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COMMENT VA MA CITÉ ?

  • Le système sanitaire togolais à l’agonie : Le CHU Tokoin, un mouroir pour les patients, lieu de la misère pour le personnel

    Liberté Hebdo #351 du 7 mai 2008

    . Matériels de soins vétustes, manque de spécialistes dans tous les domaines
    La santé des citoyens qui se veut l’un des facteurs primordiaux de développement, semble ignorée au Togo. L’Etat, pour se désengager de ses responsabilités en matière de la santé de ses populations, brandit la formule d’«Autonomie budgétaire ». A l’heure où tous les Etats de par le monde s’efforcent de respecter la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme -«Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille… » (article 25) ou « L’Etat reconnaît aux citoyens le droit à la santé. Il œuvre à le promouvoir» (article 34 de la Constitution togolaise)- force est de constater que l’Etat togolais se complaît dans un laxisme sans précédent et fait des structures sanitaires de véritables mouroirs. Plusieurs raisons justifient ces manquements graves dont nombre de citoyens payent de leur vie. Les maux dont souffre le système de santé au Togo se situent à trois niveaux essentiels, notamment le problème d’infrastructures et de matériels, personnel démotivé et fuite de cerveaux, difficulté de l’accessibilité financière aux soins, problème de formation, etc.

    Problème d’infrastructures et de matériels
    Dans l’organisation du système de santé au Togo, les CHU (Centres Hospitaliers Universitaires) constituent le sommet de la pyramide avec à la base des unités de soins périphériques (USP). Les CHU constituent les derniers remparts et sont supposés être le lieu idéal pour sauver des vies humaines qui n’ont pas trouvé de solutions dans les USP. Mais il est loisible de constater que les CHU, en particulier celui de Tokoin, restent des mouroirs. D’abord, les infrastructures n’ont jamais tenu compte du taux démographique croissant. Nombre de bâtiments en chantier pour pallier cette carence sont restés inachevés. Ceci se justifie par la mauvaise gouvernance dont le pays a fait preuve depuis des lustres. Ainsi, l’on peut voir des patients, venus pour se soigner, coucher à même le sol ou sur des matelas de fortune obtenus par la règle de « Taméa » (corruption) qui gangrène cette institution sanitaire.

    En plus, les matériels de soin sont vétustes et déjà amortis. Ils ne permettent point l’institution de jouer pleinement son rôle en tant que dernier niveau de référence, c’est-à-dire la cime de la pyramide où les USP se rabattent en cas de nécessité. Les laboratoires d’analyse sont fréquemment en rupture de réactifs et de nombreux examens de laboratoires ne peuvent pas être faits dans les CHU. Par ailleurs, les appareils de radiologie tombent régulièrement en panne, causant ainsi des complications aux patients surtout dans des cas d’urgence. Des patients admis en urgence (pour une fracture ou un autre problème médical) doivent repartir avec leur maladie dans le secteur privé pour faire leurs examens radiographiques avec tous les risques que cela comporte avant de revenir se faire soigner. Résultante, on assiste à des retards diagnostiques et thérapeutiques graves. Aussi, le problème de scanner n’émeut-il aucune autorité. On trouve normal que les malades soient obligés de se rendre dans les structures privées pour leur examen de scannographie.

    Le matériel de soins et celui des blocs opératoires sont usagés. C’est la désolation dans presque tous les blocs opératoires du CHU Tokoin : les pinces ne tiennent plus, les aspirateurs ne marchent, les lampes opératoires fonctionnent à moitié, les bistouris électriques manquent ou fonctionnent une fois sur deux, les tables opératoires ne sont pas adaptées ou sont incomplètes, certaines salles opératoires sont dans un état d’insalubrité effrayant, etc. Bien que nous ayons consacré une série d’articles sur cette situation déplorable, rien n’est fait jusqu’alors.

    De sources concordantes, on apprend que certains hôpitaux (CHU Tokoin) ont demandé un audit de leurs matériels. Le résultat est édifiant : ces matériels sont amortis depuis des années et n’ont plus aucune valeur. On n’a jamais pensé les renouveler, ce qui empêche de donner des soins de qualité. Il nous revient également que certains hôpitaux ont des dettes astronomiques auprès de leurs établissements bancaires ou de leurs fournisseurs. Les hôpitaux ont vu leurs charges augmenter au fil des ans, surtout les charges en personnel quand l’Etat se refusait systématiquement à recruter du personnel pour remplacer les départs à la retraite et en exil. Conséquence, aujourd’hui le CHU Tokoin a plus de 80% de son personnel qui est sur son budget autonome.

    Personnel démotivé et manque de ressources humaines
    Le personnel de santé est, depuis plusieurs années, démotivé ; le manque d’enthousiasme au travail est patent. En plus, les salaires sont dérisoires et les primes de garde ou d’astreinte et les primes de risque sont insignifiantes. Cet état de chose ne peut que favoriser la fuite des cerveaux. Aujourd’hui, ils sont nombreux, ces spécialistes togolais qui travaillent en Europe, en Afrique ou en Amérique notamment au Canada. Les autorités togolaises n’ont pas encore compris la nécessité de mettre en place des mesures incitatrices pour que ces personnes puissent mettre leurs compétences au service de notre pays. Par exemple, le Royaume Uni a fait l’économie de 86 millions d’euros (plus de 56 milliards de FCFA) entre 1998 et 2002 grâce au recrutement de médecins. Ainsi, il y a aujourd’hui un manque de spécialistes dans tous les domaines.

    En anatomie pathologique, on a qu’un seul spécialiste qui analyse tous les prélèvements d’organe de l’ensemble du territoire national. Par conséquent, les résultats sont obtenus avec beaucoup de retard, en moyenne 5 ou 6 mois. Les malades qui développent une tumeur sont donc soumis à une véritable torture morale pendant toute cette période qui précède l’annonce des résultats. Parfois, les résultats arrivent quand le malade est déjà enterré.

    En anesthésie réanimation, il existe deux (2) médecins spécialistes pour l’ensemble du secteur public. Les risques d’accidents anesthésiques lors des opérations chirurgicales sont nombreux et il arrive malheureusement qu’on déplore un incident fâcheux du fait de l’absence d’un médecin anesthésiste réanimateur.

    En chirurgie thoracique, aucun spécialiste n’est présent au Togo. Un jeune spécialiste formé en Belgique a préféré, après quelques mois de galère au Togo, vendre ses services au Ghana. Toutes les maladies du thorax (cancer, plaies…) qui nécessitent une opération par un spécialiste ne peuvent pas se faire au Togo, condamnant les patients à une mort certaine. En anatomie, le titulaire de la chaire est en retraite. Le risque est considérable de voir dans un proche avenir nos futurs médecins formés avec des lacunes importantes dans une spécialité qui explique la constitution du corps humain.

    En chirurgie générale, de nombreux blocs opératoires au Togo sont sous la responsabilité de non spécialistes. Ce sont des jeunes en spécialisation qui sont souvent en fin de 2ème année de formation. Ils ont la compétence pour assurer la prise en charge des urgences chirurgicales les plus courantes. Mais on les envoie dans les blocs de l’intérieur pour combler la carence en chirurgiens. En outre, bien que des chirurgiens soient formés au Togo, de nombreuses structures sanitaires manquent de chirurgiens.

    Accessibilité financière
    Avec la paupérisation, les malades ont souvent du mal à honorer les différentes prescriptions : ordonnances, analyses, examens radiologiques, achat d’oxygène, etc. Il est fréquent de voir des malades garder les prescriptions pendant des jours voire des semaines puisque n’ayant pas les ressources financières pour les honorer. Pendant ce temps, la maladie évolue et peut conduire au décès.

    Le cas des urgences est tout aussi dramatique. Puisque les hôpitaux ne disposent pas de matériel de premiers soins, les malades qui sont reçus en urgence doivent traîner leur maladie durant des jours avant de se faire traiter, une fois qu’ils auront réuni les fonds nécessaires pour leur traitement. Beaucoup d’entre eux décèdent ou voient leur maladie s’aggraver à tel point que, malgré le traitement, le décès devient inéluctable.

    Certains examens ou traitements coûtent excessivement chers et ne sont pas à la portée du Togolais moyen. En cas de maladie, le décès est inévitable. A titre d’illustration, une séance d’hémodialyse est à 34 000 F et un malade qui a une insuffisance rénale doit faire deux ou trois séances hebdomadaires et ce pour le reste de sa vie. En cas de fracture, les implants coûtent excessivement chers et les malades s’en sortent avec des factures astronomiques uniquement pour l’achat des implants et ils croupissent durant des semaines dans les salles d’hospitalisation en attendant que la famille puisse réunir les fonds nécessaires pour l’achat de ce matériel.

    Des ressources financières sont pourtant allouées pour la prise en charge des indigents. Mais ces ressources sont insuffisantes ou pire encore, des autorités de ce pays ont le culot de se faire soigner gratuitement. On raconte même qu’un ministre de la santé a fait accoucher une de ses maîtresses au CHU Tokoin et ne s’est jamais acquitté de son ardoise.

    Problème de formation
    En fait, le développement d’une nation passe par la formation de ses cadres. Cependant, nombre d’observateurs pensent qu’actuellement le Togo n’encourage guère la filière universitaire. « Quand le Togo a ouvert l’école de médecine, des nations comme le Burkina Faso qui manquaient de spécialistes envoyaient leurs étudiants se former ici. Aujourd’hui, la tendance s’inverse : ce sont les professeurs burkinabés qui viennent en mission au Togo pour former nos étudiants en pharmacologie ou biophysique ; les Béninois nous forment en psychiatrie. Rien d’étonnant quand on compare les motivations faites par les pays pour encourager la carrière universitaire. La prime de recherche annuelle pour les universitaires est de 150 000 F CFA au Togo quand cette prime varie de 700 000 à 1 500 000 F dans les autres pays de la sous région », explique un médecin qui a requis l’anonymat. Selon certaines informations, en 2006, le Togo a présenté deux candidats au concours d’agrégation du CAMES et le Burkina en a présenté douze.

    Qui plus est, un assistant togolais touche une prime de 20 000 F payée par l’université et un maître assistant régulièrement inscrit sur la liste du CAMES perçoit 25 000 F. « Avec cette misère, on voudrait que tous les enseignants puissent posséder un ordinateur, s’acheter des livres, s’informer et se recycler régulièrement et préparer des cours sur des supports audiovisuels qui coûtent cher et enfin faire de la recherche ? », s’interroge-t-il.

