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COMMENT VA MA CITÉ ?

Banalisation de la porno au Togo : Des images perverses et obscènes au nez et à la barbe de tous

AgoraPress - Par John Altman

On les exposent sur les boulevards et dans les marchés. On se croirait au quartier rouge d'Amsterdam.
Il est 17 heures trente.
A cette heure de sortie de bureau, le boulevard du 13 est noir de monde. Les pétarades des motocyclettes et des voitures sont assourdissantes. Un nuage opaque de fumée rend l’air presque irrespirable. Sur les trottoirs envahis par les revendeurs, des citoyens moyens comme moi, rentrent à la maison par leurs propres moyens, en jouant des coudes pour se frayer un passage dans cette masse compacte.

Je ne suis pas pressé. Une fois n’est pas coutume, j’ai un peu d’argent dans les poches et je voudrais profiter pour faire quelques achats, des DVD de films américains de quelques célébrités que j’affectionne particulièrement. Je m’intéresse donc aux étagères des revendeurs de films (piratés pour la plupart) qui s’alignent sur les trottoirs.

Dès mon premier arrêt je suis saisi par la photo agressive de couverture d’un film érotique présentant un couple en plein ébat. Elle n’est pas la seule. Les deux dernières rangées de l’étagère de notre revendeur ne sont garnies que par des films de ce genre. Elles sont bien visibles par les passants. D’ailleurs, ceux-ci, par étonnement ou par intérêt (allez-y savoir), s’arrêtent pour les regarder avant de reprendre leur chemin en secouant la tête. Juste derrière, un groupe d’écoliers arrive en piaillant. Ils s’arrêtent à ma hauteur et portent immédiatement leurs regards sur les images indécentes exposées en pleine rue. Je suis abasourdi. Le plus âgé parmi ces enfants n’a pas plus de dix ans. Quand j’avais leur âge, de telles images ne circulaient que sous le manteau, entre les adultes qui réprimandaient sévèrement les petits qui avaient le culot de vouloir regarder. Sur un ton autoritaire je lance : « déguerpissez immédiatement ou je vous ramène à l’école où le maître se fera un plaisir de s’occuper de vous. » Les enfants coupant net leurs commentaires salés détalent en gloussant.

C’est seulement à ce moment que le revendeur qui a suivi la scène assis un peu à l’écart, s’approche de moi, un sourire commercial aux lèvres. « C’est la même chose tous les soirs. »  Surpris, je lui demande avec sarcasme : « et ça vous amuse apparemment ? »  Sans se départir de son sourire, il explique : « que puis-je ? Tout le long du boulevard, chaque vendeur en a sur ses rayons. Ils en ont regardé avant d’arriver à mon niveau et ils en verront d’autres avant d’arriver à la maison. Alors, à quoi bon se fatiguer à les chasser ? » Dégoûté, je renonce à mon idée de départ et je m’éloigne sans un mot de plus. 

Moins de trente mètres plus loin, je tombe sur un autre vendeur. Cette fois, je me trouve en face du commissariat du troisième arrondissement, sur la seconde voie du boulevard du 13 janvier. Des agents de police, debout à l’entrée du poste, tiennent une conversation en regardant dans la direction où je me trouve. Ils ne peuvent manquer de voir les horreurs qui sont proposées aux passants. Mais de toute évidence, cela n’a rien d’anormal à leurs yeux. Le fait même que ce revendeur ait eu le culot de venir exposer sa marchandise à cet endroit prouve qu’il était assuré de ne courir aucun risque.

Comme l’avait affirmé le premier revendeur chez qui je me suis arrêté, tous ses autres compères avaient exposé des films pornographiques bien en évidence sur leurs étagères.

