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L’intransigeance de la hiérarchie militaire face aux braquages : Plus d’une trentaine d’éléments des forces de sécurité et de défense détenus à la Prison de Lomé Depuis quelques années, les populations togolaises sont victimes des braquages et des vols à main armée. Les conducteurs de taxi-moto sont ceux qui payent le lourd tribut.
Aujourd’hui, les autorités togolaises ne font plus de cadeau aux malfrats quel que soit leur rang social. L’actuel haut commandement de la gendarmerie, de la police et des forces de défense donne le bon exemple en sanctionnant ceux des leurs impliqués dans des braquages et autres crimes. Tolérance zéro pour les éléments des forces de sécurité et de défense reconnus coupables d’infractions.
C’est ainsi que plus d’une trentaine d’agents de sécurité et de défense sont actuellement détenus à la prison civile de Lomé. Ils sont incarcérés et connaissent le même sort que les civils. « Ce sont des gens qui sont impliqués dans des braquages et autres vols à main armée. Ils profitent souvent de leur temps de repos pour commettre ces forfaits alors que ce sont eux qui devraient en principe assurer la sécurité des populations. La hiérarchie militaire est intransigeante et les sanctionne durement. A ceux-ci s’ajoutent les réformés qui organisent les réseaux », explique une source proche du dossier.
Selon certaines informations en notre possession, ces détenus fomenteraient un projet de destruction du centre pénitentiaire aux fins de s’échapper. Ces rumeurs seraient prises au sérieux par l’administration qui veille au grain.
R. K.
Mauvaise gouvernance des sociétés d’Etat au Togo : L’ICAT victime de détournement de 100 millions de cotisations sociales du personnel Les ruses pour s’enrichir sur le dos de ceux qui tirent le diable par la queue n’en manquent pas au Togo. C’est ainsi que tous ceux qui ont une parcelle de pouvoir de décisions dans le pays s’emploient à merveille à ponctionner non seulement les travailleurs au SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) faible mais aussi l’économie nationale à l’agonie. C’est bien le cas de ce qui s’est passé à l’Institut de Conseil et d’Appui Technique (ICAT) entre février 2004 et juillet 2007. Il est établi la volatilisation de plus de 100 millions F CFA de cette société d’Etat.
En réalité, cette somme constituait les cotisations sociales du personnel que l’ICAT devrait en principe reverser à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS). Mais pour des raisons encore non élucidées, cette somme a atterri ailleurs que sa destination initiale. Comment en est-on en arrivé là pour que les vieux jours des agents contractuels qui, sous la pluie ou sous le chaud soleil arpentent les monts et vallées ou encore mordent de la poussière sur les pistes rurales et les routes cabossées, soient en voie d’être hypothéqué ? Telle est la question que se posent nombre de Togolais qui connaissent cette société d’Etat et les conditions de travail de ses agents.
En effet, le Trésor public togolais qui versait les cotisations sociales à la CNSS, a fini par accumuler des impayés à cette institution de la prévoyance sociale entre 1999 et janvier 2004. C’est ainsi qu’à la suite des négociations entre la Direction de l’ICAT et le Trésor public, il était convenu entre les parties que désormais l’intégralité du salaire à savoir 16,5 % des charges patronales de l’employeur et le salaire brut du personnel soient alloués à l’Institut tous les mois. « C’est pour pallier à un certain nombre de problèmes que le Trésor public a accepté de déléguer à l’ICAT des fonds correspondant à la totalité de ses charges salariales avec l’obligation pour celui-ci de verser les cotisations sociales à la CNSS tous les mois », a-t-on appris de sources syndicales. Il revient à l’ICAT alors de reverser les 16,5 % et les 4 % prélevés sur le salaire brut du personnel soit un total de 20,5 % de cotisations sociales à la CNSS tous les mois. Mais il a été constaté la disparition de plus de 100 millions de francs CFA correspondant à seize (16) mois de cotisations sociales qui n’ont jamais été reversées à la CNSS comme il était convenu entre les parties.