    Comme on le voit, le chantier est vaste et nécessite que très tôt on puisse réfléchir aux différentes approches de solutions. La réflexion doit être collégiale. Nous pensons en effet qu’étant donné l’étendue et la profondeur des problèmes, un seul individu, aussi compétent soit-il est incapable d’envisager toutes les difficultés et d’y apporter les solutions adéquates. Il semble qu’actuellement le chantier de cette réforme est confié (pour ce qui concerne l’équipement des structures sanitaires) au conseiller en santé à la présidence de la République. Nous espérons qu’il saura s’entourer des personnes ressources nécessaires pour que ces nouvelles dettes contractées par notre pays pour rééquiper ses hôpitaux soient utilisés à bon escient. Nous estimons qu’une cellule de réflexion doit être mise sur pieds (au niveau de l’état ou de la société civile et même au niveau de chaque parti politique qui a pour ambition de conduire un jour les affaires du pays.
    Didier LEDOUX

    Inceste : Un phénomène qui prend de l’ampleur dans nos sociétés

    Très embarrassée, Léonie, vingt ans, se confie à son petit ami. « Hum hum, j’ai quelque chose à te confier mais je ne sais par où commencer ». « Laisse-toi aller », répondit Alain d’un air inquiet. « C’est mon frère, il est revenu d’Europe ». « Mais c’est une bonne nouvelle », conclut Alain. « Pas pour moi. Il veut encore recommencer ces choses-là avec moi ». «Quelles choses ? », demanda l’autre. « Avant de partir pour l’Europe il couchait avec moi. Un jour, après avoir pris mon bain alors que j’avais seize ans et lui vingt-et-un, il rentra dans ma chambre et me força à coucher avec lui. Depuis ce premier jour, mon grand frère venait dans ma chambre et répétait son acte jusqu’à ce qu’il ne quitte le Togo pour la France. Tout ceci se passait à l’insu de nos parents. Maintenant qu’il est de retour, je ne veux plus qu’il entretienne ces relations avec moi mais je ne sais pas quoi faire. J’ai peur et j’ai honte de dire ça à nos parents. ».

    Après avoir écouté cette confidence, Alain fut dégoûté et mit un terme quelques jours plus tard à leurs relations. Ce qui affecta gravement Léonie qui s’enferma dans un mutisme coupable.

    L’inceste, qu’est-ce que c’est ?
    Selon le Petit Larousse, l’inceste est l’« union illicite entre parents à un degré pour lequel le mariage est interdit ». D’après une définition de WILDAF-Togo (Femmes, Droit et Développement en Afrique), l’inceste est une relation à caractère sexuel entre des membres d’une même famille: père/fille, père/fils, mère/fille, mère/fils, frère/soeur, oncle, tante, grand-parent... ou toute personne ayant autorité parentale sur l’enfant: beau-père, belle-mère ou concubin, concubine... Il s’agit d’attouchements et/ou d’actes de pénétration sexuelle (vaginale, anale, buccale) par organe sexuel, doigts, ou au moyen d’un objet.

    Ce phénomène se rencontre dans toutes les sociétés dotées d’un langage et d’une transmission parentale.

    Les différentes formes d’inceste
    L’inceste a plusieurs visages. Son expression peut prendre plusieurs formes: il peut survenir brutalement ou peut être aussi une relation faite de caresses et de séduction qui s’installe et s’immisce peu à peu, emprisonnant la victime: une relation sans violence physique mais dans une violence psychique extrême.

    La prohibition universelle de l’inceste
    La prohibition de l’inceste est une institution à caractère universel. Elle se retrouve dans toutes les sociétés. Laure RAZON (1996) dans «Enigme de l’inceste, du fantasme à la réalité » écrit que « Cette prohibition, tout comme celle du meurtre, fonde et structure l’organisation sociale, le processus d’humanisation et d’individualisation, c’est-à-dire la naissance du sujet humain».

    La Convention Internationale des Droits de l’Enfant, ratifiée en France, le 09 septembre 1990, affirme qu’il n’y a jamais consentement de l’enfant.

    Malgré cela, l’inceste existe. Il y a quelques années encore, tout le monde pensait que les victimes d’inceste étaient essentiellement des adolescentes. A force d’être confrontés à la réalité quotidienne, il nous a fallu admettre que des enfants (filles ou garçons) très jeunes, voire bébés, étaient abusés. Nous devons accepter qu’il se passe dans notre monde des choses qu’on ne peut pas imaginer.

    L’inceste, une histoire familiale
    La famille, a priori perçue comme un lieu idéal qui offre tendresse, affection et sécurité pour tous ses membres, est le plus souvent le milieu où se commet l’inceste. La famille où se commet l’inceste offre aux yeux de la société l’apparence d’une famille harmonieuse et stable. En réalité, s’y dissimulent des secrets qui taisent violences familiales et dysfonctionnements. Dans une famille où il y a l’inceste, il règne l’abus de confiance, l’abus de pouvoir, l’abus sexuel.

    La personnalité manipulatrice de l’abuseur et parfois la complicité plus ou moins consciente de l’entourage, contribuent à offrir à l’extérieur une image sans faille. L’inceste existe dans tout type de famille : il n’est pas lié aux conditions socio-économiques, ni au niveau intellectuel, ni aux convictions religieuses, politiques ou philosophiques de la famille. De même l’abuseur peut être aussi bien une femme qu’un homme.

    On estime donc que l’inceste met en cause la personnalité du père, de la mère, leur histoire d’enfant et celle de leur couple. Les interactions avec leurs enfants et eux-mêmes permettent de comprendre qu’il s’agit bien d’un symptôme, qui est l’expression d’une confusion et d’un malaise profond qui touche tous les membres de la famille. A suivre...
    T.T.

     
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  • Le service des bars : Un métier fatigant, peu gratifiant qui expose à toutes sortes de vices

    La Dépêche du 2 avril 2008 - Par J.K

    Il est treize heures. Assise sur une chaise du bar où elle est serveuse, Judith somnole. Elle n'est rentrée chez elle que vers zéro heure la veille. Mais, ce matin déjà à six heures, elle était sur son lieu de travail. C'est à peine si elle a dormi trois heures de temps durant la nuit. C'est ainsi tous les jours de la semaine, sauf l'unique jour de repos qui lui est accordé.

    Des endroits comme celui dans lequel travaille Judith sont nombreux à Lomé et dans les autres localités du pays. Comparé au revenu moyen des Togolais, le prix de la bière paraît trop élevé. Il y a longtemps que nos compatriotes auraient dû déserter les bars. Mais, allez y voir par quelle gymnastique ils arrivent à s'offrir le ''luxe'' d'une bière avec leurs maigres revenus.

    Comme indiqué plus haut, la journée d'une serveuse de bar commence très tôt pour s'achever très tard. Ecoutons la jeune fille nous raconter en quoi consiste son travail : " Peu de bars ouvrent avant neuf heures en réalité. Ce qui nous oblige à arriver tôt, c'est le ménage. Il faut laver les verres, les plateaux et tout le nécessaire de service, nettoyer les chaises et les tables, essuyer le plancher à l'intérieur du bar, balayer la cour interne et la cour externe. Après cela, il faut disposer les chaises et leurs tables dans la cour et à l'intérieur. Quand vous êtes seule comme c'est mon cas, ces tâches à elles seules vous demandent deux à trois heures de temps. Donc, pour commencer le service à neuf heures, il faut arriver à six heures au plus tôt. "

    Ces tâches purement préparatoires à elles seules sont assez éprouvantes. Laver tous les verres du bar, le nécessaire de service et les rincer, ce n'est pas une petite affaire. Sortir une à une les tables et les chaises rangées pendant la nuit dans un coin à l'intérieur et les disposer en ordre est encore plus éprouvant. Il faut noter que de temps en temps, des buveurs matinaux vont l'interrompre pour exiger d'être servis. Si elle traîne trop à leur goût, elle se fera copieusement injurier. Elle n'osera jamais émettre la moindre protestation, sous peine d'être mise à la porte par le propriétaire du débit de boisson, si l'incident venait à parvenir aux oreilles de ce dernier. Ce n'est là qu'un des nombreux caprices de certains habitués des bars et buvettes. Pour se justifier, ils répètent à ceux qui ne le sauraient pas la boutade que tous les consommateurs connaissent, même les illettrés : " le client est roi ! "

    Le travail commence véritablement avec l'arrivée des premiers clients. Chaque client, explique Judith, à ses caprices. Si vous lui donnez un verre moyen, il réclamera un grand. Donnez-lui un grand verre le lendemain, il voudra un petit. Il y en a qui vont changer plusieurs fois leur commande, juste pour se donner de l'importance, obligeant la serveuse à retourner autant de fois à son congélateur. Il y a les impatients : ils arrivent les derniers, mais exigent d'être servis les premiers. Il y a aussi les maniaques : pour ceux-là, la table n'est jamais bien nettoyée, il y a une tâche sur le verre, ils trouvent un goût bizarre à la boisson, quand ce n'est pas l'odeur qui l'est, en un mot, ce sont d'éternels insatisfaits. Il y a les bilieux. Ils s'emportent pour un oui ou pour un non. Ils n'hésitent pas à injurier, parfois à cogner. Monique, serveuse dans une buvette du quartier Adéwi à Lomé raconte sa mésaventure d'un jour : " quand le monsieur est arrivé, j'ai immédiatement remarqué qu'il était déjà passablement éméché. Il a commandé sa bière et des cigarettes. Je lui ai expliqué que nous n'avions plus de cigarettes. Il a alors exigé que j'aille lui en chercher, ce que je pouvais faire. Mais, il y avait beaucoup de clients assis et l'un d'eux pouvait réclamer son addition à tout moment. Pour acheter des cigarettes, il m'aurait fallu faire au moins deux cents mètres. Etant seule, je ne pouvais abandonner le service, au risque que des clients peu scrupuleux partent avec l'argent de leur consommation. C'est ainsi que j'ai poliment expliqué la situation au monsieur. Sa réaction m'a totalement désarçonnée : se dressant de son siège comme un ressort, il m'applique une claque retentissante sur la joue gauche, y laissant les empreintes de ses doigts. Pour expliquer son geste, il déclare aux autres personnes assises dans le bar que je les avais tous traités de voleurs ! "