Il y a deux jours, j’étais au marché d’Akodésséwa pour me ravitailler en vivres. Je m’approche d’une revendeuse de riz. A côté d’elle, une dame propose des médicaments, parfois sans étiquette, de provenance douteuse que de nombreuses femmes vendent ici. N’étant pas consommateur de ces produits, parce que averti des dangers, je ne m’y intéresse pas. Mais je tombe en arrêt devant une image qui en principe n’a rien à faire ici. Sur une boite, s’étale en gros plan l’image d’un homme et d’une femme occupés à jouer à la bête à deux dos. La dame, quelque peu hilare s’est rendue compte de mon étonnement et est sur le point de dire quelque chose, mais je la devance: « mais, madame, que vient chercher cette image dans vos marchandises ? » Elle a de plus en plus de mal à maîtriser un fou rire. C’est en hoquetant et les larmes aux yeux qu’elle répond : « grand frère, cette boite contient un médicament.  Vous faites une drôle de tête. Ne me dites pas que c’est la première fois que vous voyez une telle image. » J’avoue à la jeune femme que c’est bien la première fois que je vois, en plein marché et à une heure de grande animation une telle horreur. « Ce n’est pas une horreur, explique la dame. C’est un acte naturel. D’ailleurs, c’est l’emballage d’origine d’un médicament de fabrication chinoise très efficace contre la faiblesse sexuelle. Faites le tour du marché et revenez me dire s’il y a une seule revendeuse de médicaments qui n’en propose pas. » Je ne suis que peu satisfait par cette explication. « Est-ce là une bonne raison pour montrer cette photo à tout le monde, y compris aux enfants qui passent et ne s’embarrassent pas pour regarder ? » De nouveau, elle éclate de rire avant de répondre : « puisque vous semblez si malin, dites-moi comment je vais vendre mes médicament si personne ne les voit. » Sa bonne humeur commence par m’irriter. J’achète mon riz et je m’éloigne, suivi par le regard amusé des deux dames.

Je fais le tour du marché en m’intéressant particulièrement aux revendeuses de médicaments. Après seulement quelques pas, je suis amplement édifié. Mon dégoût pour ces images doit être perceptible par les revendeuses. A la façon dont elles me regardent, je ne dois être à leurs yeux qu’un pauvre tartare. Je rentre chez-moi songeur.

Des ‘’vidéo clubs’’ ont poussé comme des champignons dans les quartiers de la capitale à Lomé et à l’intérieur du pays. On y propose tous les genres de films. Mais c’est à l’heure de l’incontournable film érotique que les propriétaires de ces lieux font salle comble. De petits enfants y ont libre accès pour peu qu’ils déboursent le tarif exigé : entre 50 et 100 Fcfa. Nulle doute qu’en rentrant, ils n’ont qu’une idée en tête : trouver une occasion de mettre en application ce qu’ils ont vu.

 Comment s’étonner que les valeurs morales de notre société soient à la dérive. Aujourd’hui, c’est à une rébellion généralisée contre les valeurs traditionnelles qu’on assiste. L’érosion morale a atteint des proportions très alarmantes. Je me suis essayé dans l’enseignement avant d’embrasser le journalisme. Il m’est arrivé de surprendre des conversations entre des enfants de 10 ans que je n’oserai répéter nulle part. quant aux adolescents, tous leurs sujets de discussion semblent tourner essentiellement autour du sexe. Tous leurs propos sont truffés d’allusions sexuelles.

Le Togo est parmi les pays de la sous-région ouest africaine où le VIH est très répandu.  Comment peut-il en être autrement, quand la sexualité devient un ‘’sport’’ que tout le monde peut pratiquer, comme semblent le montrer les films érotiques ? Quand on montre des scènes crues de sexe à des enfants, doit-on s’étonner qu’ils cherchent à ‘’essayer’’. Ni les parents, ni les enseignants ne peuvent rien pour éviter que les enfants soient exposés à ces images. L’âge du premier rapport sexuel n’a jamais été aussi bas et le nombre de partenaires aussi élevé. Il n’est pas rare de voir des petites filles de 14 ans avec un bébé au dos. On connaît les dangers d’une grossesse précoce pour la santé de la mère et de l’enfant.


Que dire des adultes ? Dernièrement, l’épouse d’un ami est venue me voir. Je savais que le couple traversait une crise conjugale, mais j’étais loin de m’imaginer l’origine du conflit. Elle se plaignait d’un certain comportement de son conjoint. Aux dires de la jeune femme, mon ami voulait lui imposer des pratiques sexuelles qu’il avait certainement vues dans les films érotiques. Pour s’être ouverte à moi sur un sujet aussi gênant et délicat, il fallait que le problème ait atteint un seuil alarmant. En clair, elle me demandait d’expliquer à son époux qu’elle n’était pas une pute. Je promis d’en discuter avec mon ami, mais à ce jour, je ne sais comment aborder le sujet. Ce n’est pas un cas isolé. La pornographie est entrée dans les foyers pour y semer la zizanie.


