|
- Colère d’un Policier : « Que voulez-vous qu’on fasse avec 22 000 F comme salaire de base ? » Le terme « police » désigne de manière générale l’activité consistant à assurer la sécurité des personnes et des biens en faisant appliquer la loi. Cette définition a été établie par les acteurs de la Révolution française. Ainsi, l’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirme : « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée». Cette institution a évolué et joue un rôle non moins important dans le maintien de l’ordre public. Et dans nombre de pays, les policiers sont mis dans des conditions acceptables afin de leur permettre de remplir cette mission. Mais au Togo, ils restent les parents pauvres du corps des forces de sécurité. Les nouvelles réformes qui doivent permettre d’améliorer leurs conditions de travail et surtout de vie, se font désirer.
En effet, l’Accord politique global (APG) prévoit « la distinction entre les fonctions de l’Armée d’une part, et celles de la Police et de la Gendarmerie d’autre part, de façon à ce que l’Armée se consacre à sa mission de défense de l’intégrité du territoire national et les forces de Police et de la Gendarmerie à leurs missions de maintien de l’ordre et de sécurité publique » (2.1.1). En plus, il est préconisé « un accroissement des effectifs et des moyens d’action de la Police et de la Gendarmerie afin de leur permettre d’assurer efficacement leurs missions, y compris en veillant à la sécurisation des activités des partis politiques et des opérations électorales… ». Sur ce plan, quelques efforts ont été faits. L’année dernière, il y a eu le recrutement de plusieurs jeunes au sein de la police nationale. Ainsi, les nouvelles recrues et les anciens ont activement participé à la sécurisation des dernières élections législatives même si on a eu recours aux militaires pour compléter l’effectif.
Cependant, ce sont les réformes de ce corps qui tardent à venir. Jusque-là, rien n’est fait bien que ce soit aussi une exigence de l’APG. Ce sont seulement les Forces Armées Togolaises (FAT) qui sont dotées d’un nouveau statut depuis le premier trimestre de l’année dernière. Par exemple, au niveau du chapitre concernant les rémunérations, garanties et couvertures des risques, on peut retenir: «… A la solde des militaires s’ajoute notamment l’indemnité de sujétion militaire, les allocations familiales, les indemnités pour charges supplémentaires. Toute mesure de portée générale affectant la rémunération des fonctionnaires civils de l’Etat est, sous réserve des mesures d’adaptation nécessaires, appliquée, avec effet simultané aux militaires… Les militaires et leur famille ont droit aux consultations et examens généraux de Service de Santé des Armées… ». Pourquoi traîne-t-on alors les pas sur le nouveau statut de la police?
Selon les informations en notre possession, il y aurait un projet de statut qui dort dans les placards. « Il y a un statut qui a été élaboré depuis l’année dernière. Mais, on ne sait pas pourquoi on ne veut pas le faire sortir. C’est comme si notre sort ne préoccupe personne. Et au même moment, nos collègues des autres corps ont vu leur situation s’améliorer avec les changements », confie une source. Il nous revient que les réformes butent sur la volonté de certains à maintenir le corps sous la coupole des éléments des forces de défense. « La Police nationale est par essence une force civile rattachée à l’Etat. En France par exemple, elle dépend du ministère de l’intérieur dont elle constitue une des directions, la Direction générale de la Police nationale (DGPN). Mais, ce qui est bizarre dans notre pays, c’est que nous sommes souvent coiffés par des militaires qui n’ont pas souvent les mêmes formations que nous. Il y a par exemple parmi nous des gens qui, après leur maîtrise en droit, ont reçu la formation policière. Mais ils sont confinés dans les seconds rôles dans notre organigramme », poursuit la même source qui n’a pas hésité à lancer un appel aux autorités compétentes pour que le nouveau statut de la Police soit une réalité. « Il faut que les réformes entamées au sein de notre corps soient effectives. Nous prions le gouvernement, surtout le chef de l’Etat de à s’occuper de notre situation. Nous abattons un travail énorme qui mérite d’être récompensé à sa juste valeur. Que nos autorités fassent quelque chose pour nous aider», ajoute-t-elle.
Par ailleurs, la rémunération salariale des policiers togolais est insignifiante. « Vous les journalistes, vous nous accusez de corruption sans connaître les conditions dans lesquelles nous vivons. Que voulez-vous qu’on fasse avec 22 000 F comme salaire de base ? », s’est emporté un jeune policier après que nous eûmes publié un article sur les rackets sur les routes togolaises. « Avec ce salaire et le phénomène de la vie chère, nous ne pouvons pas joindre les deux bouts. C’est pour combler le trou que nous nous livrons à ces genres de pratiques. C’est bien d’interdire ces choses. Mais il faut penser à nous aussi et à nos familles. Depuis qu’on parle du statut des policiers, on ne fait rien. Les gens bloquent le dossier parce qu’ils n’y trouvent pas leurs intérêts », a-t-il martelé.