    Monique s'arrête pour reprendre son souffle. Puis elle poursuit en disant que personne dans le bar n'a cherché à écouter ses explications ni à prendre sa défense, pas plus que le propriétaire du bar attiré par le bruit. Monique poursuit : " mon patron m'a regardée d'un air sévère en me disant de ne pas chasser ses clients ! Il a adressé des excuses au type et m'a sommée d'aller lui chercher des cigarettes, à la quatrième vitesse ! " Après un silence assez long, elle poursuit avec amertume : " pour certains clients, une serveuse de bar est un être humain inférieur, nous sommes leur souffre-douleur. Nos patrons pour qui la recherche du bénéfice passe avant toute autre considération, ne prennent pratiquement pas notre défense. Quand vous exercez ce métier, il faut vous préparer mentalement à tout entendre et à tout souffrir : cela va des propos déplacés aux insultes jusqu'aux allusions sexuelles les plus obscènes, en passant par les attouchements des fesses et des seins. "

    Le travail se poursuit sans interruption jusqu'au départ du dernier client. Il y a des moments d'accalmie, mais ce n'est jamais pour bien longtemps. La serveuse n'aura pas le temps de souffler. Dans certains bars très fréquentés surtout à Lomé, il y a plusieurs serveuses. Les propriétaires organisent alors un système de roulement. La situation de celles qui travaillent dans ces conditions est un peu différente : elles ont une demi-journée de travail pour une demi-journée de repos. Mais c'est le seul avantage. Pour le reste, elles sont logées à la même enseigne que leurs consœurs. Tant qu'il y aura un client en train de consommer, elles devront attendre qu'il finisse. C'est aux environs de minuit qu'elles ferment souvent. Il faut alors ranger les tables et les chaises. C'est plus pénible en ce moment-là, à cause de la fatigue. Pour certaines, la meilleure solution pour contourner l'insécurité à ces heures tardives est de loger sur place. Cette situation ne va pas toujours sans conséquences. Certains propriétaires n'hésitent pas à leur rendre visite en trompant la vigilance de leurs épouses, avec l'intention de se réserver des instants jouissifs. Ce n'est pas toujours que la fille aura assez de courage ou de maturité pour dire non, son consentement lui étant présenté comme la seule alternative pour conserver son poste.

    Judith citée plus haut raconte sa mésentente d'un soir : " c'est mon patron qui m'a proposé de rester une fois le service fini, pour disait-il éviter de me faire agresser en chemin en rentrant. J'ai sauté sur l'occasion parce que, pour rentrer chez moi, le chemin le plus court passe par un endroit mal famé où des femmes se sont fait violer à plusieurs reprises. Il me suffisait d'acheter une natte pour me mettre à l'abri de ce danger. J'ai donc accepté l'offre du patron en le remerciant de sa gentillesse. J'aurais dû me méfier. Si jusqu'ici il ne m'avait pas fait des avances, j'ai bien remarqué que je ne lui étais pas indifférente. Moins d'une semaine après, une nuit, j'ai entendu tourner doucement la clé dans la serrure. Prise de panique, j'ai demandé qui c'était. Mon patron a murmuré que c'était lui. Rassurée, je me suis dit qu'il venait chercher quelque chose dans le bar. Une fois à l'intérieur, il m'a dit sans détour ce qu'il voulait. J'ai fait celle qui était consentante. Mais je lui ai expliqué que cela ne serait pas possible cette nuit, parce que j'étais en menstruations. Trois jours plus tard, il est revenu à l'assaut. Cette fois, je n'ai pas cherché de prétexte, j'ai catégoriquement refusé. Il a menacé de me renvoyer. J'ai tenu bon en menaçant gentiment à mon tour de tout raconter à sa femme. Depuis, il m'a laissée tranquille. "

    Combien gagne une serveuse de bar ? Cela varie de 10.000 F CFA à 15.000 F CFA. Il y a certains propriétaires qui paient parfois 20.000 F CFA. C'est rare et le plus souvent, il s'agit de bar à très fort taux de fréquentation ou de grand standing. Travailler plus de quinze heures par jour pour un tel salaire n'est pas seulement de l'exploitation, c'est de l'esclavagisme ! Il faut aussi compter les pourboires que laissent certains clients généreux. Mais il faut préciser que la tradition du pourboire n'est pas très encrée dans les mœurs de nos compatriotes.

    Le plus souvent, c'est très rarement que la serveuse touche la totalité de son salaire. Entre les manquants de caisse et les accidents de toutes sortes, dus à sa maladresse, il arrive que sa paie s'évapore pour combler ces ''trous'' : quand elle casse un verre, une bouteille de boisson ou endommage tout autre matériel, des retenues équivalentes en argent sont pratiquées sur sa solde. Dans certains cas, la paie du mois ne suffira même pas à compenser ses pertes.

    Clarisse qui officie dans un bistrot d'Agoè, banlieue nord de la capitale explique : " en sortant une bouteille du congélateur, il arrive que les autres glissent. Il en résulte des accidents. Des fois, vous êtes bousculée par un client qui déclinera toute responsabilité. Très souvent aussi, des consommateurs profitent d'un moment d'inattention de notre part pour filer incognito. Il y en a qui camouflent une partie de leur consommation en cachant les bouteilles. Il y a aussi des clients fidèles qui, après avoir bu vous expliquent qu'ils ne peuvent payer que le lendemain, mais ne payerons peut-être jamais. Bref, il y a dix mille raisons pour ne jamais prendre sa paie en totalité ".

    Parce qu'ils savent qu'elles gagnent peu, certains clients s'imaginent qu'elles seraient des proies faciles. Christine qui exerce dans le quartier Ablogamé exprime ainsi son désenchantement : " vous ne pouvez imaginer le nombre de propositions indécentes que je reçois chaque jours. Je me demande parfois si les hommes qui arrivent ici ne me prennent pas pour une pute ? " De fait, le harcèlement sexuel fait partie du quotidien d'une serveuse. Une autre laisse ainsi éclater son courroux face à ces comportements de certains hommes : " pour beaucoup, la bière n'est qu'un prétexte pour arriver ici. Leur réelle intention c'est de nous mettre dans leur lit. Si au moins ils s'y prenaient avec tact, ce serait pardonnable. Sans préambule et d'une manière grossière, on vous propose une somme d'argent pour des relations sexuelles. Les plus subtiles vous font des promesses si mirobolantes qu'il faut être cinglée pour les croire. " Les serveuses sont-elles toutes aussi vertueuses que le disent celles qui parlent ?

    Clarisse reconnaît que beaucoup de ses consœurs cèdent trop facilement à l'attrait de l'argent. Elle raconte le cas d'une de ses anciennes camarades : " de fille plus naïve que cette petite, je n'en ai jamais rencontré. Tous les soirs, elle rentrait avec un homme différent. Elle ne voulait rien entendre des conseils que nous lui donnions. Lorsqu'un soir, deux hommes se sont empoignés à la fermeture du bar, le patron l'a virée. Elle est revenue le lendemain les larmes aux yeux pour supplier le patron. Celui-ci pris de pitié est revenu sur sa décision. Mais le vers était déjà dans le fruit. Elle a continué plus discrètement. " Ce n'est malheureusement un cas isolé. Plusieurs serveuses ont un comportement similaire, contribuant à cataloguer toutes les autres comme étant des putes en puissance.

    L'on assiste de nos jours à une multiplication des débits de boissons dans le pays. A cause de la misère généralisée, beaucoup de jeunes filles n'hésitent pas à se faire recruter comme serveuses. Elles y travaillent souvent pendant quinze heures par jour, pour comme nous l'avons souligné, un salaire qu'elles ont toutes les chances de perdre avant de l'avoir touché.

    Devant la précarité de la situation de ces serveuses de bar et face aux nombreux vices auxquels elles ont exposées, l'autorité publique doit être interpellée. Est-il normal qu'on travaille quinze heures par jour et six fois par semaine pour un salaire de 10 ou 15.000 F CFA ? Le gouvernement peut déjà commencer par fixer un plancher, en fonction du standing du débit de boisson. Il faut également prendre des mesures pour que les patrons qui profitent de leur position dominante pour se livrer à des harcèlements sexuels sur leurs employées soient sanctionnés, de même que les clients qui se livrent à ce genre de pratiques. Pour cela, il faut sensibiliser les concernées sur le concept de harcèlement sexuel et la possibilité que leur offre la loi pour saisir les autorités judiciaires.

    La misère des plus faibles ne peut pas et ne doit pas servir de marchepied aux plus forts dans leur ascension vers la fortune. La rémunération d'un travail doit être en proportion avec l'effort fourni et le temps qui a été nécessaire à son accomplissement.

     
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  • L’insalubrité dans la ville de Lomé : Une responsabilité partagée

    Focus Info #003 - Par Etonam Sossou

    Elue deux fois « la ville la plus propre » de la sous région en 1984 et 1986, la ville de Lomé affiche aujourd’hui une image désastreuse sur le plan de la salubrité. En dépit des opérations de « Lomé ville propre » effectuées de temps en temps pour nettoyer notre capitale sans oublier les gestes des associations de bonne volonté qui militent pour la protection de l’environnement, Lomé tarde à retrouver sa propreté des années 80.

    Le contexte géographique de la ville de Lomé
    L’expansion spatiale de Lomé laisse entrevoir deux parties très distinctes et deux types d’habitat urbain. La première partie appelée « le vieux Lomé » s’étale le long du cordon littoral, regroupant tous les quartiers situés entre la mer et la lagune. Elle est composée de centres commerciaux et du quartier administratif. C’est le cœur de la ville caractérisé le plus souvent par des lots d’habitation de 600m2, des villas de luxe à un niveau et un réseau routier bitumé ou pavé à 90%. La deuxième partie de la ville située au-delà du système lagunaire de la volta qui traverse la capitale togolaise de l’Ouest à l’Est. Elle est caractérisée par un type d’habitat polyvalent où on  trouve un mélange de maisons de luxe et d’habitations à cour commune. La densité dans cette partie de la ville est très forte : plus de 120 habitants par hectare contre 30 dans la première partie.

    La ville de Lomé a une superficie évaluée à 87 km2, composée de 72 quartiers et subdivisée en cinq arrondissements

    L’état de la ville de Lomé
    Un petit tour dans les quartiers pour se rendre compte de la réalité. Les rues sont jonchées de dépotoirs sauvages constitués de sacs en plastique, des boites de conserve et de matières fécales. Les caniveaux et collecteurs sont bouchés par des sachets imperméables et autres déchets qui y sont jetés.

