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Elue deux fois « la ville la plus propre » de la sous région en 1984 et 1986, la ville de Lomé affiche aujourd’hui une image désastreuse sur le plan de la salubrité. En dépit des opérations de « Lomé ville propre » effectuées de temps en temps pour nettoyer notre capitale sans oublier les gestes des associations de bonne volonté qui militent pour la protection de l’environnement, Lomé tarde à retrouver sa propreté des années 80.
Le contexte géographique de la ville de Lomé L’expansion spatiale de Lomé laisse entrevoir deux parties très distinctes et deux types d’habitat urbain. La première partie appelée « le vieux Lomé » s’étale le long du cordon littoral, regroupant tous les quartiers situés entre la mer et la lagune. Elle est composée de centres commerciaux et du quartier administratif. C’est le cœur de la ville caractérisé le plus souvent par des lots d’habitation de 600m2, des villas de luxe à un niveau et un réseau routier bitumé ou pavé à 90%. La deuxième partie de la ville située au-delà du système lagunaire de la volta qui traverse la capitale togolaise de l’Ouest à l’Est. Elle est caractérisée par un type d’habitat polyvalent où on trouve un mélange de maisons de luxe et d’habitations à cour commune. La densité dans cette partie de la ville est très forte : plus de 120 habitants par hectare contre 30 dans la première partie.
La ville de Lomé a une superficie évaluée à 87 km2, composée de 72 quartiers et subdivisée en cinq arrondissements
L’état de la ville de Lomé Un petit tour dans les quartiers pour se rendre compte de la réalité. Les rues sont jonchées de dépotoirs sauvages constitués de sacs en plastique, des boites de conserve et de matières fécales. Les caniveaux et collecteurs sont bouchés par des sachets imperméables et autres déchets qui y sont jetés.
Les lagunes ne sont pas épargnées. Les riverains ont non seulement relié leur puisard et WC directement à la lagune et aux collecteurs d’eaux pluviales, mais ils y jettent toutes sortes d’ordures qu’ils produisent.
Les dépotoirs qui sont pour la plupart des décharges autorisées par la municipalité se situent aux points névralgiques de la ville (ceux d’Amoutivé et de Casablanca par exemple). Ce qui constitue un danger pour la population. Ces décharges ne respectent pas les normes de protection de l’environnement, polluent le sol et l’air mais aussi la nappe phréatique de la ville de Lomé qui est superficielle. Le problème de gestion des ordures ménagères est la cause directe de l’état de délabrement dans lequel se trouve la capitale togolaise. De 1960 à nos jours, Lomé a connu trois stratégies de gestion des ordures.
La méthode coloniale De 1960 à 1974, la voirie avait institué un système de collecte qui permettait aux populations de déverser les ordures ménagères dans de grosses poubelles ou dans des conteneurs placés à côté des latrines publiques. Les agents de la voirie les vidaient et les déchargeaient très loin de la zone urbaine. Pendant cette période les quartiers périphériques étaient laissés pour compte. Les riverains jetaient les immondices aux abords de la lagune et les habitants de l’extrême ouest jetaient les ordures au travers de la frontière ghanéenne.
La croissance de la population de la ville de Lomé, au début des années 70 va obliger la mairie de Lomé à renoncer à la méthode coloniale et à signer un contrat avec la Société Togolaise d’Enlèvement des Ordures Ménagères et d’Assainissement (SOTOEMA) le 19 juin 1974.
La gestion de la SOTOEMA La SOTOEMA avait opté pour la collecte à domicile. Elle se faisait au moyen de camions qui ne desservent que les quartiers dont les voies sont praticables, deux ou trois fois par semaine. Lorsque le klaxon de la benne retentit, les habitants se précipitent avec leurs paniers d’ordures sur les trottoirs et attendent le passage du véhicule.
Le travail de la SOTOEMA ne couvrait cependant pas toute la ville de Lomé. Les causes sont multiples et on peut citer la croissance démographique, l’augmentation des charges sociales, le prix du carburant et des pneumatiques, les prix du matériel de transport et la recette annuelle perçue par la municipalité au titre de la taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères qui s’élevait à 36.000.000 FCFA, selon certaines sources. Les difficultés financières rencontrées par la SOTOEMA dans l’exercice de ses travaux et qui étaient dues à ses créances non honorées sur les pouvoirs publics, ont abouti à la résiliation du contrat en 1997. Cette résiliation du contrat de ramassage des ordures ménagères dans la ville de Lomé entre la mairie et la SOTOEMA marque le début de la prolifération des dépotoirs sauvages et la genèse des problèmes de salubrité à Lomé.
La stratégie actuelle Une nouvelle stratégie de la collecte des ordures ménagères est proposée par les études au Projet de Développement Urbain (PDU) et comporte deux phases.
La pré collecte est devenue une activité créatrice de revenus parce qu’elle est confiée aux associations des jeunes volontaires de quartiers qui ramassent les ordures depuis les ménages et les convoient vers un dépotoir intermédiaire. Ainsi plusieurs associations de pré collecte d’ordures ménagères ont vu le jour. Des jeunes hommes passent de maison en maison pour vider les poubelles moyennant une rémunération qui varie entre 500FCFA et 5.000FCFA par ménage selon la quantité d’ordures produites par mois.
