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La politique s’est invitée dans le drame qui frappe le Sud-Togo à la suite des inondations. Le gouvernement togolais visiblement dépassé par les événements est l’objet de railleries. Certes, la colère de la nature est inévitable mais le cafouillage qui préside à la gestion de la catastrophe dénote l’improvisation qui caractérise l’action gouvernementale. Sinon comment comprendre qu’en dépit des spécialistes météorologues et environnementalistes que regorgent nos universités, on ne puisse pas prévoir ce phénomène et se préparer à faire évacuer les populations installées dans la vallée du Zio avant que le pire n’arrive ? Témoignage de l’inconséquence au sommet, tous les ministres n’invoquent que des «instructions fermes» du Chef de l’Etat comme pour démontrer qu’ils ont été nommés pour rien, n’attendant que les ordres du Chef de l’Etat pour commencer à gambader dans tous les sens. Le gouvernement peine à prouver aux populations qu’il fait assez. Le Colonel Titikpina qui s’est rappelé ses cours de géographie au collège ravit la vedette à son collègue de l’Action Sociale Ibrahima Mémounatou.
Les politiciens n’ont pas voulu rater l’occasion. La politique étant l’art des opportunités, il n’en faut pas plus pour inciter le principal parti de l’opposition à se saisir de la situation pour attirer la sympathie des populations. L’UFC ayant fait le plein des voix dans les zones sinistrées, il était important que ses députés descendent sur le terrain pour apporter leur compassion aux populations durement éprouvées. Ne pas le faire signifierait un manque de solidarité à l’égard des électeurs. Mais comment le faire sans tomber dans la récupération politicienne ? A défaut d’envoyer une délégation parlementaire ou une équipe composée de toutes les sensibilités politiques, chaque parti politique a voulu montrer qu’il se préoccupe du sort des populations mieux que les autres.
En considération des discours politiques distillés au sein de la population, on comprend que l’inondation survenue s’avère un thème porteur en perspective de 2010, tant il est vrai que tout politicien, quelle que soit sa tendance ne perçoit à travers son compatriote qu’une machine à voter.
Le parti de Gilchrist a donné le ton en rendant visite aux sinistrés, munis de quelques sacs de maïs, de pagnes et de bidons d’huile. Avant cette descente sur le terrain qui a pris parfois des allures de campagne électorale, l’UFC a rendu public un communiqué intitulé : on ne joue pas impunément avec la vie de tout un peuple. «Plus aucun entretien des infrastructures n’est assuré. Pourtant les pouvoirs publics mobilisent des ressources importantes qu’il aurait suffi de ramener dans les circuits budgétaires légaux et d’affecter rationnellement aux actions de développement du pays sous le contrôle efficace d’institution crédibles», écrit Lawson Patrick qui ajoute que «face à cette catastrophe, le gouvernement s’agite de Conseil des ministres en Conseil des ministres, s’employant à émouvoir la communauté internationale dont il attend des ressources qui, en l’absence de tout contrôle institutionnel, seront détournés et dilapidés en toute impunité».
Pour l’UFC, «les tragédies que vivent à l’heure actuelle nos compatriotes abandonnés et livrés à eux-mêmes démontrent de façon patente à quel point des choix budgétaires désastreux privent l’Etat de moyens propres à faire face aux situations d’urgence des populations en détresse sinistrées et endeuillées et à leurs besoins réels».
Et puisqu’on ne joue pas impunément avec la vie de tout un peuple, l’UFC demande au régime RPT de reconnaître son incapacité à diriger ce pays et à s’effacer.
En conséquence, l’UFC demande la démission pure et simple du gouvernement actuel. L’UFC semble donc persuader les populations sinistrées que ce qui leur arrive aujourd’hui est la preuve que le pouvoir en place ne s’occupe pas de leur sort et qu’il leur suffirait s’ils veulent sortir de cette situation de voter Gilchrist Olympio, seul capable de régler les problèmes auxquels elles font face.
En riposte, le RPT a, au même moment, entrepris une tournée dans quelques zones inondées pour distribuer des vivres et des non vivres aux sinistrés sans oublier de se faire remarquer bruyamment.
La TVT a diffusé des images de personnes triées sur le volet faisant l’apologie du RPT et de son président chaleureusement félicités pour leur soutien aux sinistrés. On a frôlé la polémique partisane habituelle entre le RPT et l’UFC au sujet de l’inondation. Preuve que la déclaration de l’UFC a été mal perçue au niveau du gouvernement, elle a été purement et simplement censurée par les médias publics. On considère qu’en affirmant à l’avance que les vivres seront détournés, l’UFC dissuade toute aide de bonnes volontés aux populations sinistrées.