    Les lagunes ne sont pas épargnées. Les riverains ont non seulement relié leur puisard et WC directement à la lagune et aux collecteurs d’eaux pluviales, mais ils y jettent toutes sortes d’ordures qu’ils produisent.

    Les dépotoirs qui sont pour la plupart des décharges autorisées par la municipalité se situent aux points névralgiques de la ville (ceux d’Amoutivé et de Casablanca par exemple). Ce qui constitue un danger pour la population. Ces décharges ne respectent pas les normes de protection de  l’environnement, polluent le sol et l’air mais aussi la nappe phréatique de la ville de Lomé qui est superficielle. Le problème de gestion des ordures ménagères est la cause directe de l’état de délabrement dans lequel se trouve la capitale togolaise. De 1960 à nos jours, Lomé a connu trois stratégies de gestion des ordures.

    La méthode coloniale
    De 1960 à 1974, la voirie avait institué un système de collecte qui permettait aux populations de déverser les ordures ménagères dans de grosses poubelles ou dans des conteneurs placés à côté des latrines publiques. Les agents de la voirie les vidaient et les déchargeaient très loin de la zone urbaine. Pendant cette période les quartiers périphériques étaient laissés pour compte. Les riverains jetaient les immondices aux abords de la lagune et les habitants de l’extrême ouest jetaient les ordures au travers de la frontière ghanéenne.

    La croissance de la population de la ville de Lomé, au début des années 70 va obliger la mairie de Lomé à renoncer à la méthode coloniale et à signer un contrat avec la Société Togolaise d’Enlèvement des Ordures Ménagères et d’Assainissement (SOTOEMA) le 19 juin 1974.

    La gestion de la SOTOEMA
    La SOTOEMA avait opté pour la collecte à domicile. Elle se faisait au moyen de camions qui ne desservent que les quartiers dont les voies sont praticables, deux ou trois fois par semaine. Lorsque le klaxon de la benne retentit, les habitants se précipitent avec leurs paniers d’ordures sur les trottoirs et attendent le passage du véhicule.

    Le travail de la SOTOEMA ne couvrait cependant  pas toute la ville de Lomé. Les causes sont multiples et on peut citer la croissance démographique, l’augmentation des charges sociales, le prix du carburant et des pneumatiques, les prix du matériel de transport et la recette annuelle perçue par la municipalité au titre de la taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères qui s’élevait à 36.000.000 FCFA, selon certaines sources. Les difficultés financières rencontrées par la SOTOEMA dans l’exercice de ses travaux et qui étaient dues à ses créances non honorées sur les pouvoirs publics, ont abouti à la résiliation du contrat en 1997. Cette résiliation du contrat de ramassage des ordures ménagères dans la ville de Lomé entre la mairie et la SOTOEMA marque le début de la prolifération des dépotoirs sauvages et la genèse des problèmes de salubrité à Lomé.

    La stratégie actuelle
    Une nouvelle stratégie de la collecte des ordures ménagères est proposée par les études au Projet de Développement Urbain (PDU) et comporte deux phases.

    La pré collecte est devenue une activité créatrice de revenus parce qu’elle est confiée aux associations des  jeunes volontaires de quartiers qui ramassent les ordures depuis les ménages et les convoient vers un dépotoir intermédiaire. Ainsi plusieurs  associations de pré collecte d’ordures ménagères ont vu le jour. Des jeunes hommes passent de maison en maison pour vider les poubelles moyennant une rémunération qui varie entre 500FCFA et 5.000FCFA par ménage selon la quantité d’ordures produites par mois.

    La collecte des dépotoirs intermédiaires de quartier vers la décharge finale d’Agoè est prise en charge par la mairie de Lomé. Elle assurée par des entreprises sous contrat rémunéré. L’entreprise WATTE-RA située à Agoè est l’une des entreprises qui prennent en charge l’évacuation des dépotoirs intermédiaires vers la décharge finale. Elle a à son actif 20 camions composés de 9 bennes tasseuses, 6 portes conteneurs, 5 bennes basculantes et 4 chargeurs. Sa zone de couverture s’étend de la lagune de Tokoin  jusqu’à la frontière d’Aflao en passant par les quartiers Nyékonakpoè, Décon, Fréau jardin, Assivito, Pharmacie de étoiles. Elle enlève mensuellement entre 18000 et 28000m3 de volume d’ordures.

    Cependant la situation des dépotoirs intermédiaires qui sont évacués vers la décharge finale située dans le canton d’Agoè remet en cause cette nouvelle stratégie.

    Les faiblesses de la nouvelle stratégie
    Le montant minimum dont la municipalité a besoin chaque année pour assurer efficacement le ramassage des déchets des sites intermédiaires puis l’enfouissement sur la décharge finale à Agouè est estimé à 1,5 milliards de francs CFA. Mais le décaissement de ce fonds reste difficile.

    L’entreprise WATTE-RA est confrontée quelque fois à des difficultés financières. Se retrouvant parfois, dans l’incapacité de payer le carburant et sa quarantaine d’employés, elle est obligée d’arrêter ses travaux  ou le fait partiellement.

    Les ouvriers travaillant pour les associations de pré collecte des déchets sont souvent mal payés et perçoivent en moyenne 20 000 FCFA par mois. Leur tenue ne répond pas aux exigences de leurs taches, pas de gants ni de bottes et ils ne bénéficient pas de visites médicales. La mauvaise organisation de ce secteur explique le laxisme des ouvriers qui font parfois de mauvais travail.

    Les décharges intermédiaires se situent aux abords des routes principales. Celles qui sont protégées ont vu leurs clôtures tombées par endroits sous la pression des intempéries. Si nous prenons l’exemple de l’ancien dépotoir intermédiaire de la place BONKE, les déchets sont en contact avec le sol. Or dans cette zone la nappe phréatique est superficielle. Les décharges produisent un liquide toxique appelé le lixiviât qui, en s’infiltrant dans le sol, contamine la nappe et souille la lagune.

    Les conséquences sur la santé de la population
    L’état actuel de la lagune de Tokoin est du au passage des débris par les caniveaux aménagés pour récepter les eaux de pluies, vers la lagune. Certaines populations ont transformé ces caniveaux en poubelles, qui après quelque temps dégagent des odeurs nauséabondes. Ces actes en plus des lacunes de la nouvelle gestion des ordures sus énumérées constituent une source de prolifération des maladies telles que le choléra et la fièvre typhoïde. En 2005, sur 1320 cas de choléra enregistrés au Togo dont 30 décès, Lomé comptait à elle seule 1012 et 13 décès. Les districts N°2 et N°3 ont déclaré 580 cas et 6 décès. La fièvre typhoïde quand à elle, selon une source médicale, fait chaque jour des victimes à Lomé.  

    Pour une nouvelle gestion des ordures ménagères
    La municipalité doit envisager une nouvelle méthode de gestion des ordures ménagères qui inclut la modernisation du secteur des déchets solides, la valorisation des ordures ménagères et la restructuration de la collecte des ordures ménagères.

    Comme l’entreprise WATTE- RA, les autres entreprises sous contrat avec la mairie peuvent également mettre à la disposition des prés collecteurs des camions, qui après la collecte « de porte à porte » déverseront directement les ordures sur la décharge finale. Selon un responsable de cette entreprise, ce procédé permet d’éliminer les dépotoirs intermédiaires qu’elle juge dangereux pour la santé de la population et ainsi rendre la zone qui leur a été confiée propre.

    En effet mis à part la récupération des bouteilles et carcasses de véhicules par des structures informelles, il n’existe à Lomé aucun système de récupération des déchets solides. Mais il est démontré qu’il est plus facile de fabriquer des bouteilles et des verres avec des portions recyclées qu’à partir des matériaux bruts. Les matières organiques rentrent dans la fabrication du compost. Les plastiques recyclés servent à la fabrication d’autres objets en plastique. Les papiers issus des poubelles permettent la confection des papiers recyclés.

    La responsabilité de la population est engagée
    La population de Lomé doit cesser de transformer tout endroit vide en dépotoirs sauvages. Certaines personnes trouvent pour arguments la crise économique et attendent la nuit tombée pour vider leurs poubelles dans les rues ou dans les caniveaux. Conséquences, ces quartiers sont toujours inondés en saison pluvieuse ou à la moindre occasion de pluie.

     
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  • Prostitution infantile à Lomé : Un phénomène qui prend des proportions alarmantes et inquiétantes

    AgoraPress - Par John Altman

    Wobedigna Jean Atama
    alias John Altman
    Décécé le 15 juin à l'âge de 37 ans
     

    C’est samedi soir. Alors que je m’ennuie à regarder des films insipides sur les chaînes de télévisions locales à la maison, mon téléphone sonne. C’est un vieil ami. Il me propose une virée à travers les coins chauds de la capitale, comme au bon vieux temps où nous étions étudiants. Ça ne pouvait mieux tomber. Rendez- vous est donc pris pour vingt heures dans un bar sur le boulevard du 13 Janvier.

    Un quart d’heure avant l’heure fixée, je suis sur les lieux. Le ‘’Seven Clash’’, un bar situé sur le Boulevard du 13 Janvier en face de ‘’La Brochette de la Capitale’’, est déjà bondé. Par chance, je trouve une table libre et je m’installe, face à la circulation. La musique est tintammaresque, mais l’ambiance est à la fête et la bonne humeur des consommateurs présents ici est très communicative. Mon ami ne tarde pas à arriver. Après avoir garé sa voiture sur le terre-plein entre les deux voies du boulevard, il me cherche des yeux. Je me lève pour lui faire signe. Il est accompagné de son épouse. « Mais mon cher ami, tu es seul ! Où est donc ta petite amie ? » J’élude la question. Mon ami poursuit : « ne t’en fais pas, on va te trouver de la compagnie. » Sûrement une de ces prostituées qui grouillent dans le coin.

