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Au-delà de l’autopsie : La vérité à rechercher à trois niveaux

Le Regard #610 du 20 août 2008

Une autopsie du corps d’Atsutsé Agbobli a été demandée par le procureur de la république. De son côté, la CNDH mène l’enquête. Elle vient d’exiger l’ouverture d’une information judiciaire afin d’élucider le mobile qui a poussé M. Agbobli à se donner la mort, mais aussi de clarifier les circonstances exactes du décès.

«Conformément à sa mission de vérification, la CNDH a décidé de mettre en place un comité interne d’enquête au Togo à l’effet de procéder aux investigations nécessaires sur cette mort pour le moins curieuse sans pour autant que cette démarche fasse obstacle à l’enquête judiciaire», précise un communiqué de l’organisation

Selon un communiqué publié samedi à Lomé, le procureur de la République près le tribunal de Lomé, Robert Bakaï, a adressé des réquisitions au chef du service d’anatomie et cytologie pathologiques du Centre Hospitalier Universitaire de Lomé à l’effet de procéder à l’autopsie du corps de l’homme politique, écrivain et journaliste Atsutsé Agbobli afin de déterminer la cause exacte du décès. Sa famille  avait été la première a réclamer une autopsie. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) sollicite, en plus, une enquête, pour «élucider la mort de cet illustre homme qui défendait avec perspicacité  ses  idées  et ses convictions».

Ces demandes ont également reçu l’adhésion des responsables des partis politiques et de la société civile qui, tout en rendant hommage à l’illustre disparu à travers les médias, souhaitent un éclaircissement sur cette mort qui intrigue tous les Togolais.

Le décès quelque peu curieux de Atsutsé Agbobli, historien, politologue et journaliste, ancien ministre de
la Communication et de la Culture, survenu à Lomé dans la nuit de jeudi à vendredi et dans des circonstances bizarres, a semé l’effroi au sein de la population togolaise qui l’a plutôt connu à travers ses diatribes contre la mal gouvernance, aussi bien dans les médias nationaux qu’internationaux.

Ses dernières interventions sollicitaient du pouvoir public togolais, de plus claires explications sur la dissolution il y a quelques jours du Fonds d’Entretien Routier (FER), à la suite de la destruction par les eaux de pluie de neuf ponts sur le fleuve Zio, coupant ainsi le pays en deux portions reliées par l’unique détour des Plateaux.

Ancien journaliste de Jeune Afrique, Atsutsé Agbobli, 67 ans, publie à Lomé un journal «Afric’Hebdo», tandis que son parti, le MODENA, est perçu dans les milieux politiques comme proche de l’Union des Forces de Changement (UFC) de l’opposant historique, Gilchrist Olympio. Mais Atsutsè Agbobli qui a été aussi ministre de
la Communication sous le régime Eyadema entre 1994 et 1996 était de ceux qui avaient tout essaye pour démontrer que le général président n’avait commis aucun tort en nommant Kodjo a la place de Yawovi Agboyibo.

S’il est vrai que cette mort donne matière aux organisations de défense des droits de l’homme il n’en demeure pas moins qu’elle est suspecte en raison des versions contradictoires et des prises de positions péremptoires.

Pour des organisations de défense des droits de l’homme qui, après 2005, ne trouvaient plus de la matière et qui  en ont profité pour se faire entendre, il n’y a pas meilleure occasion que celle-ci. En politique aussi, toutes les situations étant exploitables , on peut comprendre, au-delà de la compassion naturelle,  que les politiciens qui ne prenaient pas Atsutsè au sérieux puisent dans sa disparition tragique une conséquence logique de l’impunité, une accusation a peine voilée contre le pouvoir RPT. Seule l’autopsie  peut révéler la vérité. Mais en attendant les résultats d’une commission d’enquête, on peut commencer à rechercher la vérité à trois niveaux.