Le CAR, la CPP et la CDPA arrivés respectivement en troisième, quatrième et cinquième position lors des législatives d’octobre 2007 ont aussi réagi. Mais à la différence de l’UFC, ils ont soigneusement évité de tirer à boulets rouges sur le pouvoir.
Ainsi, le CAR «exprime sa compassion aux familles éplorées et à toutes les victimes de l’intempérie et exhorte le gouvernement à initier un fonds de solidarité, à alimenter par toutes les bonnes volontés en vue de soulager les peines des populations sinistrées».
La CPP exprime également ses compassions les plus profondes aux compatriotes victimes des inondations. Le parti, constatant que «notre pays n’est pas à l’abri des catastrophes naturelles en appelle au gouvernement afin que les meilleures dispositions urgentes soient prises pour renforcer et reconstruire dans les règles de l’art les infrastructures nécessaires pour un mieux-être des populations. La CPP invite par ailleurs les différents services concernés à cesser de délivrer des permis de construire de complaisance sur des zones reconnues fragiles».
Pour sa part, le Comité Directeur de la CDPA présente ses condoléances et lance un appel à tous les amis du Togo et aux donateurs pour porter une assistance urgente et sans conditions au Togo durement touché aux plans économique et social. La CDPA exhorte enfin l’ensemble des citoyens à faire preuve de patriotisme en évitant de tirer profit de la situation. D’autres déclarations de politiciens commencent à inonder les médias.
Abass Saïb
Inondation et «limité nationale» Alors que les drames que connaît notre pays devraient amener les uns et les autres à agir dans un élan de solidarité nationale, on constate plutôt que chaque parti privilégie son fief.
A voir les actes que posent les politiciens togolais à la suite des inondations, on serait tenté de croire que les eaux ont entériné la partition du pays, voulue et entretenue pour les besoins de la cause. La catastrophe de la vallée du Zio connaît une mobilisation sans précédent. Mais avant la vallée du Zio, il y a eu la catastrophe de Kpendjal. A l’époque, Faure Gnassingbé ne s’était pas fait prier pour descendre sur le terrain, malgré la distance qui sépare Lomé de la région des Savanes. Tous les barons originaires de la région l’avaient suivi là-bas pour apporter leur soutien aux sinistrés. Là-bas, on n’avait pas vu les responsables de l’UFC sans doute parce qu’ils savaient que cette région vote habituellement pour le RPT. En tout cas, les législatives d’octobre 2007 l’ont témoigné.
Mais lorsqu’il s’est agi de la catastrophe qui défraie aujourd’hui la chronique, Faure a survolé la zone par hélicoptère. Mais jusqu’au moment où nous mettions sous presse, il n’a toujours pas rendu visite aux sinistrés sur les sites où ils ont été installés.
On sait aussi que dans les zones inondées, on vote majoritairement UFC et les législatives d’octobre 2007 l’ont démontré. En attendant l’arrivée du candidat Gilchrist Olympio, des responsables de l’UFC ont rivalisé d’acrobaties pour impressionner leurs électeurs. Eh bien, ils sont descendus dans l’eau. Certains députés ont tellement multiplié des gestes à la limite de la séduction qu’on aurait pensé qu’ils n’hésiteront pas à offrir leur habitation aux sinistrés pour s’installer eux-mêmes dans l’eau s’ils le leur demandaient.
Même si à la différence des sinistrés, ils ont porté des bottes, ils ont ravi la vedette aux députés RPT comme pour montrer que les zones affectées sont leur chasse gardée. C’est aussi le moment choisi par la Télévision Togolaise pour médiatiser pompeusement un don de matériels médicaux offert à Kara par un député élu dans la Kozah qui n’est pas inondé. Comme quoi, chacun s’occupe d’abord des siens même si la Constitution dispose que chaque député est un élu de la nation tout entière. Qu’on ne s’étonne point dans ces conditions si les prochaines joutes électorales venaient à confirmer la partition du pays à la lumière des préoccupations partisanes affichées par les uns et les autres suite aux inondations dans le Kpendjal et la vallée du Zio.
- S.
En perspective de 2010 Agbéyomé Kodjo revendique l’héritage politique d’Eyadema Ça y est. Les Togolais sont aux portes du bonheur. Agbéyomé Kodjo qui se dit héritier politique légitime d’Eyadema a créé son parti et s’apprête à tirer les OBUTS sur le pouvoir incarné par le successeur de son protecteur défunt. Rongé par la soif du pouvoir, insatisfait des richesses énormes amassées durant le long règne chaotique du Général Président, Agbéyomé Kodjo qui ne supporte pas d’être éloigné de la marmite togolaise «gnassionalisée» a annoncé sa candidature samedi dernier.