    Tous les Loméens qui connaissent l’endroit savent que les filles qui viennent ici sont  potentiellement des filles de joie. Après plus d’une heure, mon ami fait signe à une fille qui approche sans se faire prier. L’idée de partager notre table avec une spécialiste ne m’enchante pas, mais je voudrais lui poser quelques questions. Aussitôt que la fille s’assied, elle annonce sans détour et sans  la moindre gêne: « chez vous à la maison, ce sera 10.000 FCFA,  mais si vous voulez qu’on s’arrange ici, ce sera 5.000 F. » La femme de mon ami manque d’avaler de travers. Très amusé, je tempère ses ardeurs : « du calme, prends d’abord un pot. Pour le reste, on verra après. » Elle approuve du chef. Je lui laisse le temps de savourer sa première bière avant d’attaquer. Tout cela se déroule sous le regard franchement réprobateur de la femme de mon ami. Mais, Yémi, notre invitée semble se moquer éperdument des états d’âme de l’autre femme du groupe.

    Sans préambule, je lui demande : « est-il vrai qu’on peut se payer ici les services de petites filles entre douze quatorze ans ? » L’air un peu contrarié, elle répond : «  comme si vous ne le saviez pas ! Elles ont même plus de succès que les filles de mon âge et celles qui sont plus âgées. Si  vous voulez, vous pouvez même trouver des filles de dix ans. »  Le verre que l’épouse de mon ami avait levé pour boire une gorgée resta suspendu devant son visage. Les yeux ronds, elle regarde celle qui venait de lâcher ces mots comme si cette dernière avait blasphémé, ce qui, d’une certaine façon, était.

    Des fillettes déambulent sur les deux trottoirs du boulevard dans des tenues qui ne laissent aucun doute sur les intentions qui les amènent en ces lieux. Le visage outrageusement maquillé, la tenue plus que suggestive et  mettant à nu un corps à peine pubère, elles attendent un éventuel client. Il y en a qui dansent sur les trottoirs, de la façon la plus obscène qui soit.  D’autres fument tranquillement, les yeux perdus dans le vague, plongées dans une rêverie dont elles n’émergent que lorsqu’un client leur adresse la parole. Pour le père d’une petite fille de sept ans que je suis, c’est un spectacle très affligeant. Comment ces enfants en sont-elles arrivées là ? Où sont donc leurs parents ? Toutes ces petites filles ne sont quand-même pas orphelines de père et de mère ?

    De temps en temps, un homme s’arrête, échange avec l’une d’elles quelques mots avant de s’en aller seul quand il n’y a pas d’accord sur le prix, ou suivi par la fillette quand la situation convient à chacun des deux. Il serait peut-être important de préciser qu’aucun des hommes qui abordent les petites filles n’a leur âge. Les hommes que je vois souvent parler aux petites filles ont au moins 25 ans. Il y a même des quadragénaires et des quinquagénaires. Je demande à  ma cavalière d’un moment si elle peut m’appeler l’une d’elle, en la rassurant que c’était juste pour lui poser quelques questions. Mise en confiance, elle se lève et traverse le boulevard.

    Quelques instants plus tard, la voilà qui se penche et glisse quelques mots à l’oreille d’une fillette. La petite fille regarde dans notre direction, semble hésiter un petit moment puis finalement, se décide. Yémi prend la petite par la main et toutes les deux nous rejoignent. « On se connaît », annonce Yémi. Je suis frappé par les traits bouffis de l’enfant que j’ai en face de moi. Quel âge peut-elle avoir ? Pas plus que treize ans. Avec ses  yeux rouges et ses traits tirés, je me dis en la regardant qu’elle doit consommer de la drogue. Elle ne montre aucun signe de timidité. La situation ne doit rien avoir d’inhabituel pour elle. La femme de mon ami qui a maintenant compris mes intentions sourit à l’enfant et lui demande de s’asseoir à côté d’elle. C’est elle qui demande à la petite : « tu bois quelque chose ? » Celle-ci consulte Yémi du regard avant de répondre : « j’aurais bien voulu une bière, mais, j’ai faim. Je préfère manger des frites d’igame, si cela ne vous dérange pas. » Je lui dis qu’elle peut commander des frites et une boisson sucrée, pas de boisson alcoolisée. « Que craignez-vous, que je me saoule ? Je résiste beaucoup à l’alcool, vous pouvez demander à Yémi. » Celle-ci confirme de la tête. Les questions qui me brûlent les lèvres m’empêchent de m’attarder sur ce sujet. Autour de nous, personne ne semble choqué que des hommes, sur le mauvais côté de la trentaine soient sur le point d’embarquer une petite fille pour avoir des relations sexuelles avec elle.

    Nous la laissons savourer son plat. Quand elle a fini, je lui demande si elle serait d’accord pour rentrer avec moi. Je précise mon âge. Elle regarde tour à tour le visage de chacun de nous avant de répondre : « vous vous moquez de moi. Vous n’en avez pas du tout l’intention. Yémi m’a dit que vous vouliez juste me poser quelques questions. » Je dus avouer que c’était vrai. Il ressort de la suite de notre entretien que l’âge du client n’entre pas du tout  en ligne de compte. « J’ai quelque chose qu’il veut et moi je veux son argent. S’il me demandait de l’épouser, là ce serait différent. Il y en a qui sont trop vieux et d’une laideur repoussante. Ils demandent parfois qu’on leur fasse des trucs bizarres. C’est dégoûtant, mais ce n’est qu’un petit moment désagréable à passer. » Nous sommes très choqués d’entendre de tels propos de la bouche d’une fillette de douze ans. Je lui fais remarquer qu’à son âge, il est trop tôt pour avoir des relations sexuelles avec un homme. A ma grande surprise, la petite rit gaiement avant de rétorquer : « votre conseil arrive trop tard. Et puis, de qui dois-je recevoir la permission de faire usage d’une chose dont je suis l’unique propriétaire ? » Cette fois, c’est le comble. Mon ami et sa femme sont sur le point de dire quelque chose, mais craignant que leurs remarques ne déplaisent à l’enfant qui risquait alors de partir, je leur fais signe de se taire.

    Je lui demande si ses parents sont en vie. Elle répond par l’affirmative. Sont-ils au courant de ce qu’elle fait. Elle hésite avant d’avouer finalement qu’elle a quitté la maison pour vivre avec des amies qui font la même chose qu’elle. C’est seulement alors que je pose la question qui me tient le plus à cœur depuis le début de l’entretien : « qu’est-ce qui te pousse à faire ce que tu fais ? Tes parents ne s’occupaient pas bien de toi ? » Ici, j’admire sa franchise quand elle laisse tomber négligemment : « des amies m’ont dit qu’on pouvait gagner beaucoup d’argent en le faisant. Je constate qu’elles ne m’ont pas trompée. » Je lui demande combien elle gagne. « Ça dépend, il arrive que je reçoive plus de cinq clients. Des fois, je rentre bredouille. Mais dans l’ensemble, ça va. »  Qu’est-ce qu’elle fait de l’argent qu’elle gagne ? Travaille-t-elle pour quelqu’un ou pour son propre compte ? La réponse est sans appel : « ça ne vous regarde pas. Est-ce que je peux partir ? » C’est clair, je viens de poser la question de trop. A quoi bon la retenir ? Toutefois, la femme de mon ami lui donne ce conseil : « quitte tes amies et retourne à la maison. Tu mets ta vie en danger sans le savoir. » Sans lui répondre, la petite se tourne vers moi et demande timidement : « monsieur, est-ce que vous pouvez me donner cinq cents francs ? » J’accède à sa requête en lui faisant remarquer qu’elle vient de me dire qu’elle était financièrement à l’aise, grâce à son métier. Elle ne relève pas.

    Brusquement, le coin ne nous enchante plus. Nous payons notre addition et nous nous apprêtons à partir quand Yémi, accrochée à mon bras me fait comprendre que je lui dois une compensation de mille francs, pour l’avoir retenue, ce qui a pu lui faire perdre un éventuel client. Décidément, ces filles ont le sens du commerce. Nous démarrons en direction du ‘’Panini’’, un autre bar très fréquenté situé à 300 m. C’est la même ambiance et le même décor. Parmi les nombreuses prostituées, il y a des enfants comme d’où nous venons. Nous ne nous arrêtons pas. Ni mes amis, ni moi n’avons plus envie de contempler ce spectacle désolant. On se décide pour un endroit plus calme et plus respectable.

    D’après ma petite enquête des jours qui ont suivis cette triste soirée, la plupart des enfants sont issues de milieux défavorisés certes. Mais, s’il y a quelques années c’était souvent des parents ou des proches peu scrupuleux qui les motivaient, depuis peu, de plus en plus d’enfants se présentent spontanément en ces lieux avant d’être prises dans l’engrenage par des souteneurs et des maquereaux. Elles ont entendu dire qu’on pouvait y gagner beaucoup d’argent. C’est une fois dans le milieu qu’elles comprennent qu’en réalité, la moisson de leurs efforts sera faite par de tierces personnes.

    Aujourd’hui, le constat est accablant : de jour comme de nuit, ceux qui le veulent peuvent s’acheter le charme d’un enfant de très bas âge. Quel plaisir peut-on tirer d’une si vile action ? Allez-y savoir. Ces névrotiques agissent à visage découverts, dans des endroits connus par tous comme abritant ou accueillant des enfants prostituées. Cela témoigne de l’impuissance ou de la passivité du gouvernement face à un fléau que beaucoup de Togolais et des organisations de la société civile dénoncent quotidiennement. Toutes les mesures annoncées par le gouvernement pour combattre le phénomène ne sont pour l’instant qu’un ‘’catalogue de bonnes intentions’’. Rien de concret n’a été entrepris pour dissuader les pratiquantes ni pour faire comprendre à ceux qui abusent de leur innocence (soit en les poussant à se prostituer soit en ayant des rapports sexuels avec elles) qu’ils se livraient à des pratiques répréhensibles qui les exposent à de lourdes sanctions. Comment peut-on expliquer que ces pratiques licencieuses se déroulent sous les regards indifférents des agents des forces de l’ordre qui passent plusieurs fois par nuit devant ces lieux, dans leurs véhicules 4x4 ? Le comble, c’est que les deux bars que nous avons visités encadrent un commissariat de police, celui du premier arrondissement !

    Qu’est-ce qui rend le phénomène si difficile à combattre ? Je ne le comprends pas. Est-il normal qu’une fillette de douze ans se promène sur les trottoirs à une heure avancée de la nuit, habillée comme une pute ? Pourquoi les nombreuses patrouilles policières qui sillonnent les rues de la capitale les regardent-elles sans rien faire, alors qu’ils connaissent leurs intentions ? Pourquoi ne les arrêtent-on pas, non pas  pour les conduire en prison, mais pour qu’elles dénoncent ceux qui les exploitent ?