Le pot aux roses a été découvert lors de la passation de service entre les DAF (Directeurs Administratifs et Financiers) MM. Tchassanti Ouro-Bodi, le sortant et Tèkoé Fogan, l’entrant. Il faut souligner qu’entre-temps, Dr. Odou, Directeur général de l’ICAT a été saisi par un rapport de la Cellule Audit Interne et Contrôle de Gestion de l’institut à en croire une correspondance datée du 15 septembre 2007 du Collectif des Agents Contractuels de l’ICAT adressée au Ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, sur la gestion catastrophique des fonds reçus du Trésor public et le non versement des cotisations à la CNSS. L’on note également que durant cette période, la dotation de carburant aux agents de terrain (Conseillers Agricoles) qui est de dix (10) litres par mois n’a pas été régulière. Même situation pour les Directions de Délégation Régionale qui étaient sevrées de fonds de fonctionnement. La gymnastique comptable était mise à contribution afin de camoufler la malversation financière. « Notre Directeur Général s’est identifié au DAF et à la comptabilité au titre de se sentir directement offensé par toute remarque d’amélioration faite à la comptabilité. Ce climat de travail délibérément institué par notre Directeur général a laissé le champ libre au DAF qui a instauré une gestion financière anarchique en toute impunité et au mépris de toutes les règles de procédure comptable et financière de l’Institution, qui s’est soldé par le détournement de cent millions de nos cotisations sociales », a écrit le Collectif au Ministre.
Cette situation lamentable a été rendue possible selon nos investigations par une défaillance organisationnelle. La preuve, le poste de Chef de Division Comptabilité et Finances pourtant prévu n’a pas été pourvu. Ainsi, M. Tchassanti a cumulé et le poste de DAF et celui de Chef Division Comptabilité et Finances. De ce fait, ce dernier avait les mains libres sur les Finances de l’Institut. Ainsi, il ordonnait les dépenses et les exécutait en toute liberté et en complicité avec le Directeur général. Le DAF alors stagiaire aurait été propulsé à ce poste par le DG au moment où ce poste était vacant pour cause de départ volontaire de son titulaire, à en croire des témoignages. Il faut souligner qu’entre-temps, le DAF a été démis de son poste et avant l’entrée en fonction du nouveau, le Directeur Général s’était empressé de nommer un Chef Division Comptabilité et Finances. «Pourquoi a-t-on attendu jusque là alors que ce poste était indispensable et constituait un garde-fou dans le système de gestion d’entreprise ? », se demande-t-on.
Contacté sur la question, Dr Odou a déclaré que la Direction générale ne se voit coupable de rien. « Je crois que nous n’avons rien détourné au sein de l’ICAT. Nous sommes tranquilles. On n’a rien détourné. C’est une situation qui s’est déjà posée et nous avons éclairci le problème au sein du ministère et les responsables du ministère ont compris que ce n’est pas un détournement », a-t-il répondu. « Donc, je crois qu’aujourd’hui si quelqu’un se met à dire que la direction générale a détourné et qu’on va publier un article, vous pouvez publier cet article. Nous sommes là. Nous allons répondre à qui de droit », a-t-il menacé.
La résignation des agents de l’Institut que l’on a contactés est d’autant plus grande du fait que le Collectif et le syndicat des encadreurs qui ont fait le déplacement du Cabinet se sont tus. « Cette réunion a certainement eu de l’effet sur nos représentants. Sinon, nous ne comprenons pas pourquoi ils se sont réfugiés dans ce mutisme notoire et coupable. Et pire, c’est l’abandon suspect des réclamations qui n’ont pourtant pas trouvé de réponses. Ont-ils été menacés, intimidés ou même corrompus ? Seul Dieu sait ce qui se passe. Mais, à ce que je sache tout cela mine cette affaire. Et par dessus tout, c’est nous qui sommes pénalisés par des personnes véreuses. Tout ce que nous voulons, c’est qu’ils fassent tout pour reverser nos cotisations sociales pour nos vieux jours », a confié un agent qui a requis l’anonymat de peur de s’attirer la foudre de la Direction générale.
