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Les inondations et les gouvernants togolais : Plusieurs réunions extraordinaires, mais peu de mesures concrètes

Liberté Hebdo #387 du 1 aout 2008

Samedi le pont d’Amakpapé s’est effondré, coupant la Nationale n°1 en deux et libérant ainsi les eaux qui ravagèrent tout sur leur passage. Lundi et mardi, c’était le tour de plusieurs autres axes routiers : Hahotoé-Kpémé, Tsévié-Tabligbo, Tsévié-Kévé, Lomé-Tsévié, et ferroviaires : Hahotoé-Kpémé, Lomé-Tabligbo et Lomé-Blitta de passer à la trappe. Sept (07) ponts ont rompu et les eaux ont fait le reste, inondant toute la vallée des fleuves Zio et Haho. Mercredi deux autres dont celui d’Adétikopé sont venus s’y ajouter.  Kégué, Attiégou, Adakpamé… sont touchés. Les localités sont coupées les unes des autres. Au sein des populations, c’est le sauve qui peut, la désolation totale. Devant un tel désastre, les Togolais attendaient un geste fort des gouvernants. Mais la désolation est plus grande après les deux conseils des ministres improvisés des mardi et mercredi et les réunions de crise.

Des réunions presque ... inutiles
Mardi, le gouvernement s’est retrouvé autour de Faure Gnassingbé en un conseil des ministres, pompeusement baptisé d’extraordinaire. Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est à peine que le sujet des inondations et des effondrements de ponts s’est invité dans les débats. Au moment où les populations luttaient pour éviter de se noyer, Faure et les siens ont parlé finances, économie…Ce n’était que partie remise, s’était-on dit.


Le lendemain, un autre conseil a été tenu. Les populations étaient de toute ouïe. A certains Togolais qui attendaient le secours pour être sauvés de la noyade, s’adjoignent d’autres qui espéraient des abris après que les eaux les ont renvoyés de chez eux. Mais  tous n’ont que leurs yeux pour pleurer. La déception semble plus grande que la désolation causée par les eaux elles-mêmes.

Hier une réunion de crise a été improvisée, présidée par le premier des Togolais. Le Chef de l’Etat a encore donné des « instructions fermes », à en croire le ministre Pascal Bodjona de l’Administration territoriale, de
la Décentralisation et des Collectivités locales.

Trois réunions successives, mais rien à mettre sous  la dent.

Du préventif, au lieu du concret
C’est notoire qu’un mal qui se déclenche n’a plus besoin de vaccin, mais de sérum pour guérir. Mais cette assertion ne semble avoir aucun sens chez nos gouvernants. Faure Gnassingbé, Komlan Mally et compagnie ne semblent s’éprendre que de mesures préventives, au lieu de dispositions urgentes pour parer au plus pressé. Le communiqué sanctionnant le conseil des ministres de mercredi en dit long.
«…Face à ces intempéries, et dans le but d’éviter que les populations ne soient, à chaque fois surprises, le gouvernement envisage de mettre en place deux niveaux d’alerte :

1°- Alerte de précaution :
Il s’agit d’informer les occupants de ces zones géographiques inondables de disposer de stratégies de départs progressifs vers des zones plus sécurisées. Dans ce cas, l’organisation revient aux individus, aux collectivités, aux communes et au gouvernement ;

2°- Alerte d’évacuation
Dans ce cas de figure, il s’agira pour le gouvernement, d’évacuer les populations lorsqu’il juge la situation très préoccupante sur rapport et avis des services techniques et des experts qui suivent l’évolution du phénomène.

Devant une évolution climatique qui impose une nouvelle approche d’analyse des phénomènes atmosphériques, le gouvernement a décidé de mettre à la disposition de la météorologie nationale et des stations de mesure réparties sur le territoire, des services techniques, des centres de recherches impliqués dans la dynamique du climat, les moyens nécessaires pour se doter d’outils modernes de prévision à savoir entre autres :

- des planches graduées pour évaluer à tout moment le niveau des eaux ;
- du matériel de relevé pluviométrique ;
- un hélicoptère pour établir une carte des zones sensibles et vulnérables.

Toutes ces propositions ont pour but de permettre au gouvernement de prendre des mesures urgentes, notamment la mise en place d’une cellule interministérielle de suivi et de veille dès que la situation l’exige.

