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La crise du football togolais, un casse-tête chinois : Même la FIFA y perd son latin

AgoraPress  - Alain Nococo et John Altman

Lomé - 25 fevrier 2008 Un petit rappel des faits s’impose, pour comprendre l’origine de l’imbroglio total dans lequel se trouve plongé l’instance dirigeante du sport togolais.

Il faut remonter à l’élection de janvier 2007. Il était, devenu manifeste que le bureau sortant dirigé par le Lieutenant-colonel Rock Gnassingbé ne faisait plus l’unanimité. Après sa gestion calamiteuse du mondial 2006 en Allemagne et la levée de boucliers qui s’en était suivie, le public sportif ainsi que d’ailleurs certains de ses collaborateurs ne voulaient plus de  lui à la tête de la Fédération Togolaise de Football ( FTF ). Pour s’assurer que le choix de son successeur se ferait dans la transparence la plus totale et que le nouvel élu serait vraiment une personne consensuelle qui ramènerait la sérénité au sein de cette institution, la FIFA avait jugé bon d’envoyer des experts pour suivre de près le déroulement de cette élection.

Si la transparence dans le choix de Tata Avlessi n’a souffert d’aucune contestation, il faut dire que l’attitude de son vice-président, M. Gabriel Améyi, qui avait refusé de lui serrer la main ce jour là avait, à elle seule, jeté le trouble dans les esprits et remettait en cause les efforts qui avaient conduit à cette élection.

Très vite, les rapports plutôt inamicaux des deux personnages, Tata Avléssi et Gabriel Ameyi, ont conduit à la division du bureau exécutif de la FTF
en deux camps chacun s’alignant sur l’un ou l’autre des deux hommes.

A la suite de la lourde sanction infligée à Tata Avléssi par la CAF, les rivalités entre les deux camps ont créé une situation de blocage. Si conformément aux statuts de la FTF, c’est au vice-président qu’il revenait de présider l’institution, il se heurte cependant à un problème de quorum. En effet, le camp Améyi ne comptait que quatre membres. Pour s’être désolidarisé de Tata Avléssi lorsque celui-ci s’est retrouvé en difficulté, le camp Améyi ne pouvait espérer bénéficier du soutien des autres membres du bureau au nombre de six plus un membre copté, fidèles à ce dernier. Pour exprimer leur solidarité à Tata, les sept membres qui lui étaient fidèles vont démissionner. C’est à partir de là qu’est née la vacance du bureau exécutif de la FTF et non celle du poste de président de ladite institution, comme l’interprètent le groupe à Améyi et la FIFA. Pour le CNOT et le Comité Provisoire de Gestion (CPG), c’est tout le bureau de la FTF qui était vacant, pas seulement le poste de président.

Conformément à l’article 12 des statuts, le Comité National Olympique du Togo (CNOT), de plein droit, devait nommer un comité provisoire chargé d’organiser de nouvelles élections. C’est sur la base de cet article que le  CNOT, avec l’avis favorable du gouvernement, avait mis en place le Comité Provisoire de Gestion de football (CPG) présidé par M. Bernard Walla alors ministre des petites et moyennes entreprises. Mais il fallait que la CAF
et la FIFA se prononcent sur la légalité de cette décision. Ce qui devait se confirmer par les échanges de correspondance sont entre la CAF,  la FIFA et le Comité Provisoire de gestion (CPG). Et ce ne sont pas les documents qui manquent pour l’attester puisque le président de Asko football club de Kara et président du CPG, M Bernard Walla est prêt à mettre à la disposition de ceux qui veulent en faire lecture. Il l’a dit dans l’interview qu’il nous accordée il y a quelques jours.