          1-       La famille et particulièrement la fille du défunt car  de source proche du voisinage, le défunt avait eu la veille, une altercation avec elle. On croit savoir que c’est au sujet  de sa nouvelle femme angolaise.

2-       La clinique Biasa peut aider à confirmer ou à infirmer une tentative de suicide et à expliquer si le défunt avait réellement avalé  des produits nocifs ou non  surtout qu’une autre version qui circule dans les milieux politiques fait état de ce que Agbobli aurait plutôt pris un produit contre le diabète.

3-       Le chauffeur constitue un élément encore plus important pour la manifestation de la vérité. Où amenait-il son patron et pourquoi y faire à cette heure tardive ? Que lui a-t-il dit jusqu’à ces derniers instants ?

Selon les premiers résultats de l’autopsie, le corps ne présente aucune trace de violence. La mort serait consécutive à l’ingestion de produits toxiques. Mais les institutions sanitaires togolaises ne disposent pas de matériels capables de détecter avec précision de quels produits il s’agit. Des prélèvements ont été faits et seront mis à la disposition de la famille qui pourrait continuer les analyses ailleurs si elle le désire. Latitude lui est également donnée pour procéder à une contre expertise.

Ces résultats n’enlèvent pour l’instant rien à la suspicion qui entoure cette mort tragique.

Le pouvoir en place qui doit se sentir mal a laissé devra tout faire pour que la lumière soit faite sur cette affaire au risque de voir  ses adversaire exploiter a fond cette affaire a des fins de conquête du pouvoir.

Abass Saïb 


L’imprudent Colonel Titikpina met le gouvernement en difficulté
Alors que  les rares togolais qui avaient appris le décès  du politologue, historien s’interrogeaient sur les causes de la mort de Atsutsè,  le colonel Titikpina, faisant preuve, comme a son habitude, d’un zèle ubuesque, fit balancer un communiqué  impertinent a la TVT au nom du gouvernement. Voici les termes dudit communiqué :

«Le mercredi 13 Août 2008, aux environs de 12 heures, le Ministre Atsutsè Agbobli a été admis à la clinique B1ASSA, suite à une absorption de substances nuisibles à la santé dans le but de se donner la mort.

Après un traitement qui l’a soulagé, il s’était endormi jusqu’à la tombée de la nuit.

Contre toute attente, le Ministre Agbobli quitte discrètement la clinique hier, à 4 heures, sans prévenir le Médecin en demandant à son chauffeur de le conduire à l’Hôtel Mercure Sarakawa, après une petite escale à l’Hôtel Palm Beach. Chemin faisant, et à
100 m environ avant l’Hôtel Sarakawa, il exige et descend du véhicule pour continuer à pied.

Vu sa conduite très suspecte, le chauffeur décide de saisir aussitôt sa famille.

Alertée, la gendarmerie nationale s’est aussitôt jointe à celle-ci, en engageant immédiatement les recherches sur les lieux.

Le Ministre Atutsè Agbobli est resté introuvable jusqu’à ce jour, à l0 h lorsqu’un corps rejeté par la mer s’est révélé être le sien après identification. Le Ministre de
la Sécurité et de la Protection Civile Atcha Titikpina»

A la lecture, ce communiqué apparaît comme  une manière très maladroite de  trouver les raisons de cette mort et son auteur semble  nier ce dont personne ne l’a accusé.

Loin de convaincre qui que ce soit, le communiqué  très suspect du Colonel Titikpina  a  plutot alimenté des interrogations parce qu’il résonne comme une manière subreptice de décliner sa responsabilité dans une affaire pour laquelle il n’a été guère accusé.  Le zélé Colonel aurait dû annoncer la découverte du corps, et s’engager à mener des investigations pour faire la lumière sur cette mort tragique. En décidant de lui-même de réagir  comme il l’a fait, Titikpina  a mis le gouvernement  dans l’embarras. Et Samedi dernier son communiqué imprudent a fait l’objet d’une réunion d’urgence en présence du chef de l’Etat.  Pour l’instant, on ne saurait dire avec exactitude la mésaventure du colonel  lors de cette réunion  mais on retient  qu’il a été rappelé à l’ordre. Mais il reste à savoir si dorénavant il se fera moins royaliste que le Roi en s’enquérant de la conduite à tenir avant de signer des communiqués dont il ignore la portée.

