Lire les confidences de Me Martial Akakpo, les déclarations de l’intermédiaire Mme Lucie et la lettre envoyée à Abass Bonfoh
Le triste et honteux feuilleton Améyi accusé de viol, de pédophilie et de séquestration de mineure continue de défrayer la chronique. Les organisations de défense des droits de l’enfant saisies de l’affaire demandent à l’Assemblée Nationale de lever l’immunité parlementaire de ce présumé auteur pour permettre à la justice de le juger.
Une conférence de presse a eu lieu à cet effet le mardi 08 avril 2008, au siège de WAO-Afrique à Lomé. Pour les organisateurs de cette rencontre, un collectif d’ONG de Défense des Droits de l’Enfant, cette affaire est d’une extrême gravité. Ce serait un précédent dangereux si on la laissait passer inaperçue. Il n’y a donc pas lieu de faire preuve de complaisance. S’il advenait que Améyi a vraiment violé cette mineure, il faudrait qu’il soit poursuivi comme tout citoyen, ont-ils souligné. Ils ont accusé les parents de la victime qui, au nom d’une prétendue conciliation, auraient accepté le retrait de la plainte.
Il faut rappeler que cette affaire a véritablement commencé depuis quelques semaines. Dès que notre rédaction a été informée, elle a approché l’un des Conseils du député Améyi à savoir Me Martial Akakpo. Ce dernier a indiqué que son client, M. Gabriel Améyi, a reconnu avoir reçu cette petite élève chez lui à la demande de la fille elle-même. A la question de savoir si Améyi a couché avec la fille, Me Martial Akakpo a répondu que c’est la fille qui le dit. En effet, elle aurait déclaré à ses parents et ceux qui l’ont approchée avoir été victime de viol et de séquestration de la part du 1er vice-président de la Fédération Togolaise de Football.
A propos de la conciliation, Me Martial Akakpo a laissé entendre que Améyi lui-même a refusé cette procédure. Mais, étant donné que l’avocat de la victime Me Ajavon Zeus et lui-même Me Akakpo Martial sont du même cabinet, il est anormal qu’ils se retrouvent à la barre pour un même dossier dans lequel chacun prend contradictoirement position. Quel est le montant de la proposition faite aux parents ? Me Martial Akakpo a déclaré qu’il ne peut pas le dire. Dans un premier temps, les parents auraient refusé la conciliation. Mais à force de les convaincre, ils auraient fini par accepter Dans ce dossier, dame Lucie celle qui a servi d’intermédiaire entre la petite et le Député a fait des révélations intéressantes.
Dame Lucie a tout dit :
Madame, racontez-nous l’histoire telle que vous l’aviez faite au confrère de Indépendant Express :
« En âme et conscience, j’ai rencontré la jeune aux funérailles de mon beau-père. La façon avec laquelle elle nous servait m’a poussée à lui proposer mon amitié. J’ai alors demandé de prendre ses coordonnées. Cela a poussé la curiosité de mon patron qui était juste à mes côtés de savoir si je connaissais la jeune fille avant. Ce à quoi, j’ai répondu non. Et par humour, il a déclaré qu’elle sera aussi son amie.
Nous avons alors gardé contact et un jour, elle me demanda le numéro de celui-là qui disait qu’elle va être aussi son amie, c’est-à-dire l’Honorable Améyi. Mais quelques temps après, elle s’est plainte auprès de moi de ce qu’elle n’arrive jamais à joindre ce dernier. Je lui ai confirmé l’emploi du temps très chargé du député et lui proposa de persévérer. Puis un matin, elle m’envoya un SMS pour savoir ce qu’il fait, ce qu’il est et ce qu’il est parti faire à Accra. J’ai tenté de la joindre après mais en vain. J’ai encore essayé et je suis tombée sur un homme qui m’affirme que je me suis trompée de numéro. Fait bizarre, on m’envoie un SMS avec le même numéro pour me dire que l’appareil a été ramassé en cours de chemin et qu’il a changé de propriétaire.
Ce n’est qu’après que la jeune fille m’appela pour me confirmer le vol de son portable. Nous nous sommes alors donné rendez-vous dans son école. Tout effrayée, elle me raconta que l’appareil lui a été offert par son père et que sa perte risque de lui poser des problèmes. Elle se montra alors déterminée à en trouver un autre dans les plus brefs délais. Quelques jours après, elle me révéla avoir pris rendez-vous avec l’honorable et me demanda de l’y accompagner. Sur les lieux, nous avons rencontré le député, après quelques minutes. Il demanda à la fille de lui narrer sa mésaventure et de lui décrire l’appareil. Ce qui fut fait. Il lui remis, en ma présence, une enveloppe et ordonna à son chauffeur de nous déposer à la maison. La voiture s’était arrêtée en cours de route et la jeune fille exigea de descendre. Selon elle, ses parents n’aimaient pas beaucoup les visites.