La collecte des dépotoirs intermédiaires de quartier vers la décharge finale d’Agoè est prise en charge par la mairie de Lomé. Elle assurée par des entreprises sous contrat rémunéré. L’entreprise WATTE-RA située à Agoè est l’une des entreprises qui prennent en charge l’évacuation des dépotoirs intermédiaires vers la décharge finale. Elle a à son actif 20 camions composés de 9 bennes tasseuses, 6 portes conteneurs, 5 bennes basculantes et 4 chargeurs. Sa zone de couverture s’étend de la lagune de Tokoin jusqu’à la frontière d’Aflao en passant par les quartiers Nyékonakpoè, Décon, Fréau jardin, Assivito, Pharmacie de étoiles. Elle enlève mensuellement entre 18000 et 28000m3 de volume d’ordures.
Cependant la situation des dépotoirs intermédiaires qui sont évacués vers la décharge finale située dans le canton d’Agoè remet en cause cette nouvelle stratégie.
Les faiblesses de la nouvelle stratégie Le montant minimum dont la municipalité a besoin chaque année pour assurer efficacement le ramassage des déchets des sites intermédiaires puis l’enfouissement sur la décharge finale à Agouè est estimé à 1,5 milliards de francs CFA. Mais le décaissement de ce fonds reste difficile.
L’entreprise WATTE-RA est confrontée quelque fois à des difficultés financières. Se retrouvant parfois, dans l’incapacité de payer le carburant et sa quarantaine d’employés, elle est obligée d’arrêter ses travaux ou le fait partiellement.
Les ouvriers travaillant pour les associations de pré collecte des déchets sont souvent mal payés et perçoivent en moyenne 20 000 FCFA par mois. Leur tenue ne répond pas aux exigences de leurs taches, pas de gants ni de bottes et ils ne bénéficient pas de visites médicales. La mauvaise organisation de ce secteur explique le laxisme des ouvriers qui font parfois de mauvais travail.
Les décharges intermédiaires se situent aux abords des routes principales. Celles qui sont protégées ont vu leurs clôtures tombées par endroits sous la pression des intempéries. Si nous prenons l’exemple de l’ancien dépotoir intermédiaire de la place BONKE, les déchets sont en contact avec le sol. Or dans cette zone la nappe phréatique est superficielle. Les décharges produisent un liquide toxique appelé le lixiviât qui, en s’infiltrant dans le sol, contamine la nappe et souille la lagune.
Les conséquences sur la santé de la population L’état actuel de la lagune de Tokoin est du au passage des débris par les caniveaux aménagés pour récepter les eaux de pluies, vers la lagune. Certaines populations ont transformé ces caniveaux en poubelles, qui après quelque temps dégagent des odeurs nauséabondes. Ces actes en plus des lacunes de la nouvelle gestion des ordures sus énumérées constituent une source de prolifération des maladies telles que le choléra et la fièvre typhoïde. En 2005, sur 1320 cas de choléra enregistrés au Togo dont 30 décès, Lomé comptait à elle seule 1012 et 13 décès. Les districts N°2 et N°3 ont déclaré 580 cas et 6 décès. La fièvre typhoïde quand à elle, selon une source médicale, fait chaque jour des victimes à Lomé.
Pour une nouvelle gestion des ordures ménagères La municipalité doit envisager une nouvelle méthode de gestion des ordures ménagères qui inclut la modernisation du secteur des déchets solides, la valorisation des ordures ménagères et la restructuration de la collecte des ordures ménagères.
Comme l’entreprise WATTE- RA, les autres entreprises sous contrat avec la mairie peuvent également mettre à la disposition des prés collecteurs des camions, qui après la collecte « de porte à porte » déverseront directement les ordures sur la décharge finale. Selon un responsable de cette entreprise, ce procédé permet d’éliminer les dépotoirs intermédiaires qu’elle juge dangereux pour la santé de la population et ainsi rendre la zone qui leur a été confiée propre.
En effet mis à part la récupération des bouteilles et carcasses de véhicules par des structures informelles, il n’existe à Lomé aucun système de récupération des déchets solides. Mais il est démontré qu’il est plus facile de fabriquer des bouteilles et des verres avec des portions recyclées qu’à partir des matériaux bruts. Les matières organiques rentrent dans la fabrication du compost. Les plastiques recyclés servent à la fabrication d’autres objets en plastique. Les papiers issus des poubelles permettent la confection des papiers recyclés.
La responsabilité de la population est engagée La population de Lomé doit cesser de transformer tout endroit vide en dépotoirs sauvages. Certaines personnes trouvent pour arguments la crise économique et attendent la nuit tombée pour vider leurs poubelles dans les rues ou dans les caniveaux. Conséquences, ces quartiers sont toujours inondés en saison pluvieuse ou à la moindre occasion de pluie. |