|
. Matériels de soins vétustes, manque de spécialistes dans tous les domaines La santé des citoyens qui se veut l’un des facteurs primordiaux de développement, semble ignorée au Togo. L’Etat, pour se désengager de ses responsabilités en matière de la santé de ses populations, brandit la formule d’«Autonomie budgétaire ». A l’heure où tous les Etats de par le monde s’efforcent de respecter la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme -«Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille… » (article 25) ou « L’Etat reconnaît aux citoyens le droit à la santé. Il œuvre à le promouvoir» (article 34 de la Constitution togolaise)- force est de constater que l’Etat togolais se complaît dans un laxisme sans précédent et fait des structures sanitaires de véritables mouroirs. Plusieurs raisons justifient ces manquements graves dont nombre de citoyens payent de leur vie. Les maux dont souffre le système de santé au Togo se situent à trois niveaux essentiels, notamment le problème d’infrastructures et de matériels, personnel démotivé et fuite de cerveaux, difficulté de l’accessibilité financière aux soins, problème de formation, etc.
Problème d’infrastructures et de matériels Dans l’organisation du système de santé au Togo, les CHU (Centres Hospitaliers Universitaires) constituent le sommet de la pyramide avec à la base des unités de soins périphériques (USP). Les CHU constituent les derniers remparts et sont supposés être le lieu idéal pour sauver des vies humaines qui n’ont pas trouvé de solutions dans les USP. Mais il est loisible de constater que les CHU, en particulier celui de Tokoin, restent des mouroirs. D’abord, les infrastructures n’ont jamais tenu compte du taux démographique croissant. Nombre de bâtiments en chantier pour pallier cette carence sont restés inachevés. Ceci se justifie par la mauvaise gouvernance dont le pays a fait preuve depuis des lustres. Ainsi, l’on peut voir des patients, venus pour se soigner, coucher à même le sol ou sur des matelas de fortune obtenus par la règle de « Taméa » (corruption) qui gangrène cette institution sanitaire.
En plus, les matériels de soin sont vétustes et déjà amortis. Ils ne permettent point l’institution de jouer pleinement son rôle en tant que dernier niveau de référence, c’est-à-dire la cime de la pyramide où les USP se rabattent en cas de nécessité. Les laboratoires d’analyse sont fréquemment en rupture de réactifs et de nombreux examens de laboratoires ne peuvent pas être faits dans les CHU. Par ailleurs, les appareils de radiologie tombent régulièrement en panne, causant ainsi des complications aux patients surtout dans des cas d’urgence. Des patients admis en urgence (pour une fracture ou un autre problème médical) doivent repartir avec leur maladie dans le secteur privé pour faire leurs examens radiographiques avec tous les risques que cela comporte avant de revenir se faire soigner. Résultante, on assiste à des retards diagnostiques et thérapeutiques graves. Aussi, le problème de scanner n’émeut-il aucune autorité. On trouve normal que les malades soient obligés de se rendre dans les structures privées pour leur examen de scannographie.
Le matériel de soins et celui des blocs opératoires sont usagés. C’est la désolation dans presque tous les blocs opératoires du CHU Tokoin : les pinces ne tiennent plus, les aspirateurs ne marchent, les lampes opératoires fonctionnent à moitié, les bistouris électriques manquent ou fonctionnent une fois sur deux, les tables opératoires ne sont pas adaptées ou sont incomplètes, certaines salles opératoires sont dans un état d’insalubrité effrayant, etc. Bien que nous ayons consacré une série d’articles sur cette situation déplorable, rien n’est fait jusqu’alors.
De sources concordantes, on apprend que certains hôpitaux (CHU Tokoin) ont demandé un audit de leurs matériels. Le résultat est édifiant : ces matériels sont amortis depuis des années et n’ont plus aucune valeur. On n’a jamais pensé les renouveler, ce qui empêche de donner des soins de qualité. Il nous revient également que certains hôpitaux ont des dettes astronomiques auprès de leurs établissements bancaires ou de leurs fournisseurs. Les hôpitaux ont vu leurs charges augmenter au fil des ans, surtout les charges en personnel quand l’Etat se refusait systématiquement à recruter du personnel pour remplacer les départs à la retraite et en exil. Conséquence, aujourd’hui le CHU Tokoin a plus de 80% de son personnel qui est sur son budget autonome.