Certains de ses anciens co-partisans considèrent qu’il plaisante, d’autres pensent qu’il a «perdu le réseau». Il paraît même que son frère de Yoto Me Agboyibo aurait longuement ri en apprenant cette sortie politique pour le moins ubuesque.
Mais «Agbey» est très sérieux. «J’étais Premier ministre dit-il et mon gouvernement avait enregistré du succès notamment auprès du FMI et de la Banque Mondiale». A moins de prendre les Togolais pour des ignares, on sait que dans aucun pays les mesures prises sous l’égide des institutions de Bretton Woods n’ont amenuisé la souffrance des populations. Bien au contraire. A preuve, Faure Gnassingbé lui aussi enregistre régulièrement mieux que lui des satisfecit de la Banque mondiale et du FMI mais le constat est là. Les Togolais continuent de tirer le diable par la queue. Mais le fait de dire «mon gouvernement», signifie que Agbéyomé Kodjo avait les mains libres pour agir. En attendant de revenir donc sur les actes qu’il avait donc posé au temps où il était Premier Ministre sur le plan des Droits de l’Homme et de la Démocratie, il faut reconnaître que Agbéyomé Kodjo a été honnête. Il a été honnête en revendiquant l’héritage politique de Gnassingbé Eyadema.
«J’en suis persuadé que si le Général Gnassingbé Eyadema était au pouvoir et que si par hasard il arrivait qu’il ne pourrait plus exercer les hautes fonctions au sommet de l’Etat, s’il devrait choisir quelqu’un pour assurer sa succession, c’est Agbéyomé Kodjo. Cet héritage politique, je le revendique moi aussi parce que en 1990 lorsque des problèmes se sont posés dans cette nation, s’il y a cinq personnes sur le plan civil et politique, qui ont aidé le Général Eyadema à rester au pouvoir à poursuivre sa marche humblement jusqu’à ce que Dieu l’appelle je fais humblement partie de ceux-là». Voilà qui est bien dit même s’il devrait expliquer pourquoi il avait pris la poudre d’escampette du vivant d’Eyadema à qui il croyait succéder.
Agbéyomé c’est donc l’élève type du Professeur Eyadema. Et s’il revendique l’héritage politique de son géniteur politique, il est donc co-responsable du désastre dans lequel son Patron et lui ont plongé le pays en sacrifiant notre génération, dilapidant les ressources de l’Etat à des fins futiles. Aujourd’hui, on parle de délabrement des infrastructures. A la suite des inondations, une dizaine de ponts ont été détruits. Et ceux qui devraient se taire à défaut de présenter des excuses au peuple pour avoir défendu bec et ongle le régime qui a fait construire des ponts défaillants, ceux-là aussi parlent en bombant le torse. Plusieurs fois ministre, président de l’Assemblée nationale et Premier ministre, Agbéyomé est une pièce maîtresse du régime qui a fait construire ces infrastructures. Et comme gouverner c’est prévoir, ils avaient donc prévu dans leur calcul qu’en pillant suffisamment le pays, quelques années après ce sera la catastrophe et que de toutes les façons ce ne sont pas leurs enfants qu’ils ont envoyé dans les grandes écoles à Londres, New York, Paris ou Washington qui le payeront. Du temps où, imbu de sa personne, le Premier Ministre Agbéyomé Kodjo défendait la gestion catastrophique de l’Etat par Eyadema en promouvant des liseurs de motion stipendiés, combien de fois a-t-il pensé à entretenir les ponts qui s’écroulent aujourd’hui ?
C’est à juste titre que l’Assemblée Générale de OBUTS a regroupé pour la plus grande part des anciens liseurs de motion et ceux qu’on désigne sous le vocable du «passif humain d’«Eyadema». C’est-à-dire des jeunes que Agbéyomé et d’autres barons du RPT encourageaient à insulter les leaders de l’opposition à dénigrer d’honnêtes citoyens, à inventer des histoires à dormir debout pour se voir gratifier de billets de banque à Lomé 2. Et puisque l’ex Premier Ministre se croit si intelligent au point de croire que les Togolais ont la mémoire courte, il ferait mieux de remplacer son emblème par une belle photo d’Eyadema pour clamer sa virginité politique afin de séduire les Togolais et les amener à voter pour lui l’héritier véritable du Général-Président qui a conduit le pays au désastre. Son fameux brûlot ne peut effacer en si peu de temps les torts qu’il a commis solidairement avec les autres barons du RPT.
