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« Vu la situation déplorable dans laquelle ne cesse de s’enfoncer notre pays, depuis la fin de l’année 2007, et face à laquelle le gouvernement n’arrive pas à trouver de solutions efficaces, le PDP demande que soit procédé un profond remaniement du gouvernement en place ». Ainsi s’exprimait, le 14 août dernier à Lomé, Bassabi Kagbara, Président national du Parti Démocratique Panafricain (PDP) lors d’un point de presse qui lui a permis de dresser un sombre tableau de la vie sociopolitique et économique du Togo. Il s’est ainsi offusqué contre la hausse « inopportune avec des mesures irréalistes » des prix du carburant, l’inaction des autorités face aux conséquences des inondations et l’impunité dans le pays.
Selon M. Kagbara, le climat de crise qui prévaut dans le pays et l’évolution des cours du baril sur les marchés mondiaux ne siéent pas à une augmentation des prix du carburant. « D’abord, c’était la vie chère, ensuite la hausse du prix du ciment suivie deux semaines plus tard par les inondations. Tous ces événements ont des conséquences par cascade sur la vie déjà précaire de nos populations », a-t-il précisé. En outre, contrairement aux autres Etats, le Togo reste le seul pays, selon le PDP, où aucune mesure de circonstance n’a été prise pour alléger le poids de la cherté de la vie sur les populations. Plus grave, le gouvernement trouve le moment opportun pour augmenter les prix du carburant alors que les cours de l’or noir sont en chute continue.
Le gouvernement avait, dans la nuit du 12 août 2008, décidé de la hausse du prix des prix du pétrole à la pompe. Le lendemain, le conseil des ministres annonce une série de mesures d’accompagnement de cette hausse : allocation de 5000 FCFA comme prime mensuelle de transport à tous les fonctionnaires et agents de l’Etat et ce, jusqu’à la fin de l’année et le relèvement du SMIG et du SMAG à 28.000 FCFA.
« Le PDP trouve ces mesures trop justes, irréalistes et inefficaces car elles risquent d’avoir d’autres effets néfastes sur la vie des populations », a martelé Bassabi Kagbara.
Par ailleurs, la balkanisation actuelle du pays en 11 parties, conséquences des catastrophes naturelles, depuis le 27 juillet 2008, n’a pas laissé indifférent le PDP. Il trouve que « le gouvernement en place s’est révélé incapable à trouver des solutions rapides et idoines à tous ces problèmes ». Ajouté à cela, le « black-out entretenu autour des 41 milliards de FCFA d’emprunt obligataire 2005-2006 » et le flou de la « suppression » du FER et la messe est dite, selon le PDP. « L’équipe en place a montré ainsi ses limites et doit rendre le tablier ». Comme solution, le PDP propose la formation d’un « gouvernement de crise sur une durée de 12 mois avec un cahier de charge bien défini ».
Edem K. Assignon
Dossier : Mort d’Atsutsè Agbobli : Au delà de la thèse officielle du suicide par noyade...
Les faits
Le journaliste, politologue, historien et ancien ministre togolais Joachim Atsutsè Kokouvi Agbobli a été retrouvé mort vendredi dernier sur la plage de Lomé, en face du Foyer des Marins, dans des conditions non encore éclaircies. Le Procureur de la République de Lomé et des officiers de la police judiciaire s’étaient rendus auprès du corps nu comme un vers avec uniquement à ses pieds des chaussettes blotties dans des chaussures fermées.
Le corps portait une blessure non moins importante au front selon les constatations de notre reporter. Des sources proches de la famille attestent qu’à sa découverte, le sang coulait de la bouche du cadavre et des signes semblables à des hématomes étaient visibles sur une de ses tempes et, une partie de sa poitrine.
Tout le monde attend donc le résultat de l’autopsie demandée par le Procureur de la République de Lomé qui a requis le Professeur Napo-Koura pour la circonstance. Mais chose bizarre, d’ores et déjà, le gouvernement, sans avoir attendu une enquête judiciaire en bonne et due forme, conclu à un suicide par noyade.