Personnel démotivé et manque de ressources humaines Le personnel de santé est, depuis plusieurs années, démotivé ; le manque d’enthousiasme au travail est patent. En plus, les salaires sont dérisoires et les primes de garde ou d’astreinte et les primes de risque sont insignifiantes. Cet état de chose ne peut que favoriser la fuite des cerveaux. Aujourd’hui, ils sont nombreux, ces spécialistes togolais qui travaillent en Europe, en Afrique ou en Amérique notamment au Canada. Les autorités togolaises n’ont pas encore compris la nécessité de mettre en place des mesures incitatrices pour que ces personnes puissent mettre leurs compétences au service de notre pays. Par exemple, le Royaume Uni a fait l’économie de 86 millions d’euros (plus de 56 milliards de FCFA) entre 1998 et 2002 grâce au recrutement de médecins. Ainsi, il y a aujourd’hui un manque de spécialistes dans tous les domaines.
En anatomie pathologique, on a qu’un seul spécialiste qui analyse tous les prélèvements d’organe de l’ensemble du territoire national. Par conséquent, les résultats sont obtenus avec beaucoup de retard, en moyenne 5 ou 6 mois. Les malades qui développent une tumeur sont donc soumis à une véritable torture morale pendant toute cette période qui précède l’annonce des résultats. Parfois, les résultats arrivent quand le malade est déjà enterré. En anesthésie réanimation, il existe deux (2) médecins spécialistes pour l’ensemble du secteur public. Les risques d’accidents anesthésiques lors des opérations chirurgicales sont nombreux et il arrive malheureusement qu’on déplore un incident fâcheux du fait de l’absence d’un médecin anesthésiste réanimateur.
En chirurgie thoracique, aucun spécialiste n’est présent au Togo. Un jeune spécialiste formé en Belgique a préféré, après quelques mois de galère au Togo, vendre ses services au Ghana. Toutes les maladies du thorax (cancer, plaies…) qui nécessitent une opération par un spécialiste ne peuvent pas se faire au Togo, condamnant les patients à une mort certaine. En anatomie, le titulaire de la chaire est en retraite. Le risque est considérable de voir dans un proche avenir nos futurs médecins formés avec des lacunes importantes dans une spécialité qui explique la constitution du corps humain.
En chirurgie générale, de nombreux blocs opératoires au Togo sont sous la responsabilité de non spécialistes. Ce sont des jeunes en spécialisation qui sont souvent en fin de 2ème année de formation. Ils ont la compétence pour assurer la prise en charge des urgences chirurgicales les plus courantes. Mais on les envoie dans les blocs de l’intérieur pour combler la carence en chirurgiens. En outre, bien que des chirurgiens soient formés au Togo, de nombreuses structures sanitaires manquent de chirurgiens.
Accessibilité financière Avec la paupérisation, les malades ont souvent du mal à honorer les différentes prescriptions : ordonnances, analyses, examens radiologiques, achat d’oxygène, etc. Il est fréquent de voir des malades garder les prescriptions pendant des jours voire des semaines puisque n’ayant pas les ressources financières pour les honorer. Pendant ce temps, la maladie évolue et peut conduire au décès.
Le cas des urgences est tout aussi dramatique. Puisque les hôpitaux ne disposent pas de matériel de premiers soins, les malades qui sont reçus en urgence doivent traîner leur maladie durant des jours avant de se faire traiter, une fois qu’ils auront réuni les fonds nécessaires pour leur traitement. Beaucoup d’entre eux décèdent ou voient leur maladie s’aggraver à tel point que, malgré le traitement, le décès devient inéluctable.