Quelques temps après, elle m’appela pour me remercier et pour me dire qu’elle a trouvé un appareil d’occasion. Un jeudi après-midi, elle me révèle avoir encore pris rendez-vous avec le député pour le remercier. Il est de nouveau convenu que je l’y accompagne. Mais, le maître des lieux était absent et à 17 heures, elle me dit que son répétiteur devrait venir à la maison. Je lui demande alors de patienter un tout petit peu. Elle insiste et au moment de la raccompagner, l’honorable arriva. Nous sommes alors retournés nous asseoir avec d’autres invités dont Stephen Keshi, l’ancien entraîneur des Eperviers. Nous étions les premières à être reçues et M. Ameyi nous fit ses excuses pour ce désagrément. Il demanda des nouvelles de l’appareil et décida de nous libérer compte tenu de l’heure un peu avancée pour la jeune fille. Il lui remit un colis et une enveloppe dont je ne connais pas le montant et ordonna encore au chauffeur de nous déposer. C’est comme ça que les choses se sont passées. Et c’est par la suite que j’apprends que la fille a été sermonnée par ses parents parce qu’elle est rentrée un peu tard. Puis tout a été transformé en une histoire de viol. C’est dommage ! ».
Source : Forum de la Semaine
Analyses et commentaires
En suivant les déclarations de Me Martial Akakpo et celles de dame Lucie qui a servi d’intermédiaire entre Améyi et la mineure, on a en réalité, besoin de faire aucun commentaire sur cette affaire. Car, tout comme Me Martial Akakpo, l’intermédiaire, dame Lucie, reconnaît que Améyi a reçu la mineure. Qui plus est, il lui aurait remis de l’argent pour se payer un portable. Le député Améyi aurait-il agi de manière désintéressée ? Nous ne saurions le dire. Mais pour beaucoup d’observateurs, les faits reprochés au Député Améyi sont extrêmement graves. En tout cas, suffisamment graves pour justifier la démarche des douze organisations de défense des droits de l’enfant. Il importe donc que la lumière, toute la lumière soit faite sur cette affaire.
Dans certains milieux proches du Député Améyi, on soutient que pour l’essentiel, ce dossier a été ficelé pour lui régler les comptes. Si tel est le cas, ces accusations paraissent donc comme un défi à relever. Au point où les choses en sont, on doit pouvoir dépasser l’étape de la conciliation pour porter le dossier devant le tribunal. Les Avocats ont donc tout intérêt à laisser Gabriel Améyi prouver aux yeux du monde entier qu’il est plutôt victime d’une cabale.
En son temps, Tata Avlessi a procédé de la sorte pour démontrer à l’opinion son innocence dans le dossier de tentative de corruption d’arbitre qui lui a valu une suspension à vie de toute activité liée au football de la part du jury d’appel de la CAF. Pourquoi empêche-t-on Améyi d’aller au Tribunal pour démontrer sa bonne foi ? C’est une question de dignité et d’honneur. Comme on le sait, la dignité et l’honneur n’ont pas de prix. C’est pourquoi, pour notre part, nous pensons que ceux qui prônent la conciliation ne rendent aucun service à Améyi.
En ce moment où les yeux de la communauté internationale sont braqués sur le Togo, en ce moment où l’impunité, sous toutes ses formes est stigmatisée, cette affaire risque d’éclabousser l’Assemblée nationale. Raison pour laquelle la présumée brebis galeuse doit être extirpée de ses rangs. Mais en attendant une éventuelle levée de son immunité parlementaire, Gabriel Améyi qui, nous a-t-on dit, avait au préalable rejeté la conciliation, a tout intérêt à se mettre lui-même à la disposition de la justice. Il peut démissionner et prendre le temps de laver son honneur. Il peut abandonner son fauteuil de Député le temps de se battre pour faire triompher la vérité et se faire blanchir,… comme l’autre.
Sur le plan politique, le RPT majoritaire à l’Assemblée nationale doit profiter de cette occasion pour prouver que la fin de l’impunité sifflée par le Chef de l’Etat à Atakpamé n’est pas un vain mot en oeuvrant pour la levée de l’immunité parlementaire du Député Améyi. C’est à ce prix qu’on peut affirmer, la main sur la conscience, que désormais, tous les Togolais sont égaux devant la loi. Pourquoi force-t-on la main à Améyi pour la conciliation alors qu’il n’a même pas touché à la mineure ?
Amou