La majorité des films à caractère pornographiques sont produits en occident. Mais, là bas, à ce que je sache, on ne les expose pas partout, surtout pas dans la rue ni dans les endroits publics. En occident, pour voir des images de ce genre, il faut aller les chercher. Chez-nous, ce sont elles qui viennent vous chercher. Elles sont en vente libre partout, sous le nez des agents de police qui semblent trouver cela normal.

 Nous vivons dans un Etat où tout semble aller de travers : ce qui est proscrit par la loi est pratiqué à ciel ouvert alors que les droits les plus élémentaires des citoyens (celui de manifester pacifiquement par exemple) sont systématiquement foulés au pied

Si devant certaines situations l’Etat invoque le manque de moyens pour se défendre, nous sommes curieux de savoir comment les pouvoirs publics vont justifier ce laxisme face à un phénomène que seule la vigilance des forces de sécurité suffirait à combattre. Il faut arrêter cette dérive. Il n’y a rien qui rende les fils porno absolument indispensables au point d’autoriser leur libre vente sur les trottoirs et dans les marchés.

 
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Comments

 

Benkud said:

Devrait-on dire "incroyable mais vraie" ou bien "surprenant mais reel"? Je crois que cette situation denote de l'incapacite de nos gouvernements a assurer la survie des populations, la bonne education et le bien etre des administres. Des les pays occidentaux, une inmportance reelle est accordee a l'education des jeunes et un controle strict existe autour de tout produits (film, magazines, medicaments...) sexuels. Ne dit-on pas que l'enfance est le pere de l'homme? Il faut que les dirigeants prennent leur responsabilite en votant des textes pour controler la diffusion et la commercialisation des oeuvres a caractere pornographique. Pour exemple: aux USA, la prostitution est interdite par la loi; les oeuvres a caractere pornographique existent mais ne sont exposees que dans des lieux ou n'ont acces que des personnes agees au moins de 18 ans - bien evidemment on verifie l'age des personnes ayant l'apparence tres jeune avant leur entree dans ces lieux - ; le proprietaires des lieux ayant cette obligation.

Merci!

Benkud

March 12, 2008 6:17 PM
 

AVOCATOGOLAIS said:

Si l'education des jeunes est banalisee et que le gouvernement ne l'inscrit pas au premier plan de sa politique, la rue se chargera de former les jeunes et  nous serons surpris de voir dans nos foyers et pays des jeunes sans caracteres prets a tout faire. Il est temps que le Togo se reveille et prenne en compte l'education de ses jeunes. Si je parle d'education, je ne parle pas seulement  de celle qui conduit a une carriere , mais aussi de celle qui lui offre un caractere decent et responsable. La morale est supprimee dans nos ecoles. A quoi nous attendre ? Des jeunes responsables et sages? NON, je ne le crois pas.  Mais nous devons nous battre pour cette generation sans repere. Si le gouvernement ne le fait pas, nous sommes des parents, des grands freres, faisons notre part et sauvons la vie et l'avenir de nos jeunes freres.

March 12, 2008 8:15 PM
 

KAMPFER said:

Article édifiant qui dénote de la façon dont les africains suivent le modernisme à l'envers et oublient leurs nobles valeurs culturelles.

Je vais rapidement faire un détour avant de revenir à l'article: je vis en occident depuis plus de 15 ans mais j'ai toujours essayé de garder mes nobles valeurs traditionnelles togolaises. Ainsi je ne fume pas, je ne bois pas en pagaille parce que la pierre se vend à 50 centimes, je n'embrasse pas ma copine au bord de la route comme on le voit un peu partout, surtout je n'accepte pas du tout cette phrase "mais nous ne sommes pas en Afrique!" quand nos soeurs les prononcent pour expliquer certaines de leur "dépravation".