Dans une lettre en date du 14 août 2007 adressée par la CAF à la FIFA
, la CAF estimait que : « la décision prise par le comité olympique Togolais est conforme aux dispositions des statuts et du règlement intérieur de la Fédération Togolaise de Football ». Et plus loin, dans la même correspondance, on lit : « il s’est avéré que le 1er vice-président et le groupe qui le soutient n’ont pas assisté à la moindre séance du bureau exécutif de la FTF depuis la constitution du nouveau bureau élu le 9 janvier 2007. Le 1er vice-président et son groupe se sont retrouvés sous le coup de l’application du règlement intérieur de la fédération qui stipule qu’un membre qui n’assiste pas un certain nombre de séances du bureau perd sa qualité de membre. »

Le lendemain, la FIFA
par la voix de son Secrétaire Général Jérôme Valcke répondait : « nous avons pris bonne note de vos remarques et dans l’immédiat, nous suivons l’avis donné par la CAF. »

Le 11 décembre 2007, au sujet de l’intention du CPG de réviser les statuts de la FTF
et de l’organisation d’un congrès pour la ratification de ces statuts, suivi d’un congrès électif afin de désigner les nouveaux membres du Comité Exécutif, la FIFA, cette fois par l’entremise de son Secrétaire Général Adjoint, écrivait ce qui suit : « …toutes les modifications opérées doivent être au préalable soumises à l’approbation de la FIFA. Nous vous prions donc de bien vouloir transmettre dès que possible votre projet de modification à nos services juridiques. La FIFA vous informera sur les autres procédures à adopter qui seront décidées entre la FIFA et la CAF ultérieurement. »

Il est clair que la FIFA ne voyait aucune irrégularité ni dans l’existence du CPG, ni dans les démarches qu’il était en train de faire pour doter la FTF de textes fiables.

Mais brusquement, le 6 février 2008 elle adresse une lettre à ‘’M Komla Améyi, 1er Vice Président de la Fédération Togolaise de football’’ dans laquelle elle écrit : « la nomination par un organe extérieur à. la fédération d’un ‘’bureau provisoire’’ de la FTF ne peut être reconnu par la FIFA au motif que doivent être appliqués les statuts de la FIFA et ceux de la FTF en vigueur au moment de la suspension par la CAF du président de la FTF. »

Quand donc M. Améyi à qui la FIFA attribue le titre de  ‘’Président’’ a-t-il été rétabli dans ces fonctions ? Comment la FIFA, une institution prestigieuse peut-elle se tromper aussi lourdement en l'espace de six mois, se demandent certains responsables sportifs approchés?

Pour un haut cadre du ministère de la jeunesse et des sports, la lettre adressée à M. Améyi oublie délibérément de citer le passage contenu dans la lettre de la CAF en date du 14 août 2007 qui faisait état de ce que M Améyi qui n’avait pas assisté à un certain nombre de séances du bureau exécutif avait perdu sa qualité de membre, situation dont la FIFA disait avoir pris acte.

Toutes ces anomalies et bien d’autres sont dénoncées par le Président du CPG dans une correspondance qu’il a adressée au CNOT.

Evoquant la lettre de la FIFA
qui réhabilite l’ancien bureau, M. Bernard Walla écrit : « nous prenons acte et cédons volontairement et sportivement notre place à la date de votre convenance et le plus tôt possible. » mais précise plus loin: « cependant, la FIFA et notre ministère de tutelle ne reconnaissant pas notre existence, nous ne saurions nous présenter n’importe quel organe que ce soit pour la passation de service(…) Ayant été mis en place conformément à l’article 12 de nos statuts, nous nous retournons vers vous, pour vous remettre les clés de l’institution que nous avons géré provisoirement. »

Comme on peut le constater la FIFA, par sa décision, vient jeter le trouble dans une situation qui était  en train de décanter. Et des observateurs n’hésitent pas à voir des  combinaisons douteuses entre le Ministre Antoine folly et des responsables de la FIFA  pour rétablir M Améyi. Une solution qui, selon eux, risque  d’entamer la crédibilité de l’instance dirigeante du football mondial.

Paradoxalement, le jour où
la FIFA envoyait à M Améyi une lettre le rétablissant dans ses fonctions, elle diffusait sur son site Internet un ‘’Plaidoyer pour l’indépendance des associations de football’’. Elle y dénonçait « l’interférence politique des gouvernements et des  ministres des sports » et soulignait la nécessité « d’agir avec fermeté pour résoudre toute situation pouvant compromettre l’indépendance des associations de football»

Encore une fois, le Togo se présente aux yeux du monde comme le pays de toutes les exceptions à cause du byzantinisme de ses premiers responsables. Quand donc cesserons-nous d’exceller dans le mauvais genre 

 
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