Le gouvernement est donc interpellé pour faire avancer les réformes enclenchées pour la restructuration de la Police, les obligations et responsabilités des policiers, leurs rémunérations, leur nomination et avancement, la retraite, etc. Il faut aussi penser à « démilitariser » ce corps et à mettre à la place qu’il faut de vrais connaisseurs. Si c’était le cas avant, on n’allait pas assister à cette bourde selon laquelle « cette information tient lieu de communiqué du ministre de la Sécurité » après la tragique disparition du politologue et journaliste Atsutsè Agbobli.
R. Kédjagni
Circonstances de la mort d’Atsutsè Agbobli : Beaucoup de zones d’ombre subsistent après l’autopsie et l’explication du Procureur Comme un couperet, la mort de l’historien politologue Atsutsè Kokouvi Agbobli a été annoncée vendredi. Stupeur générale. Stupeur parce qu’on ne savait pas l’homme souffrant. De quoi est-il mort au juste ? Voilà ainsi résumée l’interrogation qui triturait les méninges. Très tôt, le gouvernement, lui, a trouvé les causes du décès : suicide par noyade. En fait, c’est ce qu’a semblé insinuer le très zélé ministre de la Sécurité et de la Protection civile Atcha Titikpina dans un communiqué gribouillé à la va-vite. Zèle qui lui aurait attiré des admonestations.
La famille éplorée n’a pas avalé la couleuvre. Elle a ainsi exigé une autopsie sérieuse du corps pour connaître les causes et les circonstances réelles de son décès. Démarche qui est avalisée par la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), dans le but d’ « élucider la mort de cet illustre homme qui défendait avec perspicacité ses idées et ses convictions ». Ainsi, « une enquête dans les règles de l’art », à en croire le quotidien national d’hier, a été engagée par le Procureur de la République, Robert Bakaï, et le médecin légiste Napo-Koura Gago chargé de procéder à l’autopsie.
Les résultats préliminaires
Selon les déclarations du Procureur de la République sur la chaîne de télévision nationale, le médecin légiste a systématiquement rejeté la thèse de la noyade, comme a tenté de le faire croire le Col Atcha Titikpina. M. Napo-Koura Gago a également balayé du revers de la main l’hypothèse d’une mort violente, comme le postulent les spéculations, et conclu à une mort par intoxication médicamenteuse, mais avec des réserves. «…La composition chimique des médicaments qui seraient à l’origine de sa mort n’est pas encore connue puisque les appareils dont nous disposons ici (au Togo) ne permettent pas de déterminer exactement la composition chimique des produits», indique-t-on.
Des zones d’ombre
Ces résultats préliminaires étaient censés situer les uns et les autres, préciser les circonstances exactes de la mort d’Atsutsè Agbobli et faire taire les spéculations. Mais ils ne semblent pas avoir complètement dissipé les suspicions. Le rejet de la thèse de mort par noyade, au lieu de clarifier les choses, semble plutôt réalimenter les débats. C’est ici qu’on suspecte la version servie par le ministre Atcha Titikpina.
En effet, sans aucune enquête préalable, le ministre a servi aux Togolais cette version de suicide par noyade, comme s’il se reprochait quelque chose. Posons donc les vraies questions. Pourquoi le gouvernement s’est-il empressé de servir cette version indigeste aux Togolais ? Le pouvoir cherche-t-il à brouiller les pistes ? Quand on sait que Atsutsè Agbobli est réputé n’avoir pas sa langue dans sa poche, critique sévèrement le régime en place à chaque fois que l’occasion lui est offerte, il ne serait pas exagéré de penser que le pouvoir l’a purement et simplement …, parce qu’il est trop chiant, et cherche par ce communiqué subversif à semer du flou dans les esprits.
Au-delà de ce communiqué, des zones d’ombre subsistent même dans le récit des faits ayant précédé le décès d’Atsutsè Agbobli servi par Atcha Titikpina et repris par Robert Bakaï dans la présentation des résultats préliminaires de l’autopsie. La thèse d’intoxication médicamenteuse contraste avec certains actes qu’on attribue à la victime.
Comment le corps d’un homme qu’on dit avoir succombé suite à une « intoxication médicamenteuse », puisse-t-il se retrouver complètement nu, alors que la victime avant sa mort, était bien habillée ? N’est-ce pas curieux ?