A cet effet, le gouvernement instruira les préfets et les autorités locales sur les risques liés aux inondations et les dispositions urgentes à prendre dans les préfectures et les sous-préfectures ».
En somme des mesures sur le long terme, permettant de prévenir de telles catastrophes à l’avenir.

Un gouvernement peu responsable

Les inondations qui se produisent sont certes un phénomène naturel. Mais le régime ne saurait être dédouané  devant leur survenue. Les dommages qu’elles causent auraient pu être minimisés. Avant d’entamer l’examen de l’ordre du jour établi, le conseil de mercredi a d’abord écouté les différentes commissions interministérielles mises sur pieds par le Chef de l’Etat et coordonnées par le Premier ministre. « De ces rapports, il faut noter que sur les trois stations d’observation installées à Atakpamé, Tabligbo et Lomé, il ressort que depuis l’année 2000, on constate une hausse des précipitations, concentrées sur des durées de plus en plus courtes, favorisant des inondations », a informé le conseil des ministres.

Devant cette information, la question qui saute tout de suite à l’esprit, est la suivante : qu’est-ce que le régime a fait de ces informations ?

Apparemment, rien ! Le peuple n’arrive pas à s’expliquer  que le gouvernement ait dormi sur ses lauriers malgré ces alertes. Le bon sens recommande d’anticiper sur le pire devant cette sonnette d’alarme. Sous d’autres cieux, les gouvernants auraient pris des mesures préventives pour éviter le pire. Ils n’attendraient pas que l’irréparable se produise avant de réagir, comme on le fait sur
la Terre de nos aïeux. Et quelles réactions encore? On multiplie les conseils des ministres pour donner l’illusion de compatir aux souffrances des populations, prend quelques mesures préventives et crie à l’aide vers l’extérieur.

Les Togolais ne sont pas moins estomaqués de cet attentisme du pouvoir en place quand ils font le parallèle avec une récente annonce sur la pluviométrie sous régionale. En effet des experts en météorologie avaient il y a quelques  mois, alerté que les prévisions annoncent une pluviométrie assez abondante sur toute l’Afrique de l’Ouest. Voilà qui aurait suffi pour pousser le gouvernement togolais à prendre des mesures préventives, afin d’éviter le pire. On aurait juste renforcé ces nombreux ponts qui datent de mathusalem qu’ils ne s’effondreraient pas aussi facilement comme on y assiste aujourd’hui ; on aurait pu mettre la puce à l’oreille des populations de ces vallées de Zio et Haho sur l’éventualité d’inondations qu’elles auraient pris des dispositions et on limiterait ainsi les pertes en vies humaines et dégâts matériels qu’on enregistre. Deux informations qui auraient donc pu leur faire bouger le cul. Ce qui fait concevoir l’attitude du régime de Faure Gnassingbé comme une punition infligée aux populations, pour ne pas le porter dans son cœur.

Tino Kossi


Sans détour : Inondation : Pas de grandes décisions
« Le propre de la sagesse et de la vertu est de gouverner bien ; le propre de l’injustice et de l’ignorance est de gouverner mal » (Platon, La République)

Actuellement, le Togo fait face à une catastrophe naturelle sans précédent. Plusieurs fleuves sont sortis de leur lit et ravagent tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. Champs, habitations, vivres et non vivres, bétails et parfois des humains sont emportés par les eaux en furie. C’est la désolation un peu partout dans la région maritime. La ville de Tsévié est coincée au milieu: impossible d’aller vers Notsè, impossible de se diriger vers le Yoto, impossible de se tourner vers Kévé, impossible de venir à Lomé. A tous ces endroits, les ponts ont cédé aux vagues, rendant les axes routiers complètement impraticables. Quant aux populations de Yoto, elles n’ont pour seule solution que de faire des détours par Aného. Là aussi, rien n’est assuré puisque les titans de WACEM ont sérieusement endommagé la partie de l’axe comprise entre Tabligbo et Aného. Même situation dans le Vo alors que le village de Djagblé, pourvoyeur de Lomé en légumes, est bloqué de part et d’autre. C’est aussi l’enfer pour les populations de Togo 2000, Kélégougan, Kanyikopé, etc. Impuissantes, elles le sont face aux eaux qui détruisent et emportent leurs œuvres de tant de jours.