    Il est bien entendu clair que ces enfants sont d’innocentes victimes d’une pratique licencieuse  que la raison humaine ne saurait accepter. Le gouvernement doit tout mettre en œuvre pour arrêter ça. La situation n’est plus tolérable.

     
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  • Banalisation de la porno au Togo : Des images perverses et obscènes au nez et à la barbe de tous

    AgoraPress - Par John Altman

    On les exposent sur les boulevards et dans les marchés. On se croirait au quartier rouge d'Amsterdam.
    Il est 17 heures trente.
    A cette heure de sortie de bureau, le boulevard du 13 est noir de monde. Les pétarades des motocyclettes et des voitures sont assourdissantes. Un nuage opaque de fumée rend l’air presque irrespirable. Sur les trottoirs envahis par les revendeurs, des citoyens moyens comme moi, rentrent à la maison par leurs propres moyens, en jouant des coudes pour se frayer un passage dans cette masse compacte.

    Je ne suis pas pressé. Une fois n’est pas coutume, j’ai un peu d’argent dans les poches et je voudrais profiter pour faire quelques achats, des DVD de films américains de quelques célébrités que j’affectionne particulièrement. Je m’intéresse donc aux étagères des revendeurs de films (piratés pour la plupart) qui s’alignent sur les trottoirs.

    Dès mon premier arrêt je suis saisi par la photo agressive de couverture d’un film érotique présentant un couple en plein ébat. Elle n’est pas la seule. Les deux dernières rangées de l’étagère de notre revendeur ne sont garnies que par des films de ce genre. Elles sont bien visibles par les passants. D’ailleurs, ceux-ci, par étonnement ou par intérêt (allez-y savoir), s’arrêtent pour les regarder avant de reprendre leur chemin en secouant la tête. Juste derrière, un groupe d’écoliers arrive en piaillant. Ils s’arrêtent à ma hauteur et portent immédiatement leurs regards sur les images indécentes exposées en pleine rue. Je suis abasourdi. Le plus âgé parmi ces enfants n’a pas plus de dix ans. Quand j’avais leur âge, de telles images ne circulaient que sous le manteau, entre les adultes qui réprimandaient sévèrement les petits qui avaient le culot de vouloir regarder. Sur un ton autoritaire je lance : « déguerpissez immédiatement ou je vous ramène à l’école où le maître se fera un plaisir de s’occuper de vous. » Les enfants coupant net leurs commentaires salés détalent en gloussant.

    C’est seulement à ce moment que le revendeur qui a suivi la scène assis un peu à l’écart, s’approche de moi, un sourire commercial aux lèvres. « C’est la même chose tous les soirs. »  Surpris, je lui demande avec sarcasme : « et ça vous amuse apparemment ? »  Sans se départir de son sourire, il explique : « que puis-je ? Tout le long du boulevard, chaque vendeur en a sur ses rayons. Ils en ont regardé avant d’arriver à mon niveau et ils en verront d’autres avant d’arriver à la maison. Alors, à quoi bon se fatiguer à les chasser ? » Dégoûté, je renonce à mon idée de départ et je m’éloigne sans un mot de plus. 

    Moins de trente mètres plus loin, je tombe sur un autre vendeur. Cette fois, je me trouve en face du commissariat du troisième arrondissement, sur la seconde voie du boulevard du 13 janvier. Des agents de police, debout à l’entrée du poste, tiennent une conversation en regardant dans la direction où je me trouve. Ils ne peuvent manquer de voir les horreurs qui sont proposées aux passants. Mais de toute évidence, cela n’a rien d’anormal à leurs yeux. Le fait même que ce revendeur ait eu le culot de venir exposer sa marchandise à cet endroit prouve qu’il était assuré de ne courir aucun risque.

    Comme l’avait affirmé le premier revendeur chez qui je me suis arrêté, tous ses autres compères avaient exposé des films pornographiques bien en évidence sur leurs étagères.

    Il y a deux jours, j’étais au marché d’Akodésséwa pour me ravitailler en vivres. Je m’approche d’une revendeuse de riz. A côté d’elle, une dame propose des médicaments, parfois sans étiquette, de provenance douteuse que de nombreuses femmes vendent ici. N’étant pas consommateur de ces produits, parce que averti des dangers, je ne m’y intéresse pas. Mais je tombe en arrêt devant une image qui en principe n’a rien à faire ici. Sur une boite, s’étale en gros plan l’image d’un homme et d’une femme occupés à jouer à la bête à deux dos. La dame, quelque peu hilare s’est rendue compte de mon étonnement et est sur le point de dire quelque chose, mais je la devance: « mais, madame, que vient chercher cette image dans vos marchandises ? » Elle a de plus en plus de mal à maîtriser un fou rire. C’est en hoquetant et les larmes aux yeux qu’elle répond : « grand frère, cette boite contient un médicament.  Vous faites une drôle de tête. Ne me dites pas que c’est la première fois que vous voyez une telle image. » J’avoue à la jeune femme que c’est bien la première fois que je vois, en plein marché et à une heure de grande animation une telle horreur. « Ce n’est pas une horreur, explique la dame. C’est un acte naturel. D’ailleurs, c’est l’emballage d’origine d’un médicament de fabrication chinoise très efficace contre la faiblesse sexuelle. Faites le tour du marché et revenez me dire s’il y a une seule revendeuse de médicaments qui n’en propose pas. » Je ne suis que peu satisfait par cette explication. « Est-ce là une bonne raison pour montrer cette photo à tout le monde, y compris aux enfants qui passent et ne s’embarrassent pas pour regarder ? » De nouveau, elle éclate de rire avant de répondre : « puisque vous semblez si malin, dites-moi comment je vais vendre mes médicament si personne ne les voit. » Sa bonne humeur commence par m’irriter. J’achète mon riz et je m’éloigne, suivi par le regard amusé des deux dames.

    Je fais le tour du marché en m’intéressant particulièrement aux revendeuses de médicaments. Après seulement quelques pas, je suis amplement édifié. Mon dégoût pour ces images doit être perceptible par les revendeuses. A la façon dont elles me regardent, je ne dois être à leurs yeux qu’un pauvre tartare. Je rentre chez-moi songeur.

    Des ‘’vidéo clubs’’ ont poussé comme des champignons dans les quartiers de la capitale à Lomé et à l’intérieur du pays. On y propose tous les genres de films. Mais c’est à l’heure de l’incontournable film érotique que les propriétaires de ces lieux font salle comble. De petits enfants y ont libre accès pour peu qu’ils déboursent le tarif exigé : entre 50 et 100 Fcfa. Nulle doute qu’en rentrant, ils n’ont qu’une idée en tête : trouver une occasion de mettre en application ce qu’ils ont vu.

     Comment s’étonner que les valeurs morales de notre société soient à la dérive. Aujourd’hui, c’est à une rébellion généralisée contre les valeurs traditionnelles qu’on assiste. L’érosion morale a atteint des proportions très alarmantes. Je me suis essayé dans l’enseignement avant d’embrasser le journalisme. Il m’est arrivé de surprendre des conversations entre des enfants de 10 ans que je n’oserai répéter nulle part. quant aux adolescents, tous leurs sujets de discussion semblent tourner essentiellement autour du sexe. Tous leurs propos sont truffés d’allusions sexuelles.

    Le Togo est parmi les pays de la sous-région ouest africaine où le VIH est très répandu.  Comment peut-il en être autrement, quand la sexualité devient un ‘’sport’’ que tout le monde peut pratiquer, comme semblent le montrer les films érotiques ? Quand on montre des scènes crues de sexe à des enfants, doit-on s’étonner qu’ils cherchent à ‘’essayer’’. Ni les parents, ni les enseignants ne peuvent rien pour éviter que les enfants soient exposés à ces images. L’âge du premier rapport sexuel n’a jamais été aussi bas et le nombre de partenaires aussi élevé. Il n’est pas rare de voir des petites filles de 14 ans avec un bébé au dos. On connaît les dangers d’une grossesse précoce pour la santé de la mère et de l’enfant.


    Que dire des adultes ? Dernièrement, l’épouse d’un ami est venue me voir. Je savais que le couple traversait une crise conjugale, mais j’étais loin de m’imaginer l’origine du conflit. Elle se plaignait d’un certain comportement de son conjoint. Aux dires de la jeune femme, mon ami voulait lui imposer des pratiques sexuelles qu’il avait certainement vues dans les films érotiques. Pour s’être ouverte à moi sur un sujet aussi gênant et délicat, il fallait que le problème ait atteint un seuil alarmant. En clair, elle me demandait d’expliquer à son époux qu’elle n’était pas une pute. Je promis d’en discuter avec mon ami, mais à ce jour, je ne sais comment aborder le sujet. Ce n’est pas un cas isolé. La pornographie est entrée dans les foyers pour y semer la zizanie.


    La majorité des films à caractère pornographiques sont produits en occident. Mais, là bas, à ce que je sache, on ne les expose pas partout, surtout pas dans la rue ni dans les endroits publics. En occident, pour voir des images de ce genre, il faut aller les chercher. Chez-nous, ce sont elles qui viennent vous chercher. Elles sont en vente libre partout, sous le nez des agents de police qui semblent trouver cela normal.

     Nous vivons dans un Etat où tout semble aller de travers : ce qui est proscrit par la loi est pratiqué à ciel ouvert alors que les droits les plus élémentaires des citoyens (celui de manifester pacifiquement par exemple) sont systématiquement foulés au pied

    Si devant certaines situations l’Etat invoque le manque de moyens pour se défendre, nous sommes curieux de savoir comment les pouvoirs publics vont justifier ce laxisme face à un phénomène que seule la vigilance des forces de sécurité suffirait à combattre. Il faut arrêter cette dérive. Il n’y a rien qui rende les fils porno absolument indispensables au point d’autoriser leur libre vente sur les trottoirs et dans les marchés.

     
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  • Les jeunes Loméens et la drogue

    Focus Info # 02 du 6 mars 2008 - Par Edem Pédanou

    Une dizaine de jeunes, autour d’un four artisanal en argile d’où émanent de petits tuyaux, aspirent de longues et profondes bouffées de cannabis, qu’ils conservent le plus longtemps possible dans leurs poumons. L’ambiance est conviviale en ce matin du mardi 5 février 2008, dans un ghetto situé dans un bas-fond derrière une ancienne salle de cinéma désaffectée de Lomé. Avant même de s’approcher des lieux, une lointaine odeur de fumée se fait sentir. On y a accès moyennant deux cents francs CFA.