La version officielle
Selon un communiqué rendu public par le Col Atcha Titikpina, le ministre togolais de la Sécurité et de la Protection civile, le 15 août 2008, le jour même de la découverte macabre, Atsutsè Agbobli a été admis dans une clinique de la capitale le mercredi 13 août 2008 aux environs de 12 heures à la suite de l’ « absorption de substances nuisibles à la santé, dans le but de se donner la mort. » « Après un traitement spécifique qui l’a soulagé, il s’était endormi jusqu’à la tombée de la nuit. Mais, contre toute attente, le Ministre Agbobli quitte discrètement la clinique le jeudi à 04 heures du matin, sans prévenir le médecin, en demandant à son chauffeur de le conduire à l’hôtel Mercure Sarakawa », précise le communiqué du Colonel Titikpina qui ajoute qu’à 100 mètres environ de l’hôtel, situé sur la plage de Lomé, il est descendu du véhicule pour continuer à pied. « Vu sa conduite très suspecte, le chauffeur a saisi sa famille » et la gendarmerie nationale alertée, a entamé des recherches sur les lieux jusqu’à ce que son corps soit trouvé vendredi vers 10 heures.
Des doutes et des zones d’ombres
Dans une République qui se respecte, chacun est appelé à respecter son rôle, et dans une affaire aussi sensible qu’une mort d’homme, de surcroît un homme politique d’envergure, les règles qui régissent la République voudraient que ce soit le pouvoir judiciaire qui situe l’opinion. Et l’on comprendra si c’était le Procureur de la République de Lomé qui se prononce. Ce que ce dernier ne fera pas de cette manière car il devait prendre le recul nécessaire avant de se prononcer, après avoir eu en sa possession des éléments scientifiques et des faisceaux d’indices pouvant lui permettre d’orienter son enquête dans telle ou telle autre direction.
Mais ici, le Colonel-Ministre s’est, visiblement, basé sur la prétendue version du chauffeur pour conclure à la thèse d’un suicide, oubliant que même si tel était le cas, les causes d’un tel acte peuvent se trouver ailleurs et des personnes insoupçonnables peuvent être impliquées.
La précipitation de cette « version politique » bien avant une quelconque autopsie du corps tendait-elle à camoufler quelque chose ? Nul ne saura répondre à ces inquiétudes quand on sait que quelque part, l’amateurisme et le zèle sont le partage de la plupart de nos gouvernants.
La version indigeste attribuée au chauffeur
A en croire le communiqué du Ministre Titikpina, le chauffeur aurait indiqué que son désormais ex-patron lui aurait demandé de le conduire à l’hôtel Sarakawa et chemin faisant, il est descendu à 100 mètres avant pour continuer à pied et c’est après qu’il s’est rendu compte de sa conduite suspecte et a alerté la famille.
C’est indigeste cette version, car le bon sens ne comprend pas comment un homme qui possède toutes ses facultés peut déposer son employeur à la plage à 04 heures du matin, l’abandonnant sur les lieux sans chercher à le suivre pour, par après, s’inquiéter de « ses comportements suspects » et venir alerter sa famille. Qu’il soit permis de douter de cette version car, on ne laisse pas un homme dans le danger et après revenir s’en inquiéter. C’est absurde.
Une première tentative de suicide ?
Selon toujours le Ministre de la Sécurité, Atsutsè Agbobli aurait absorbé « de substances nuisibles à la santé dans le but de se donner la mort ». Le Communiqué ne précise pas celui qui a indiqué au Colonel ministre que la victime « a absorbé de substances nuisibles à la santé dans le but de se donner la mort ».
A qui s’est-il confié premièrement qu’il voulait se donner la mort ? Sa famille ? Le médecin ? Si tel est le cas, pourquoi n’a-t-on pas pris des dispositions spéciales autour de lui, sachant que, celui qui a fait une crise suicidaire peut récidiver à tout moment quelle que soit l’efficacité du sédatif à lui administrer ? La clinique qui l’avait accueilli est l’une des plus expérimentées du Togo et nous pensons que s’il s’avérait qu’il a tenté de se suicider au premier abord, le médecin qui l’aurait accueilli l’aurait fait entourer des conditions de surveillance spéciales au lieu de le laisser seul dans sa chambre et constater son absence, le lendemain.
De plus, il est absurde que le gardien de cette clinique ait pu laisser sortir, à cette heure impossible du matin (04 heures) un patient hospitalisé, sans alerter l’infirmier de garde, le Médecin de garde encore moins les gardes-malades, ne serait-ce que pour vérifier si ce patient est en règle avec la comptabilité de la clinique avant de partir. Autrement dit, sa sortie à l’heure-là peut être considéré comme une fuite et suffisamment suspecte pour attirer l’attention des gardiens.
Selon la famille, Atsutsè Agbobli ne s’est pas suicidé
Des sources proches de la famille indiquent que le Président du MODENA, « n’est pas mort par suicide encore moins par noyade ». Un membre influent de la famille a précisé à notre rédaction que les produits pris par leur fils et qui ont occasionné son hospitalisation « n’étaient pas dans le but de se donner la mort mais qu’il a craint une réaction inter médicamenteuse suite à une automédication». Vrai ou faux, la suite de l’enquête nous situera. Toujours est-il que la famille n’est pas convaincue de la thèse du suicide et c’est pour cela qu’elle a exigé une autopsie du corps.