Pour apprécier l’ampleur du sinistre, les autorités togolaises ont dû survoler la région en hélicoptère. Les images que montre la télévision nationale qui est témoin de ces explorations aériennes, sont atroces. C’est toute la région qui est submergée. Ne dit-on pas qu’il faut proposer aux grands maux les grands remèdes ?

Depuis que la rupture du pont d’Amakpapé a donné le ton à la catastrophe, les gouvernants se sont empressés de créer des commissions interministérielles et ont tenu deux conseils des ministres extraordinaires. On sait certes que l’assistance de la communauté internationale est sollicitée lors d’une rencontre qui s’est déroulée entre le gouvernement togolais et les représentants des différents partenaires du Togo. Ce qui est d’ailleurs normal. Mais les mesures urgentes que le gouvernement même devra prendre se font désirer. Beaucoup de discours, moins d’actes. Au conseil des ministres de mercredi, le gouvernement s’est une nouvelle fois inscrit dans la logique des solutions préventives alors que le ravage continue. Tout ce qui a été proposé jusque-là devrait être fait avant le début de la saison pluvieuse, surtout qu’on savait que « depuis l’année 2000, on constate une hausse des précipitations, concentrées sur des durées de plus en plus courtes, favorisant des inondations ». Gouverner c’est prévoir, dit-on. Et on n’« envisage » pas en cas de crise, mais on agit, messieurs les gouvernants. Après cette déception dans le communiqué récité par le ministre des journalistes, on a assisté à une offensive de certains ministres. D’abord, c’est celui de
la Sécurité et de la Protection civile qui a dû retourner à ses cours de géographie pour nous situer les zones inondées. La seule information à retenir, c’est qu’il y a eu trois morts à Kovié (Zio). Après le colonel vint le Physicien ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration régionale. Ceux qui ont cru qu’il avait quelque chose de nouveau à apporter ont déchanté. Ce fut le même discours de « désolation ». Et puis, le néant. Quant à la ministre de l’Action sociale, elle n’était pas venue sur le plateau de la TVT. Elle était sur le terrain, enfermée dans la vision galvaudée qu’elle a de son département. Elle l’a réitéré aux populations visitées. Elle a semblé dire que l’action sociale s’occupe de la distribution des nattes et autres «sur instructions personnelles du chef de l’Etat » et que ceux qui s’occupent des ponts sont là. Qui dit mieux ?
Zeus Aziadouvo


Election présidentielle de 2010 : Gilchrist Olympio donne toujours la frousse au pouvoir en place
Du 18 au 19 juillet 2008 s’est tenu à Lomé sous la direction de son Président national, le deuxième congrès ordinaire de l’Union des Forces de Changement (UFC). A l’issue de cette assise, les délégués ont eu à choisir leur candidat pour l’élection présidentielle à venir. Il n’est plus un secret pour personne que c’est Gilchrist Olympio qui briguera la magistrature suprême pour le compte de son parti en 2010.

Dès la publication de cette information, les spéculations sont allées bon train, tant dans le camp du parti RPT au pouvoir qu’au sein de la  population, même parmi certains militants et sympathisants du principal parti de l’opposition où beaucoup s’attendaient à une surprise que constituerait un probable effacement du Président national au profit de l’un de ses plus fidèles lieutenants. Mais c’est mal connaître le personnage qui, d’une part est un homme « têtu » par nature, et de l’autre, un homme qui tient tant à voir le Togo devenir un Etat respectable et respecté dans le concert des nations, convaincu que le pays en a les arguments aussi bien que les moyens.

Pour les militants et sympathisants du parti qui s’attendaient à une agréable surprise, Gilchrist Olympio serait un homme fatigué. « A cet âge, on n’a plus l’énergie nécessaire pour ces genres de mission », avait déclaré un peu déçu, un sympathisant du parti. Pour d’autres, « son combat est terminé avec le décès du Gal Eyadema en février 2005 ». D’autres encore, plus nuancés et qui s’y connaissent en politique, pensent que « cette candidature ne viserait qu’à mettre la pression sur le pouvoir, afin qu’il engage les réformes institutionnelles et constitutionnelles recommandées par l’APG ». Une sympathisante de l’UFC qui a toujours
voté « Détia » jusqu’ici sans aucune matérialisation effective des victoires successives volées par le camp d’en face, nous a, pour sa part, confié toute révoltée : « Avec le maintien encore de Gil comme candidat de l’UFC, moi je ne vais plus voter pour ce parti, car c’est de lui que le RPT a peur et ne veut pas laisser les élections se dérouler de manière transparente. Il pouvait s’éclipser pour laisser la place à un autre, puis se limiter au rôle de conseiller ! ».