On a plutôt l’impression que tout est fait pour toujours faire croire à un élan suicidaire de la victime, comme l’a insinué Atcha Titikpina. A en croire ce récit, feu Atsutsè Agbobli s’est rendu le mercredi 13 août dernier au domicile de l’ancien ministre Djondo à qui il aurait confié des problèmes personnels, puis il s’est rendu, consciemment, à la clinique Biassa pour se faire soigner. Le lendemain au petit matin, il a eu la présence d’esprit d’appeler son chauffeur pour qu’il vienne le conduire à un rendez-vous. Mais voilà, en cours de route, le patron dit à son chauffeur de le laisser descendre pour qu’il continue à pied. N’est-ce pas qu’il faut être « fou » pour le faire ?
Cette affaire est bien loin d’être tirée au clair. La famille ne compte d’ailleurs pas en rester là, à en croire les propos du fils de la victime, sur une chaîne radio de la place. Yao Agbobli n’a pas mâché ses mots. Il a relevé plein de zones d’ombre, malgré les résultats préliminaires de l’autopsie.
Tino Kossi
La culture togolaise à l’école de son homologue du Ghana : S’agit-il d’un réveil et d’une révolution attendue de la culture togolaise ?
Un proverbe de chez nous dit : « On ne perd rien en se faisant tout petit pour apprendre chez les autres; c’est une occasion qu’on se crée pour évoluer, se promouvoir ». Cette leçon, l’actuel Ministre en charge de la Culture semble l’avoir comprise. Il a voulu oser et nous ne pouvons que lui souhaiter réussite. Beaucoup de Togolais savent qu’une inexistence pure et simple d’un Ministère de la Culture au Togo depuis l’indépendance jusqu’à ce jour n’aurait rien envié à la situation que le Togo a connue jusqu’ici avec l’existence en bonne et due forme d’un Ministère de la Culture, mais qui n’en a pas l’air.
Culture, ce mot en apparence simple d’écriture, se veut un casse-tête quand il s’agit de sa définition. Le respect que nous lui portons fait d’ailleurs que nous le marquons d’un grand « C ». En dehors de la paresseuse définition que tout le monde lui donne, c’est-à-dire : « la Culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié », il faut dire que la Culture est l’un des mots dont la définition est complexe. Ainsi, on peut rencontrer autant de définitions que de personnes qui tentent de la définir. Selon un féru togolais de la Culture, « c’est ce qu’il y a de plus cher dans tous les domaines ; c’est pourquoi la Culture serait la mère de toutes les sciences. Ainsi on a la Culture scientifique, la Culture politique, la Culture agricole, la Culture sportive, etc… ». Selon un autre, « la Culture c’est l’ensemble des valeurs traditionnelles et artistiques d’un pays».
Au Togo, la Culture est tantôt associée à la jeunesse et au sport, tantôt déconnectée du sport et associée à l’information, tantôt c’est tout court Ministère de la Culture, tantôt c’est associé au tourisme et aux loisirs, tantôt, … Malgré toute cette gymnastique intellectuelle et politique, la conception que nos autorités ont toujours eue de la chose culturelle et intellectuelle n’a pas changé d’un iota. Le mépris de la chose culturelle et des œuvres de l’esprit est toujours demeuré tel. Mais au Ghana tout près, pendant longtemps il n y a eu qu’une Commission Nationale de la Culture jouant le rôle de Conseil d’administration de la Culture au Ghana. C’est tout récemment en mai 2006, que la nécessité s’est fait sentir de créer un Ministère de la Chefferie et de la Culture dans ce pays.
Quelle que soit la dénomination donnée au Ministère en charge de la culture, cette dernière a toujours été le dernier des soucis des différents gouvernements qui se sont succédé dans le pays depuis ces quarante dernières années. Nous n’en voudrons d’ailleurs pour preuve tangible que la misère criarde dans laquelle ont toujours végété nos artistes et tous les hommes de culture en général. Mal traités, méprisés de leur vivant en dépit de tout leur savoir-faire, la plupart d’entre eux, à l’exception tout dernièrement de la chanteuse Akofa Akoussah, n’ont même pas eu droit à une sépulture digne à leur décès de la part des autorités, tout comme c’est le cas de nos anciennes gloires du sport. Pour nos responsables politiques, faire la Culture signifie participer aux luttes traditionnelles Evala, aux cérémonies de Ekpessosso, aux fêtes dites « Adjinoukouzan », «Agbogbozan » etc. La Culture ne veut pas non plus dire ballets et danses, puis c’est tout. Non ! Jusqu’ici c’est l’attelage de ces éléments qui, pour nos autorités semble s’appeler Culture.
