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Le 21 mai dernier, à la faveur de la tenue de la finale de la Champions league européenne, prenait fin sur le Vieux continent une nouvelle saison footballistique au cours de laquelle ses férus africains se sont gavés pendant dix mois d’images et de sensations occidentales. Cependant, très souvent, et personne n’ose le dire, cette fougue de passions pour des compétitions «étrangères» laisse souvent sur le carreau le suivi des tournois de clubs africains. Malheureusement, personne ne semble s’en émouvoir.
Des acclamations et des hourras poussés dans des vidéoclubs ou des salons pour saluer de grands exploits des stars des formations européennes d’une part et d’autre part des compétitions de clubs en Afrique dont l’existence est totalement ignorée ou sous-médiatisée, voilà le tableau du verre brisé que renvoie depuis plusieurs décennies l’évolution du football en Afrique et en Europe. On a cru assister à un sursaut d’orgueil sur le continent berceau de l’humanité (l’Afrique) lorsque, au début du troisième millénaire, une chaîne de télévision sud-africaine, TVAfrica, qui se voulait panafricaine avait pris sur elle le devoir de donner un visage aux championnats africains de clubs sur les télévisions du même continent. Elle reprenait en quelque sorte le flambeau qu’avait abandonné sur la pointe des pieds Cfi (Canal France International). Hélas, ce nouvel espoir ne sera nourri que sur une très courte durée, TVAfrica ne réussissant pas à dépasser le cap de 2004. Conséquence, s’est davantage accrue l’ignorance de l’Africain au sujet de l’identité des tournois de clubs se déroulant sur son continent, le calendrier de leur déroulement, les noms des principaux acteurs et stars de ces compétitions.
De ce fait, un Flavio (attaquant du club égyptien d’Al Haly qui a par exemple disputé au cours de la saison sportive 2006-2007 la finale de la Ligue africaine des champions) est largement moins connu qu’un Cristiano Ronaldo (avant-centre de l’équipe anglaise de Manchester United qui a remporté au cours de la saison 2007-2008 la Ligue européenne des Champions). Certes, on pourra toujours justifier la survivance de ce fossé de connaissance des grands noms de ces joutes footballistiques sur ces deux continents par la disproportion entre les budgets médiatiques qui leur sont réservés aux deux coins de la planète. Bien plus, on pourra avancer l’argument selon lequel la Champions League européenne est le championnat de clubs le plus médiatisé sur la planète et qu’il rassemble généralement le gratin des mollets virtuoses, toutes origines confondues. Mais, est-ce une raison pour toujours renvoyer aux calendes grecques toute perspective de refonte de l’exposition médiatique des compétitions africaines de clubs aux yeux des Africains ? Amnésiques sommes-nous souvent en Afrique et plus généralement dans le monde noir au sujet des exploits que certaines de nos nations ont eu à réaliser face à la «vague de réussites» du monde occidental. Il en est ainsi par exemple des victoires (en 1998 et en 2006) de l’équipe nationale d’Egypte (les Pharaons) en phase finale de la Can (Coupe d’Afrique des nations), avec une équipe à ossature locale, devant des sélections formées de joueurs évoluant dans des clubs huppés européens !
Vraisemblablement, l’Africain n’est pas encore prêt à se défaire de son « complexe de colonisé » vis-à-vis de ses «ex-colonisateurs» et a transposé la survivance de ce complexe du monde politique, de la tenue vestimentaire etc. à celui du football. Quelle carrière auraient eu les Samuel Eto’o, Didier Drogba, Frédéric Kanouté, Aruna Dindane, Stephen Appiah, Emmanuel Adebayor etc. s’ils avaient évolué dans des clubs africains ? Nous ne vous demanderons pas la réponse puisque vous la connaissez déjà. Puisse la saison 2008-2009 qui s’annonce symboliser un début de changement de nos mentalités africaines et noires, dirigeants et populations y compris ! Edem gadegbeku |