en particulier.
Quand je parle souvent de la sécurité en économie, les gens me regardent de travers car ils pensent qu’on va nous débarquer les militaires dans les rues de lomé. Non, il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de la sécurité civile. Et je puis vous dire que beaucoup d’amis m’ont rapporté ces derniers temps qu’ils ont été victimes de braquage soit dans la rue, soit dans leur maison. Ce qui n’est pas bon pour l’image du pays. Et quand on rapporte la sécurité au secteur touristique, vous comprenez aisément que quand le pays n’est pas sécurisant, il n’est pas attractif aux touristiques qui y font entrer des devises. Actuellement on constate que le tourisme pur n’existe plus au Togo. Le même phénomène se produit partout sur le continent. Parce que le tourisme nous apporte de l’argent en tournant les pousses, le Togo doit revoir son système de sécurité pour devenir l’une des premières destinations touristiques du continent. Avant les années 90, le Togo gagnait plus de 50milliards de FCFA par an de recettes touristiques. Si on met des forces de sécurité dans les grands quartiers de Lomé, si on met des policiers sur la plage, cela va renvoyer les malfrats ailleurs et va permettre une augmentation du revenu nationale d’environ 10 à 20%. (...)
Interview réalisée par Marc D. Kouakani-assi