Elle se base sur un certain nombre de faits qui jettent des zones d’ombre très opaques sur cette version de suicide à savoir : la nudité du corps avec des chaussures fermées aux pieds, la présence du sang dans sa bouche, le ventre non ballonné donc absence d’eau dans les poumons et le ventre, ce sur quoi l’autopsie doit situer l’opinion de même que sur le cas des blessures sur le corps.
De plus, pour des proches de la famille, l’expérience a prouvé qu’un mort par noyade en mer est souvent rejeté au moins trois jours après, ventre ballonné, visage tuméfié et méconnaissable avec du sable dans ses cheveux et narines à des kilomètres très loin du lieu de noyade. Aucun de ces signes n’est visible sur le corps d’Atsutsè Agbobli et donc seule une autopsie sérieuse peut situer sur les circonstances réelles de ce décès.
La piste de l’assassinat est-elle exploitable ?
Aucune piste, comme dans toutes enquêtes, ne doit être écartée. Car, s’il s’avérait que le test de l’eau est négatif, c’est-à-dire qu’il n’est pas mort par noyade, alors cela veut dire qu’il est « mort » avant de se retrouver dans l’eau ou simplement sur la plage. Ce qui battra en brèche toutes les thèses officielles de suicide. Dans ce cas, cela devrait être un assassinat déguisé. Et dans de pareils cas, la première question « bête » mais efficace revient toujours sur les lèvres des juristes, « à qui profite le crime ? ».
A qui profiterait l’assassinat de Atsutsé Agbobli ?
Le désormais ex-président du Modena (Mouvement pour le Développement National, son parti politique), contrairement à ce qui serait généralement admis, est l’opposant le plus redoutable du système en place de par son expérience politique, son intelligence, sa fougue et sa connaissance du rouage politique mondial.
Son discours, il faut le dire tout haut, est essentiellement anti-occidental donc porté vers les systèmes de l’Est basé sur « un régime fort, industrialisé », sûrement à la chinoise ou à la soviétique. Une conception somme toute logique et profitable pour les Africains mais probablement « inconcevable » pour l’Occident et ses loubards. Agbobli peut être combattu au sens propre que figuré par des intérêts occidentaux à partir du moment où il se met en rang de bataille pour la conquête du pouvoir.
Pour les observateurs avisés, « il est le seul capable d’apporter à l’UFC, ce qui lui manque pour accéder au pouvoir ». Et pour appuyer cette thèse, ils n’hésitent pas à avancer son passé avec le seigneur de guerre, Jonas Savimbi de qui il garderait un riche carnet d’adresses surtout en Europe de l’Est.
Cette partie du monde est redoutée par les occidentaux qui ont la mainmise sur toute l’Afrique. Et au moment où les blocs se reforment et que la Russie se réveille aux côtés de la Chine triomphante, tous ceux qui se réclament en Afrique de ces puissances « gênantes » peuvent être écrasés comme des vernîmes.
Atsutsé Agbobli vient de rentrer de l’Est justement. Il est retour de Varsovie, en Pologne, où vit sa femme, une veuve d’un ancien Général de l’Unita qui est l’actuelle Ambassadrice de l’Angola dans ce pays.
Lors de son séjour polonais, il a encore manifesté ouvertement son admiration pour le parti de Gilchrist Olympio, l’UFC, dans une interview qu’il a accordée à notre rédaction. Avant cela, des informations persistantes circulent à propos de son positionnement comme pièce de rechange par l’UFC, au cas où la candidature de Gilchrist Olympio serait rejetée dans la perspective de la présidentielle de 2010. Et la flèche de popularité qui manquait à son arc de conquête du pouvoir sera pourvue par le parti le plus populaire du Togo. Et le tour est jouable pour un vrai changement au Togo en vue de la revendication efficace d’une victoire volée.
Avait-il pris des contacts sensibles lors de son séjour polonais en ce sens et que les bruits sont parvenus dans les officines de tous ceux qui le redoutent ? Seule une enquête minutieuse pourrait édifier l’opinion.
Et pour que le pouvoir togolais apparaisse complètement blanchi de cette affaire, il faut demander une enquête internationale pour situer les responsabilités car, comme l’a dit Atsutsè Agbobli lui-même : « un seul filet de sang évite parfois des torrents de sang et un cortège de malheurs pour un peuple. Mais, un simple filet de sang peut également peser lourd sur le destin d’un peuple, d’une nation et du monde ».
F.S. |