Certains examens ou traitements coûtent excessivement chers et ne sont pas à la portée du Togolais moyen. En cas de maladie, le décès est inévitable. A titre d’illustration, une séance d’hémodialyse est à 34 000 F et un malade qui a une insuffisance rénale doit faire deux ou trois séances hebdomadaires et ce pour le reste de sa vie. En cas de fracture, les implants coûtent excessivement chers et les malades s’en sortent avec des factures astronomiques uniquement pour l’achat des implants et ils croupissent durant des semaines dans les salles d’hospitalisation en attendant que la famille puisse réunir les fonds nécessaires pour l’achat de ce matériel.
Des ressources financières sont pourtant allouées pour la prise en charge des indigents. Mais ces ressources sont insuffisantes ou pire encore, des autorités de ce pays ont le culot de se faire soigner gratuitement. On raconte même qu’un ministre de la santé a fait accoucher une de ses maîtresses au CHU Tokoin et ne s’est jamais acquitté de son ardoise.
Problème de formation En fait, le développement d’une nation passe par la formation de ses cadres. Cependant, nombre d’observateurs pensent qu’actuellement le Togo n’encourage guère la filière universitaire. « Quand le Togo a ouvert l’école de médecine, des nations comme le Burkina Faso qui manquaient de spécialistes envoyaient leurs étudiants se former ici. Aujourd’hui, la tendance s’inverse : ce sont les professeurs burkinabés qui viennent en mission au Togo pour former nos étudiants en pharmacologie ou biophysique ; les Béninois nous forment en psychiatrie. Rien d’étonnant quand on compare les motivations faites par les pays pour encourager la carrière universitaire. La prime de recherche annuelle pour les universitaires est de 150 000 F CFA au Togo quand cette prime varie de 700 000 à 1 500 000 F dans les autres pays de la sous région », explique un médecin qui a requis l’anonymat. Selon certaines informations, en 2006, le Togo a présenté deux candidats au concours d’agrégation du CAMES et le Burkina en a présenté douze.
Qui plus est, un assistant togolais touche une prime de 20 000 F payée par l’université et un maître assistant régulièrement inscrit sur la liste du CAMES perçoit 25 000 F. « Avec cette misère, on voudrait que tous les enseignants puissent posséder un ordinateur, s’acheter des livres, s’informer et se recycler régulièrement et préparer des cours sur des supports audiovisuels qui coûtent cher et enfin faire de la recherche ? », s’interroge-t-il. Comme on le voit, le chantier est vaste et nécessite que très tôt on puisse réfléchir aux différentes approches de solutions. La réflexion doit être collégiale. Nous pensons en effet qu’étant donné l’étendue et la profondeur des problèmes, un seul individu, aussi compétent soit-il est incapable d’envisager toutes les difficultés et d’y apporter les solutions adéquates. Il semble qu’actuellement le chantier de cette réforme est confié (pour ce qui concerne l’équipement des structures sanitaires) au conseiller en santé à la présidence de la République. Nous espérons qu’il saura s’entourer des personnes ressources nécessaires pour que ces nouvelles dettes contractées par notre pays pour rééquiper ses hôpitaux soient utilisés à bon escient. Nous estimons qu’une cellule de réflexion doit être mise sur pieds (au niveau de l’état ou de la société civile et même au niveau de chaque parti politique qui a pour ambition de conduire un jour les affaires du pays. Didier LEDOUX
Inceste : Un phénomène qui prend de l’ampleur dans nos sociétés
Très embarrassée, Léonie, vingt ans, se confie à son petit ami. « Hum hum, j’ai quelque chose à te confier mais je ne sais par où commencer ». « Laisse-toi aller », répondit Alain d’un air inquiet. « C’est mon frère, il est revenu d’Europe ». « Mais c’est une bonne nouvelle », conclut Alain. « Pas pour moi. Il veut encore recommencer ces choses-là avec moi ». «Quelles choses ? », demanda l’autre. « Avant de partir pour l’Europe il couchait avec moi. Un jour, après avoir pris mon bain alors que j’avais seize ans et lui vingt-et-un, il rentra dans ma chambre et me força à coucher avec lui. Depuis ce premier jour, mon grand frère venait dans ma chambre et répétait son acte jusqu’à ce qu’il ne quitte le Togo pour la France. Tout ceci se passait à l’insu de nos parents. Maintenant qu’il est de retour, je ne veux plus qu’il entretienne ces relations avec moi mais je ne sais pas quoi faire. J’ai peur et j’ai honte de dire ça à nos parents. ».