C’est sans doute pour rectifier sa bourde  que le procureur de la république a dû faire diffuser un autre communiqué annonçant l’ouverture d’une enquête judiciaire et autorisant l’autopsie du corps. L’imprudent colonel n’est pas a son premier coup de maladresse. Lors de la tournée de Faure Gnassingbé à Tchamba au lendemain des législatives, il avait osé déclarer en présence de ce dernier qu’il  a interdit à un parti d’opposition l’accès à un lieu public confondant cette violation grave des liberté publiques à un acte de bravoure. Une chose est sûre, avec des ministres politiquement maladroits comme Titikpina  Faure Gnassingbé a du pain sur la planche.
Abass Saïb


Adébayor–Boukpéti : Deux sportifs qui portent haut le flambeau du Togo

          Coincé quelque part entre le Ghana et le puissant Nigeria, le Togo, avec sa forme effilée et longiligne est souvent ignoré. Ceux qui en Europe ou en Amérique n’ont pas une bonne connaissance de la géographie de l’Afrique ou une attache avec notre pays le confondent souvent avec d’autres. Lorsqu’on parle du Togo, certains se demandent s’ils n’ont pas affaire au Congo.

          Il a fallu que les conventions ACP-CEE portent le nom de notre capitale et que Lomé abrite des conférences internationales pour que le Togo soit connu un peu partout dans le monde.

          A partir de 1992 à 2005, le Togo était finalement sur toutes les lèvres lors des grandes conférences internationales sur l’Afrique. Malheureusement, le nom de notre pays n’était jamais cité en bien. Au plan mondial, on ne parlait du Togo que pour évoquer le déficit démocratique qui y prévalait et les hold-up électoraux dont il était le théâtre.

          Le nom du Togo revenait très souvent dans les débats pour évoquer les sanctions économiques décidées par les bailleurs de fonds contre ce pays, avec à la clé la suspension de la coopération par ses principaux partenaires en développement.

          Ces derniers temps, ce qui a fait parler du Togo, ce sont les inondations et leurs cortèges de ponts effondrés, de routes impraticables, de morts et de sinistrés.

          On en était là à gérer le drame lorsque les Jeux Olympiques ont été inaugurés à Pékin. Le Togo était représenté à cette grande compétition de haut niveau par quatre (04) athlètes. Peu d’observateurs considéraient notre pays comme un concurrent sérieux. Si on ne l’ignorait pas tout simplement, on ne parlait comme d’un petit poucet.

          Mais pour une fois, le Togo a brillé plutôt positivement. Aux Jeux Olympiques, les couleurs du Togo ont flotté dans le ciel chinois, avec la médaille de bronze remportée par Benjamin Boukpéti en Kayak monoplace. Une prouesse à l’honneur de notre pays qui, auparavant, n’avait réussi à gagner la moindre médaille aux Jeux Olympiques.

          Avant Benjamin Boukpéti, c’est Emmanuel Adébayor qui faisait la fierté de notre pays et obligeait le monde entier à parler en bien du Togo. Ce jeune footballeur est pratiquement devenu une légende vivante à Arsenal (Premier League anglais).

          En réalité, le Togo regorge de talents surtout dans le domaine sportif et culturel. Ce qui manque c’est tout simplement une politique susceptible de promouvoir les artistes et les sportifs.

          Dans d’autres secteurs, on a vu des Togolais réduits à l’anonymat dans leur pays, devenir pratiquement des stars une fois qu’ils se sont retrouvés sous d’autres cieux. Il appartient donc au gouvernement d’encourager les talents afin que l’image de notre pays soit rehaussée.
L. R.

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