Il faut souligner que l’ICAT est un institut créé en 1999 et placé sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche. Il a pour mission de vulgariser l’agriculture au Togo. Affaire à suivre Didier LEDOUX
Sans détour : L’éternelle résignation « En se résignant, le malheureux consomme son malheur » (Honoré de Balzac, César Biroteau)
Les livres d’histoire nous enseignent que le premier Président du Togo, Sylvanus Olympio, était un homme populaire, adulé par les populations et que c’est fort de cette assurance qu’il n’avait pas jugé utile de renforcer la sécurité autour de lui. Il n’avait jamais pensé que quelqu’un pouvait attenter à sa vie. C’est pourquoi il aurait balayé d’un revers de la main les informations de son ministre de l’Intérieur sur un probable renversement de son régime. Il croyait que les Togolais qui l’estimaient, allaient se mobiliser si quelqu’un touchait à son cheveu. C’est ce que nous lisons dans certains livres d’histoire. Mais quand il fut assassiné au petit matin du 13 janvier 1963, cette mobilisation n’eut pas lieu. Les populations avaient accueilli la nouvelle sans grand bruit. Au fil des années, elles se sont accommodées du nouveau pouvoir de Nicolas Grunitzky, puis de celui de Gnassingbé Eyadema. Ce détour pour dire que le peuple togolais est un peuple qu’on ne comprend pas, qui, tout en boudant publiquement une situation, l’accepte, encaisse sans broncher.
C’est sous le règne du Général Eyadema que les populations togolaises ont été le plus abruties. Pendant plusieurs années, elles ont dansé et chanté pour un pouvoir « gentil » le jour et répressif la nuit. C’est à la Conférence nationale souveraine de 1991 qu’elles seront informées des pires atrocités commises par le régime du « Père de la nation ». L’histoire des sorciers Kabyè déportés dans le Kpendjal, l’affaire de Kazaboua, les répressions liées à la politique de la protection de l’environnement, etc. Après les courageuses manifestations qui ont permis d’enclencher le processus démocratique, les Togolais n’ont pas pu supporter la terreur. Ils n’ont rien fait quand la soldatesque a tenté plusieurs fois de renverser les institutions de la transition qui avaient pourtant reçu l’adhésion populaire. Le massacre de Fréau Jardin en janvier 1993 et « l’immigration choisie » de certains leaders politiques les ont fortement entamés. Ils ont dû passer plusieurs années de silence, de jérémiades, de douleurs. Ce n’est qu’après le trépas du « baobab » qu’ils ont pris part à des manifestations publiques pour le retour à l’ordre constitutionnel. Fermons cette parenthèse.
En réalité, les populations togolaises adoptent une attitude surprenante quand leurs intérêts sont mis en cause. Elles crient, elles gémissent et puis, elles s’adaptent à la situation créée. Parfois, certaines d’entre elles allaient remercier le chef de l’Etat pour avoir augmenté les prix d’un produit donné. En 2004, le Général-président avait, de façon unilatérale, revu à la hausse les prix des produits pétroliers. Pour protester contre cette situation, certains syndicats et partis politiques avaient organisé une marche pacifique. Quelques jours plus tard, des associations et syndicats proches du RPT s’étaient rendus en grand nombre à Lomé 2 pour louer le maître des lieux pour cette clairvoyance. Or, la mesure pénalisait tout le monde.
C’est souvent ce silence complice des Togolais qui fait que les gouvernants ne les consultent pas avant de prendre ses décisions. Depuis que ce phénomène de la cherté de la vie a éclaté, ils se complaisent dans leurs lamentations et continuent de tirer le diable par la queue. Le gouvernement rechigne à réduire les taxes sur les produits de première nécessité bien que les économistes et autres spécialistes le trouvent réalisable. Pour démontrer son mépris envers ce peuple «sommeillant», il vient d’augmenter de manière exagérée les prix du ciment. Suivront bientôt d’autres produits. Mais les populations ne réclament et ne réclameront rien. Elles sont devenues les partisans du stoïcisme béat : « Homme, supporte et abstiens-toi ». Alors qu’il est connu de tous que « la vie est un combat ». Au Niger par exemple, les organisations de la société civile ont réussi à contraindre les députés à ranger dans les placards un projet d’augmentation de leurs indemnités. Actuellement, elles multiplient les manifestations contre la vie chère. Mais au Togo, c’est l’éternelle résignation.
Zeus Aziadouvo |