    Le visage bouffi pour certains et pour d’autres des lèvres noircies par la fumée de cannabis, ces jeunes « prennent du bon temps », tout en discutant oisivement de tout et de rien, dans un argot propre aux Loméens.  Deux d’entre eux, visiblement plongés dans leurs pensées ne descendent de leurs nuages que pour tirer sur la gigantesque pipe de circonstance.

    Le dealer, une dame d’une trentaine d’années, un enfant au dos, rajoute de temps en temps une bonne dose d’herbe tout en s’assurant qu’elle s’enflamme. Nous voici devant la triste réalité des jeunes Loméens qui s’enfoncent de plus en plus dans la spirale des drogues.

    Des notions de base
    Avant toute chose, il nous importe de jeter les bases de notre enquête en définissant plus clairement les drogues dont nous parlons.

    Ainsi, la drogue est une substance d’origine naturelle (plante, feuille, écorce) ou synthétique (produit chimique préparé en laboratoire), qui agit sur l’organisme d’un sujet qui en a consommé, en modifiant ses fonctions physiologiques, ses sensations et son comportement. Le terme drogue est utilisé pour désigner toute substance ayant une action sur le système nerveux central (cerveau). Il existe des drogues dites licites dont la vente est libre (tabac, alcool) et des drogues illicites ou interdites : ce sont les stupéfiants et substances psychotropes tels le cannabis, la cocaïne et l’héroïne. Ici, il s’agit plus de parler de ces drogues illicites et de leurs effets sur l’individu, que de celles tolérées. La consommation régulière et abusive d’une drogue fait d’une personne, un toxicomane. On dit qu’elle est pharmacodépendante et ne peut se passer de sa drogue. Elle en devient esclave. L’usage du produit toxique dérègle le système nerveux central, le cerveau puis détériore l’organisme.

    En effet, la toxicomanie touche toutes les classes sociales. L’usage de la drogue est un signe d’un malaise social, la réponse à une angoisse. Les facteurs sont variables. Il existe des facteurs sociaux (pauvreté, chômage, la disponibilité et la circulation des drogues…), des facteurs familiaux (carence affective, divorce, absence parentale), des facteurs individuels (curiosité, imitation, adolescence). C’est ce qui explique la vulnérabilité des jeunes.

    La phase initiatique du cannabis
    Parmi les premiers toxiques utilisés, figure le cannabis (chanvre indien, gué, ganja, marijuana) qu’on enroule généralement dans du papier. L’entrée dans la toxicomanie se fait presque toujours par la consommation de cette herbe banale et mystérieuse qui pousse un peu partout. Elle se roule à la main, sous forme de « joint » ou « Spliff » qui circule à la ronde parmi les jeunes en mal de sensations. Elle est parfois mêlée au tabac, on dit qu’elle est «coupée », ou mélangée à de l’alcool, sous forme de cocktail. Le cannabis est aujourd’hui l’une des premières drogues auxquelles les jeunes sont confrontés. C’est pour ainsi dire, la drogue initiatique par excellence. Une dose de cette herbe pèse environ cinq (5) grammes et coûte cinquante (50) à cent (100) francs CFA.

    Il y a deux décennies environ, on était sûr de trouver du cannabis dans certains quartiers chauds du centre-ville de Lomé, surtout à Kodjoviakopé, Nyekonakpoé, Amoutivé ou Bè. Aujourd’hui, on trouve des dealers un peu partout en ville, dans presque tous les quartiers, à quelques centaines de mètres des établissements scolaires et dans les banlieues. Quant au Togo profond, il est atteint jusque dans le hameau le plus reculé, où on pratique même parfois la culture de « l’herbe vertueuse ».

    De même, l’âge minimum des fumeurs de marijuana ne cesse de s’abaisser. Naguère de dix huit ans, il est actuellement de dix à quinze ans, et parfois moins, même si la plupart des drogués se situent entre seize et quarante ans.

    Dans le cadre de notre enquête, une méthode peu orthodoxe, mais sans doute plus réaliste a consisté à visiter des endroits où les accrochés de la ganja se fournissent et à évaluer la distance qu’il leur faut parfois parcourir parce que l’environnement avoisinant arrive à découvrir où ils se fournissent. Ils préfèrent aller là où on ne les connaît pas trop et où ils ont le plus de liberté.

    Ainsi, comme ils en ont l’habitude surtout les week-ends, nous avons imité ces jeunes loméens, en franchissant la frontière ghanéenne en passant par les barrières de Cassablanca et d’Adidogomé.

    Les voyageurs des week-ends ghanéens
    Issus de toutes les classes sociales, ce sont tant des jeunes de la rue que des étudiants, élèves ou apprentis qui, face aux fréquentes descentes de la police sur les lieux habituels d’approvisionnement ou par désir de fumer incognito et en toute liberté, préfèrent se rendre au Ghana.

    Ils désertent ainsi ces quartiers mal éclairés, ces maisons inachevées et abandonnées ou ces cimetières qui étaient leurs endroits de prédilection.

    Il est presque 8 heures lorsque nous franchissons la barrière de fortune en ce dimanche 10 février 2008, sans fouille ni vérification de pièces d’identité. Du moins, les seules pièces à présenter aux douaniers devisant sous un manguier sont celles de cinquante ou cent francs CFA.

    Juste après la petite colline nous séparant des douaniers, une bande de jeunes, avec qui nous avons traversé la frontière, allume un joint en toute liberté.

    Après une heure de marche à travers un sentier bordé de champs de manioc, nous débarquons dans un petit village. Nous franchissons une cour commune où des villageois assis devant leurs cases en banco ne sont guère surpris de nous voir.

    A cinq mètres d’une autre cour, mon guide siffle une rengaine et la réplique ne se fait pas attendre.

    Un borgne, torse nu, sort d’un hangar en paille surbaissé. Après m’avoir présenté comme un «accroché », mon guide me fait asseoir sur un banc de fortune en bambou, sous le hangar, où se trouvait une dizaine de jeunes fumeurs de cannabis. Après de chaudes poignées de mains, ils continuent à fumer leurs énormes «spliffs » en forme d’entonnoir. « Ici la dose est plus consistante et moins chère. Avec cinquante francs, on peut se procurer une dose semblable à celle de cent francs à Lomé » m’explique l’un deux, les yeux noisette rougis par l’effet de la fumée.

    Mon guide s’étant éclipsé avec le dealer, revient quelques minutes après avec à la main, un colis d’herbe empilée et roulée dans un morceau d’emballage de ciment, de vingt centimètres de longueur et avec le diamètre d’un saucisson. Dans le jargon, ce paquet s’appelle « tin » et coûte mille (1000) francs CFA. «Avec, on peut rouler une quarantaine de petits joints », me confie-t-il.

    Un peu plus loin dans une cour voisine, l’atmosphère est plus détendue et l’ambiance festive. Nous découvrons un groupe de fumeurs aux allures artistiques. Au son d’un djembé (tambour), ils improvisent des chansons, faisant parfois l’apologie de la marijuana. Un duo visiblement très inspiré, raconte dans un flot de rap, son quotidien, apparemment très lié au cannabis. C’est l’euphorie totale. Un adolescent de quatorze ans tout au plus, assis tête baissée, s’accroche à chaque note de cette musique qu’il savoure. On a plutôt l’impression que l’effet de cette drogue développe en lui une certaine sensibilité de l’ouie. Un autre aux yeux hagards secoue la tête et sourit très souvent. Ces jeunes togolais qui viennent à la quête
    d’un bonheur illusoire, perdent la notion du temps. « D’habitude, ils viennent plus nombreux, font la fête et repartent très tardivement avec une provision consistante pour toute la semaine, qu’ils dissimulent dans leurs tambours ou ailleurs », me confie mon guide.

    Au retour de notre randonnée, notre colis d’herbe caché dans le grand mouchoir du guide, nous franchissons la barrière sans inquiétude, tout comme ces voyageurs des week-ends ghanéens. Au passage, nous saluons amicalement les douaniers qui discutaient encore paisiblement.

    Des effets ignorés ou banalisées par les usagers
    L’abus de cette drogue à court ou long terme, n’est pas sans effet sur la santé de ses usagers. Ainsi, à ce sentiment de bonheur (euphorie) succède une phase d’illusions et d’hallucinations. Le sujet excité à la prise de cannabis souffre à la longue de dérèglements délirants. Il rêve éveillé et fait des erreurs sur le temps et l’espace. « Il peut également souffrir de lésions affectives qui ne sont rien d’autre que des troubles de l’humeur de type euphorique ou, au contraire, dépressif et anxieux, lesquels peuvent alterner rapidement au cours de l’ivresse du chanvre » , écrit le professeur français Pierre DENIKER dans son livre intitulé les Drogues, Trafic et contagion.

    Ces effets sont souvent ignorés et banalisés par les usagers du cannabis, qui estiment qu’il développe en eux d’extraordinaires vertus. Au Togo, une idée préconçue et souvent erronée de ces toxicomanes, à la vue de malades mentaux dans les rues, est celle qu’ils ont été envoûtés ou intoxiqués par une autre substance. Cependant, plus graves que ceux engendrés par le cannabis, sont les effets de la consommation de la cocaïne et de l’héroïne qui sont également prisées au Togo.

    Ainsi, selon le Secrétaire Permanent du CNAD (Comité National Anti-Drogue), le Lieutenant-colonel Wanta BADOMBENA, l’intensification du trafic de ces drogues majeures a alimenté le terrain de la consommation de toutes les drogues.

    « Les toxicomanes togolais consomment toutes les drogues. Parmi toutes, le cannabis est le plus consommé à près de 98%. Depuis les dix dernières années, l’héroïne et la cocaïne sont de plus en plus utilisées par voie intraveineuse », affirme-t-il.

    « Une étude menée en 2003 sur le lien entre la consommation de drogues et la contamination du VIH/SIDA, a montré que 4,99% des toxicomanes au Togo utilisent les drogues par voie injectable », précise-t-il.

    Une frontière vite franchie
    La consommation de ces drogues nécessite plus de moyens financiers, par le coût plus élevé de leur dose. Ainsi, une dose de cocaïne ou d’héroïne emballée dans un papier plastique ou d’aluminium pèse 10 mg, est appelé « binch » ou « pinch » et coûte cinq cent (500) à mille (1000) francs CFA dans les ghettos. Dans les milieux huppés, la même dose coûte de deux mille cinq cent (2500) à cinq mille (5000) francs CFA.