Et savez-vous comment mes frères et soeurs Africains me surnomment? Le FERMIER.

Ce détour, pour vous dire que les africains manquent de plus en plus de repère dans ce monde de plus en plus globalisé.

Comme la si bien écrit l'auteur de cet article, les DVDs érotiques se vendent dans des "magasins sûrs" en Occident où il est interdit aux  jeunes d'un certain âge de s'y rendre et se les procurer.

Les films érotiques qu'on passe à la télévision sont accompagnés de logo signalitique qui les interdisent aux enfants. En plus, les programmes après minuit, quand tous les chats sont gris.

Mais comme en Afrique nous sommes habitués en une pagaille généralisée et sans fin,

comme nos pays sont devenus des lieux  où citoyens et gouvernants ont des routes diamètralement opposées,

et surtout comme nous comprenons le modernisme autrement, de tels tableaux peuvent être peints et exposés aux yeux de tous.

Malheureusement, leur contemplation a un tribut lourd pour la société entière avec des problèmes tels que la dépravation des moeurs, le sexe précoce, l'augmentation des IST et HIV/SIDA, les grossesses précoces, l'abandon des classes, la pauvreté grandissante, la pédophilie, le non-respect de l'autorité et des personnes âgés, la délinquance junvenile etc..etc..

Que ceux qui veulent gouverner ce pays de force daignent regarder le phénomène sous son mauvais angle et ré-agir en conséquence.

Que les parents, les éducateurs et la société entière se lèvent contre se phénomème avant qu'il ne soit trop tard.

L'avenir de nos enfants en dépend.

March 12, 2008 8:27 PM
 

grep said:

we have nothing but devils running our African countries, they are puppet for the european devils, but change is coming, i'm part of the generation that will not save any energy to erase our problems starting from the european devils, especially FRANCE.

March 13, 2008 12:31 PM
 

adobolo said:

Excellent cet article et qui devrait interpeller nos dirigeants mais helas. Comme eux memes sont dans les bains tout cela n'est qu'ordinaire pour eux. A nous memes de se lever pour commencer par reagir violemment contre ces medjiiras et autres et tous ces hangars sous lesquels d'autres jeunes passent ces genres de DVD a nos enfants!

March 14, 2008 5:31 PM
 

Benkud said:

Adobolo... Non; je ne suis pas de ton avis. La violence contre les "medjiras et autres" comme tu le dis ne serait pas une solution constructive. Elle sera source de malaise et de manque de liberte pour ces gens la. Comme le disait si bien Avocatogolais, une part de responsabilite revient a nos parents qui autorisent a dessein ou non leurs enfants mineurs a sortir de la maison apres une certaine heure. De toutes les manieres, une grande responsabilite revient aux pouvoirs publics qui doivent organiser cette activite commerciale (vente et diffusion des oeuvres pornographiques). Je crois que "Interdit aux moins de 18 ans" a reellement un sens. Ceci doit et devrait etre compris.

March 18, 2008 6:23 PM
 

AVOCATOGOLAIS said:

Si ces choses perverse et immorales sont estimees bonnes pour les adulte, ne nous etonnons pas de ce qu'elles apparaissent en pleine rue et attirant les jeunes sur l'autoroute de la perversite . Ce n'est ni bon pour les adultes  ni pour les jeunes. Je sais que ma declaration provoquerait certains, mais je sais qu'apres toute ebulution emotionnelles,  cette assertion gardera toute sa vigueur et veracite sous les yeux.  Resolvons les problemes a la racine.

Je crois que l'exposition de ces photos pornographiques n'est que le debordement d'une realite longtemps cachee.

Si la television qui est censee eduquer et instruire la generation presente deverse dans leur visage des films et des images obcenes a longueur de journee a travers des clips et autres choses. Il faut reflechir , nous ne pourrons pas decrie une chose et l'exalter a la fois.

REFLEHISSONS AVANT QU'IL NE SOIT TROP  TARD.

Merci de supporter commentraire .

March 19, 2008 2:38 PM
 

COMMENT VA MA CITÉ ? said:

AgoraPress - Par John Altman Prostitution infantile à Lomé : Un phénomène qui prend des proportions alarmantes

March 24, 2008 6:23 PM

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