Justement le mot est lâché. Peur ! Effectivement dans le camp du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), on n’est pas du tout surpris du choix de Gilchrist comme candidat de l’UFC. Pour beaucoup d’entre eux, c’est le contraire qui aurait été une surprise. Dans la tête de ceux qui sont positionnés autour de la mangeoire dont ils ne veulent pas décrocher et qui ont toujours pensé qu’on arrive au pouvoir pour s’enrichir, leur argument majeur serait toujours que Gil demeure animé d’esprit de vengeance vis-à-vis du défunt Général et partant, vis-à-vis de ses rejetons qui ont pris sa relève. C’est dans leur tête et ils n’hésitent pas à le mettre dans la bouche du leader de l’UFC, même si ce dernier a eu à plusieurs reprises à écarter cet esprit revanchard qu’on lui attribue.

Déjà à entendre certains Rptistes évoquer l’âge de Gilchrist, c’est tout comme s’ils regrettaient dans leur tripatouillage, de n’avoir pas plafonné l’âge des présidentiables au Togo. Le pouvaient-ils avant la date fatidique du 5 février 2005 qui a introduit au Togo la catastrophe nationale, sans pénaliser le Président fondateur du RPT ? Etant donné que la constitution n’a prévu nulle part qu’à 74 ans (Gil les aura en 2010), aucun Togolais ne saurait postuler pour le poste de Président de
la République, nous ne voyons pas pourquoi dans le camp adverse, les gens sont tant préoccupés par l’âge du Leader de l’UFC. Tout Togolais remplissant les conditions d’éligibilité prévues par notre constitution est libre de postuler à la magistrature suprême.

Au Togo, il y a même pire qu’une régionalisation du pouvoir politique ou une « ethnisation ». Il faut même dénoncer et craindre une «familiarisation » du pouvoir politique. Le Togo n’est pas la propriété d’une famille et des gens « s’amusent sérieusement » à peindre le portrait des différents Gnassingbé qui se succéderont après Faure. S’agit-il d’un simple effet d’annonce pour tester le pouls des Togolais ou d’un plan bien ficelé ? On attend de voir. Mais en attendant, il n’est pas inutile de lancer à l’endroit de ceux-là, à qui la candidature de Gil donne à chaque fois de l’insomnie, que pour souhaiter légitimement ne pas voir Gilchrist Olympio comme candidat à la présidentielle, le bon sens voudrait que les Gnassingbé également fassent le vide pour coller la paix à ce peuple qui aspire à vivre dans une certaine quiétude. Quel Togolais honnête et lucide ne verrait pas d’un bon œil, et les Olympio, et les Gnassingbé vider le plancher au Togo pendant au moins quelques années pour laisser vivre ce peuple tranquillement ?

Pour notre part, nous étions de ceux qui pensaient que Gilchrist ferait bien les choses en s’éclipsant pour positionner un autre candidat, même si, c’est une femme. Mais en tant que citoyen, nul ne saurait lui refuser ce droit. Cela aurait été fantastique à un moment où les femmes ont le vent en poupe sous d’autres cieux et dans les affaires politiques. Et des femmes battantes, des femmes de poigne, l’UFC n’en manque pas.

S’il était permis aux Togolais de rêver, ils rêveraient  bien et même très bien, en voyant Gilchrist élu en 2010, puis le voir surprendre agréablement, ceux qui ont toujours vu en lui, une volonté de prendre sa revanche, commençant sa politique des grands travaux et de reconstruction nationale par le nord du pays et notamment par le village de Pya. Là, il commencerait par faire tomber la grande muraille, pas de Chine mais de Pya qui barre la vue des voyageurs traversant la Kozah en direction du grand nord. Ainsi Gil ferait détruire les taudis de Pya pour reconstruire aux populations dudit village longtemps abandonnées dans ces modestes habitations, de belles maisons modernes en bordure du château de Pya, en remplacement de ces taudis dont on cachait la vue aux voyageurs. Cela, Houphouet-Boigny
l’avait fait chez lui à Yamoussoukro et avec de très larges et belles avenues. N’est-il pas permis de rêver parfois ? 

A.S

 
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