L’histoire retiendra qu’au Togo, un Ministre de la Culture a eu l’audace de rêver, et bien rêver. Un premier pas à saluer. Ce rêve consiste à sortir la Culture togolaise, la mère de toutes les sciences, selon certains, de sa longue hibernation, de son profond sommeil. Ainsi, à l’initiative de l’actuel Ministre de la communication, de la Culture et de la formation civique, une délégation d’une quinzaine d’artistes conduite par M. Cornélius Aïdam, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a séjourné du 6 au 9 août dernier à Accra au Ghana. Le but de ce voyage était de s’inspirer de l’expérience ghanéenne en matière culturelle, en vue de promouvoir l’art togolais. Ouf et enfin !!! Parmi les artistes, on retrouvait des hommes et des femmes du monde musical, de l’écriture, de la mode, de l’art plastique. Notons toutefois l’absence du monde du cinéma, ce qui était un oubli que le Ministre, selon les indiscrétions, aurait regretté personnellement.
Quoi qu’il en soit, à tout Seigneur tout honneur. C’est une première à saluer au Togo et nous espérons que cette audace que s’est payée pour une fois au Togo un Ministre en charge de la Culture ne s’arrêtera pas en si bon chemin et sera suivie d’effets. Déjà, une charte de la Culture vient d’être élaborée dont le contenu, aux dires de certains intellectuels et artistes qui en ont pris connaissance, serait un très beau texte pour la promotion culturelle et artistique. Nous osons croire que les Togolais ne tarderont pas à jouir des fruits de cette sortie au Ghana que le Ministre hôte a personnellement beaucoup appréciée, déclarant qu’il était heureux de voir les Togolais venir tout à côté chez lui au Ghana pour s’inspirer de leur manière de traiter la Culture au lieu d’aller en Occident.
Il convient de dire qu’étant donné qu’au Togo, ce n’est pas la beauté des textes qui pose problème (nous avons des ressources humaines de grande compétence), mais c’est leur mise en application intégrale, nous voulons attendre de voir pour apprécier. D’ici là, le chemin à parcourir est long. De plus, ce ne sont pas les talents qui manquent au Togo mais c’est le manque de volonté politique des responsables du pays. Et à dire vrai, si les leçons apprises au Ghana devraient vraiment servir à l’épanouissement de la Culture togolaise, et si l’on y met les moyens, nous pouvons donner rendez-vous à nos inspirateurs d’aujourd’hui que sont nos frères et sœurs ghanéens dans une dizaine d’années. Comme quoi, c’est le manque de financement et d’intérêt pour la Culture qui fait que dans la sous-région le Togo semble être un pays sans Culture.
Pour marquer leur fierté et leur satisfaction de voir les Togolais venir s’inspirer de ce qui se fait dans ce pays frère, le Ministre de la Chefferie et de la Culture ainsi que celui de l’Information et de l’Orientation nationale n’ont pas manqué d’inviter la délégation togolaise à prendre part très bientôt au Carnaval culturel qui est organisé chaque année dans le pays.
Nous voudrions ici féliciter le Ministre Cornélius Aïdam pour sa parfaite maîtrise de la langue de Shakespeare qui a émerveillé même les membres de sa délégation qui ne lui connaissaient pas ce talent, ainsi que les hôtes ghanéens eux-mêmes. Comme quoi, le Togo est pourtant un pays de merveilles où la médiocrité devrait normalement être bannie des hautes sphères politiques et administratives pour la fierté de ce peuple si doué et presque un génie en tous genres. Toutefois, nous tenons à déplorer le grand retard ennuyeux accusé par la délégation sur l’heure de départ communiquée préalablement aux artistes et parmi lesquels des responsables de familles (plus de 6 heures) ainsi que les conditions de retour de la délégation à la frontière. Nous n’en disons pas plus. Mais que ceux qui ont des oreilles entendent !
C’est pratiquement la seule fausse note que nous ne saurions ne pas dénoncer, parce que justement nous avons en préparation un article portant sur le retard des Togolais de toutes les catégories à tous les rendez-vous; ce que sans honte, nous couvrons presque tous impudiquement du label made in Togo : «l’heure africaine ». Nous tenons aussi à saisir l’occasion pour porter à la connaissance des Togolais, qu’il existe actuellement au Ghana un projet pilote conduit par le Ministre de l’Information et de l’Orientation Nationale, projet qui consiste à amener tous les Ghanéens à respecter l’heure d’arrivée et de départ du boulot, que ce soit en privé ou dans l’administration. N’est-ce pas beau de voir que le Ghana a des responsables qui réfléchissent à la manière de conduire leurs populations à un esprit de civisme pour un développement harmonieux du pays pendant que nous, nous dormons au Togo ?
Alain Simouba |