    Une frontière est franchie quand l’usager en arrive à l’injection de la drogue, qui fait toujours un peu peur. Avant de s’y aventurer, il lui arrive d’essayer l’absorption nasale. Avec une paille, on aspire une «ligne» ou raie de drogue disposée sur une surface plane. Le toxique peut également être placé sur du papier d’aluminium que l’on chauffe à la flamme avant d’en aspirer les vapeurs.

    Finalement, on en vient à l’injection. Elle se fait directement par voie veineuse. Le toxicomane dit alors qu’il « se fixe », ou qu’il se fait un « fix ». Dans les milieux aisés, le sujet a en permanence sur lui ou cachée en lieu sûr, sa trousse minuscule dans un petit sac contenant la seringue et l’aiguille, de l’eau ou du sérum, du coton, une cuillère à soupe et une bande de caoutchouc qui servira pour le garrot. Si le produit à injecter est livré sous forme de poudre, ce qui est le cas le plus fréquent, celle-ci va être diluée dans l’eau au moyen de la
    cuillère placée au-dessus d’une flamme quelconque. Généralement, on filtre la solution à travers un coton en l’aspirant dans la seringue. Puis on place le garrot et l’injecte.

    Comme pour le joint, la consommation peut se faire convivialement par le partage de la seringue. On peut ainsi être contaminé par l’hépatite B ou le SIDA.

    Quand ils sont « accros », les toxicomanes sniffent ou se piquent plusieurs fois par jour, au profit des dealers qui étendent la drogue avec davantage de poudre. Celle-ci peut être un produit inerte comme le talc, le bicarbonate ou un médicament détourné, un barbiturique par exemple, ce qu’ils ignorent habituellement. Ce flou comporte des dangers et des avantages.

    Il y a quelque avantage à ce qu’un jeune se croit « accroché » à la cocaïne, alors qu’il ne s’injecte qu’un mélange moins dangereux. Malheureusement, lorsqu’il tombera sur de la drogue plus pure, il risque de faire une overdose ou surdosage.

    A Kodjoviakopé, non loin de la frontière Togo-Ghana, nous avons visité un bar fictif, où se vendent aussi bien du cannabis que de l’héroïne ou de la cocaïne. Le dealer, un homme d’une quarantaine d’années atteint d’une calvitie irréversible, des allures de Tony Montana dans Scarface, dans ses fringues « dernier cri ». Il arbore des boucles d’oreilles en or massif et autres bijoux. Ce maquis de toxicomanes qui connaît une notable affluence de jeunes, est également un lieu important de recel en tout genre. Lorsqu’ils finissent par se ruiner en dépensant de l’argent en espèces sonnantes et trébuchantes, les toxicomanes les plus « accros » surtout, viennent y échanger des objets de grande valeur contre des doses de drogue. Des téléphones portables aux bijoux sertis de pierres précieuses, tout y passe.

    Une jeune métisse que nous y avons rencontrée, 25 ans environ, maigre, très pale, le visage émacié et le nez coulant, après y avoir englouti sa voiture et ses effets vestimentaires, est aujourd’hui obligée de vendre ses charmes pour se procurer sa dose.

    Un frein au développement du pays
    Le constat est d’autant plus flagrant que les braquages et la prostitution sont devenus monnaie courante à Lomé. Dans les ghettos de Bè ou Amoutivé, les téléphones portables volés se revendent comme des petits pains. En dehors de ses effets néfastes sur la santé de l’individu, principalement les troubles psychiques, l’usage de la drogue amène à poser des actes non recommandables. Sans oublier que la détention de la drogue est un délit puni par la loi, son usager est souvent auteur d’actes de délinquance qui le mettent en conflit avec la police. Pour s’en procurer par tous les moyens, il est obligé de se livrer au vol et à la prostitution. En outre, sous les effets psychologiques, le toxicomane devient violent envers les membres de sa famille. Ses parents sont souvent appelés à faire face aux différents forfaits qu’il commet et aux différentes maladies dont il est victime et cela occasionne des dépenses financières excessives.

    Sur le plan social, la consommation de la drogue engendre une augmentation de taux de criminalité, ce qui génère les vols à mains armées, les braquages et par là la violence urbaine se répand. Les usagers de la drogue sont souvent absents sur les lieux de travail. Ils sont souvent victimes d’accidents de travail. Aussi, l’usage des drogues pousse t-il les jeunes à abandonner l’école. Les parents et parfois l’Etat investissent assez de moyens financiers pour la désintoxication et la réinsertion sociale du toxicomane. Tout ceci constitue un frein au développement du pays.

    De la cure de désintoxication à la réinsertion sociale
    La cure de désintoxication est un acte médical qui consiste à retirer la toxine de la drogue de l’organisme d’un toxicomane. La désintoxication fait partie d’un processus de prise en charge qui comprend aussi la post-cure et la réinsertion sociale. Selon le biologiste Lieutenant-colonel Wanta BADOMBENA, lorsque toutes les phases ne sont pas appliquées successivement à un malade, la cure de désintoxication seule donne souvent des rechutes.

    Le Professeur Pierre Deniker, quant à lui, estime qu’il faudrait avant la cure, considérer deux cas de toxicomanies. « Dans les cas de toxicomanies légères ou discontinues, il est possible de conduire la désintoxication de façon ambulatoire avec un soutien psychologique régulier, une psychothérapie », écrit-il. « En cas de dépendance confirmée, poursuit-il, la route est longue et semée d’embûches qui conduit à la libération de la drogue et à la guérison de la toxicomanie ». De ce fait, il faudrait une certaine dose de volonté de la part du sujet. « Lorsque le toxicomane accepte de se soumettre aux soins et s’implique dans le processus, il s’en sort efficacement. Il y en a qui s’en sont sortis et ont témoigné en écrivant des livres », conclut le Lieutenant-colonel BADOMBENA.

    La réinsertion sociale quant à elle fait partie du processus de prise en charge médico-psychologique du toxicomane. Après la cure de désintoxication qui consiste à sevrer l’usager de la drogue, le toxicomane passe au stade de post-cure qui vise à substituer à la drogue, des capacités personnelles d’ordre psychosocial et affectif. Ce qui lui permet de se prendre en charge sans la drogue. Et la dernière phase est la réinsertion sociale, familiale, professionnelle. Cette réinsertion permet de donner au toxicomane désintoxiqué le moyen de vivre une vie professionnelle et matérielle autonome. Il peut apprendre un métier, se recycler et exercer un travail pour gagner sa vie.

    Au Togo, jusqu’en 2006, il n’existait pas de centre de traitement spécialisé pour la prise en charge des toxicomanes. Néanmoins, des structures sanitaires leur offraient quelques soins.  Il s’agissait :
    - de l’Hôpital psychiatrique de Zébévi d’Aného
    - du service de neurologie du CHU-CAMPUS
    - du service de psychiatrie et de psychologie du CHU-CAMPUS
    - et d’autres services et cliniques privés de Lomé

    Tous ces services pouvaient désintoxiquer un toxicomane et lui administrer certains soins nécessaires pour son sevrage. A partir du 26 juin 2006, une unité spéciale d’assistance médico-psychologique des toxicomanes a été créée par le Ministère de la Santé grâce à l’appui financier de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le Crime (ONUDC). Cette unité est opérationnelle ; elle sera dotée sous peu d’une équipe médicale multidisciplinaire de personnel médico-psycho-social formé à cet effet.

    Il existe quelques ONG d’écoute et de guidance, mais qui ne sont pas dotées de centres de réinsertion sociale. C’est le cas de l’ONG Alliance Nationale de Volontaires contre les Abus de Drogue (ANVAD), Vie Libre et Positive (VLP), Cercle Rouge etc.

    De même, lorsqu’on parle des conséquences de l’usage de drogue, il ne faut pas perdre de vue le trafic qui entraîne aussi des conséquences sociales insidieuses et graves.

    Le trafic des drogues
    Le trafic illicite des drogues concerne la production, le transport, le commerce et la distribution des drogues. Le développement des moyens de transport et de communication a favorisé dans une grande mesure le trafic illicite des drogues. De ce fait, il est devenu international.

    Le trafic de drogue n’est pas seulement un phénomène de société, un problème de santé publique et un élément de criminalité, c’est aussi un enjeu de l’économie internationale. Avec un chiffre d’affaire estimé entre trois cent et cinq cents milliards de dollars par an, le trafic de drogue est devenu depuis longtemps le deuxième marché économique au monde, juste derrière celui des armes et devançant celui du pétrole.

    L’héroïne provient surtout d’Asie. La cocaïne de la Colombie et de Thaïlande. Le trafic de cette dernière s’est accru de façon exponentielle ces cinq dernières années. A titre d’exemple, des saisies spectaculaires ont été opérées au Togo, en voici les statistiques :

    La lutte contre le trafic de drogues
    La lutte contre le trafic des drogues consiste à agir pour réduire l’offre des produits. Il s’agit de rechercher les voies et moyens sur le plan juridique pour réduire l’accessibilité directe ou indirecte aux substances toxiques.

    A l’heure actuelle, il existe toute une série de traités multilatéraux sur les drogues, qui tous, ont été conclus entre 1909 et 1988. Ce sont eux qui constituent  la base juridique sur laquelle se fonde le système actuel de lutte internationale des drogues. Des organismes internationaux ont été également créés tels l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS en 1961) et le Programme des Nations Unies pour le Contrôle International des Stupéfiants en 1990 et autres.

    En outre, au Togo, le gouvernement, préoccupé par le renforcement du trafic et de l’usage des drogues a créé le 10 avril 1996, le Comité National Anti-Drogue par le décret n° 96-040/PR du Président de la République. En plus de ses objectifs et ses attributions, ce comité propose des stratégies de prévention et de répression. A ce point de vue, il assure la promotion de l’information, de la prévention, de la prise en charge médico-sociale, de la formation des différents acteurs de lutte.

    En collaboration avec l’Office Centrale de Répression et les autres forces de sécurité, le Comité essaie de cerner le problème de trafic de ces produits psycho actifs.

    Grâce à ces différents acteurs qui mènent une lutte âpre, nous espérons que la jeunesse togolaise d’ici quelques années sera mieux informée et prendra conscience des méfaits de la toxicomanie, afin de s’en prémunir. 

    Edem Pédanou

     
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