Après avoir écouté cette confidence, Alain fut dégoûté et mit un terme quelques jours plus tard à leurs relations. Ce qui affecta gravement Léonie qui s’enferma dans un mutisme coupable.
L’inceste, qu’est-ce que c’est ? Selon le Petit Larousse, l’inceste est l’« union illicite entre parents à un degré pour lequel le mariage est interdit ». D’après une définition de WILDAF-Togo (Femmes, Droit et Développement en Afrique), l’inceste est une relation à caractère sexuel entre des membres d’une même famille: père/fille, père/fils, mère/fille, mère/fils, frère/soeur, oncle, tante, grand-parent... ou toute personne ayant autorité parentale sur l’enfant: beau-père, belle-mère ou concubin, concubine... Il s’agit d’attouchements et/ou d’actes de pénétration sexuelle (vaginale, anale, buccale) par organe sexuel, doigts, ou au moyen d’un objet.
Ce phénomène se rencontre dans toutes les sociétés dotées d’un langage et d’une transmission parentale.
Les différentes formes d’inceste L’inceste a plusieurs visages. Son expression peut prendre plusieurs formes: il peut survenir brutalement ou peut être aussi une relation faite de caresses et de séduction qui s’installe et s’immisce peu à peu, emprisonnant la victime: une relation sans violence physique mais dans une violence psychique extrême.
La prohibition universelle de l’inceste La prohibition de l’inceste est une institution à caractère universel. Elle se retrouve dans toutes les sociétés. Laure RAZON (1996) dans «Enigme de l’inceste, du fantasme à la réalité » écrit que « Cette prohibition, tout comme celle du meurtre, fonde et structure l’organisation sociale, le processus d’humanisation et d’individualisation, c’est-à-dire la naissance du sujet humain».
La Convention Internationale des Droits de l’Enfant, ratifiée en France, le 09 septembre 1990, affirme qu’il n’y a jamais consentement de l’enfant.
Malgré cela, l’inceste existe. Il y a quelques années encore, tout le monde pensait que les victimes d’inceste étaient essentiellement des adolescentes. A force d’être confrontés à la réalité quotidienne, il nous a fallu admettre que des enfants (filles ou garçons) très jeunes, voire bébés, étaient abusés. Nous devons accepter qu’il se passe dans notre monde des choses qu’on ne peut pas imaginer.
L’inceste, une histoire familiale La famille, a priori perçue comme un lieu idéal qui offre tendresse, affection et sécurité pour tous ses membres, est le plus souvent le milieu où se commet l’inceste. La famille où se commet l’inceste offre aux yeux de la société l’apparence d’une famille harmonieuse et stable. En réalité, s’y dissimulent des secrets qui taisent violences familiales et dysfonctionnements. Dans une famille où il y a l’inceste, il règne l’abus de confiance, l’abus de pouvoir, l’abus sexuel.
La personnalité manipulatrice de l’abuseur et parfois la complicité plus ou moins consciente de l’entourage, contribuent à offrir à l’extérieur une image sans faille. L’inceste existe dans tout type de famille : il n’est pas lié aux conditions socio-économiques, ni au niveau intellectuel, ni aux convictions religieuses, politiques ou philosophiques de la famille. De même l’abuseur peut être aussi bien une femme qu’un homme.
On estime donc que l’inceste met en cause la personnalité du père, de la mère, leur histoire d’enfant et celle de leur couple. Les interactions avec leurs enfants et eux-mêmes permettent de comprendre qu’il s’agit bien d’un symptôme, qui est l’expression d’une confusion et d’un malaise profond qui touche tous les membres de la famille. A suivre... T.T. |