Les choses ont donc changé et les bourreaux d’hier peuvent se poser en sauveurs aujourd’hui. Agbéyomé est candidat pour 2010. Lui qui avait soutenu les yeux ouverts que les Togolais sont insuffisamment alphabètes pour utiliser le bulletin unique, lui qui a tout fait pour empêcher la mise en place d’une Commission Electorale Indépendante. Lui qui avait déployé tant d’énergie à torpiller avec Natchaba tout accord politique avec l’opposition, le voilà dans ses nouveaux habits encombrants d’opposant. Depuis quelque temps, il se vantait d’être un allié politique de Kpatcha contre Faure. Curieusement, le jour où il lançait OBUTS, son colistier profitait d’un don à l’hôpital de Kara pour faire l’apologie de Faure. Que croire donc ?
A. S.
Le Ministre Agba provoque les sinistrés Lors du relogement des sinistrés frappés par le drame des inondations, le Ministre d’Etat Charles Kondi Agba qui adore parler avec de grands gestes n’avait pas trouvé mieux que de s’adonner à son exercice préféré. Improvisant un discours, il a déclaré qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Mine de rien, il a laissé entendre que si les sinistrés sont aujourd’hui victimes d’inondation, c’est parce qu’ils l’auraient cherché en allant construire dans les zones inondables. On le croirait contaminé par son collègue Bawara connu pour ses écarts de langage.
Ces propos en ces moments d’intense douleur qui ne sont rien d’autre que de la provocation ont suscité l’indignation chez les sinistrés. La vérité, c’est que le régime Eyadema, pour lequel Charles Kondi Agba a travaillé pendant de longues années et le gouvernement de Faure Gnassingbé auquel il appartient aujourd’hui n’ont aucune politique de logement fiable.
Dans les autres pays de la sous-région, l’Etat procède à la viabilisation des sites. Parfois, avant même que les populations ne soient autorisées à y construire, on procède à l’extension du réseau électrique, téléphonique et de l’adduction d’eau. Contrairement à cela, à quoi assiste-t-on au Togo ? A une pagaille totale. Face à la poussée démographique, l’Etat ne fait pratiquement rien. Conséquence, en quête d’espace d’habitation, les populations construisent un peu partout, provoquant ainsi un développement anarchique de la ville de Lomé. Chacun se débrouille comme il peut. Même les réserves administratives sont vendues au nez et à la barbe de l’Etat.
Lorsque ce qu’on a à dire n’est pas plus beau que le silence, il vaut mieux se taire. Est-ce la faute aux populations sinistrées si elles vivent dans un pays où il n’y a aucune politique de logement ? Le drame dans cette affaire, c’est qu’il y a de gros barons du régime qui sont propriétaires dans les zones inondables. Ils y ont construit de grandes maisons qui empêchent parfois l’écoulement des eaux, causant ainsi des désagréments aux autres.
Il semble que le ministre Agba parle de quelque chose qu’il ne maîtrise pas. Car contrairement à ce qu’on peut penser, certains propriétaires qui ont construit dans les zones sinistrées sont détenteurs d’une autorisation de construire en bonne et due forme. La question reste de savoir qui leur a délivré les autorisations pour construire sur un site marécageux.
Au lieu de verser dans la provocation en s’érigeant en donneur de leçon, le ministre Agba devrait plutôt faire acte de contrition parce que la solidarité gouvernementale fait de lui dans une certaine mesure aussi un responsable du drame que vivent les populations sinistrées.
L. R.
Des aides aux sinistrés détournées et vendues La pauvreté ambiante et la vie chère qui sévissent au Togo ne manquent pas de donner des idées aux gens. Leur dernière trouvaille est de tirer profit des inondations. Ainsi, afin de profiter des denrées alimentaires distribuées aux sinistrés, certains individus qui ne sont pourtant pas frappés par les inondations jouent aux sinistrés. Après avoir quitté leur domicile, ces «sinistrés alimentaires» ont réussi à se tailler une place sur les sites de relogement où, non content de bénéficier des vivres distribués au même titre que les vrais sinistrés, ils se livrent à toutes sortes de trafics. D’autres, afin d’engranger le maximum de vivres se présentent plusieurs fois sous des faux noms lors de la distribution des vivres.
C’est ainsi que des sacs de riz destinés aux sinistrés se retrouvent sur les marchés en ville, en train d’être vendus. Un devoir de vigilance s’impose donc pour démasquer ces profiteurs et démanteler le réseau de détourneurs. Si rien n’est fait pour les mettre hors d’état de nuire, on a beau mobiliser la communauté internationale, on a beau injecter d’importantes sommes d’argent dans les secours alimentaire, les vrais sinistrés ne verront pas leurs problèmes de subsistance réglés.
L. R. |