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De la hache de guerre à la coupe de paix : Vers un rapprochement UFC-CAR ?

Golfe Info #414 du 1 Juillet 2008

« Gilchrist Olympio m’a téléphoné aujourd’hui à dix heures et a demandé qu’on se rencontre pour discuter d’un certain nombre de choses». Ces propos tenus dimanche 29 juin 2008 par Me Yawovi Agboyibo, le leader  du CAR (Comité d’Action pour le Renouveau), sonnent d’après certains observateurs comme le début de normalisation des relations tumultueuses entre ces deux personnalités de l’opposition togolaise.

Pour d’autres encore, ces déclarations du « Bélier noir » sont de nature à redonner espoir à ceux qui, pendant longtemps, ont souhaité un rapprochement entre les deux partis les plus en vue de l’opposition togolaise. Mais, à écouter l’ancien président de la CNDH (Commission Nationale des Droits de l’Homme), son parti ne se sent pas encore tout à fait prêt à discuter avec la formation de Gilchrist Olympio. « Le leader de l’UFC et moi avons échangé mais au CAR, nous ne sommes pas dupes et nous ne pouvons pas croire facilement à certaines choses. Nous attendons de voir », a-t-il laissé entendre, visiblement méfiant.

Il faut signaler que ce contact entre les deux ténors de l’opposition togolaise est le premier du genre depuis le 16 septembre 2006, date de la nomination de Yawovi Agboyibo au poste de premier ministre après la signature de l’APG (Accord politique  global) le 20 août 2006 à Lomé. Cette nomination n’a pas été du goût de l’UFC (Union des Forces de Changement) qui n’a pas participé au gouvernement du « bélier noir de Kouvé » sous prétexte de n’avoir pas été consulté. Plus encore, les responsables du «Détia» avaient qualifié de «satellites» les partis qui ont pris part au gouvernement d’union nationale, dont le CAR de Me Agboyibo et la CDPA du Professeur Gnininvi. Dès lors, les deux formations qui, en avril 2005, se sont constituées avec quatre autres partis de l’opposition togolaise en coalition pour affronter Faure Gnassingbé à l’occasion de l’élection présidentielle, sont entrées dans une phase de divorce. La division entre les deux partis sera encore plus visible lors de la campagne des législatives du 14 octobre 2007, chacun accusant son prochain de lui faire des « coups bas » en le dénigrant auprès des populations.

Me Agboyibo accusera plus tard le parti du « détia » de ne pas respecter l’esprit de l’APG en demandant un dialogue exclusif RPT-UFC. A cela s’ajouteront les divergences de vue sur la question de statut de l’opposition. Le CAR estime que le schéma politique national n’admet pas la création d’un poste de chef de l’opposition. Ce que soutient par contre l’UFC avec ses 27 députés. Mais, après la déculotté du 14 octobre 2007, dans son message  de nouvel an, Gilchrist Olympio a souhaité la création d’une union entre les partis politiques de l’opposition. Il a réitéré ce voeu lors d’une récente conférence de presse, indiquant que son parti a adressé des correspondances aux partis frères et attend toujours leurs réactions. C’est  dire peut être que le leader de l’UFC veut à présent se draper du manteau de rassembleur que d’aucuns lui avaient nié. C’est ce qui explique peut être aussi sa décision de renouer les contacts avec le président du CAR. Mais encore faut-il que le « bélier noir de Kouvé » soit disposé à discuter avec lui. Le fait étant qu’au sein du CAR on prête à l’UFC l’intention de vouloir abuser du soutien des autres pour les anéantir.

D’après certains observateurs  de la scène politique togolaise, la présidentielle de 2010 avance à grand pas et les deux ténors de l’opposition togolaise ont intérêt à s’entendre afin de trouver ensemble la formule avec laquelle ils peuvent éventuellement vaincre la machine RPT, en place depuis 40 ans.

C’est également le vœu de la CDPA-BT (Convention Démocratique des Peuples Africains Branche Togolaise) qui, au cours de sa première conférence de presse le mardi 10 juin dernier, a appelé à la création du MFAO (Mouvement de la Force Alternative de l’Opposition) pour faire parvenir la démocratie au Togo.
Rodolph Tomegah


Reformes constitutionnelle et institutionnelle : Me Agboyibo ne jure que par l’APG
«La Bible ou le Coran des Togolais, c’est l’APG ». Voici résumée en une phrase, la position du président du Comité d’Action pour le renouveau (CAR), Me Yaovi Agboyibo à propos des réformes institutionnelle et constitutionnelle prévues par l’Accord politique global (APG) signé le 20 septembre 2006 à Lomé. Selon lui, le consensus qui a prévalu au lendemain de cet accord et qui devait prévaloir après les législatives d’octobre 2007, est sacrifié sur l’autel du système majoritaire.

Sans langue de bois, l’ex président du dialogue intertogolais tient le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), vainqueur des législatives de l’année dernière, responsable de l’impasse. Il lui reproche son excès d’enthousiasme qui s’est traduit, d’après lui, par la proclamation hâtive de sa victoire le 11 novembre 2007.

D’une façon imagée, Me Yawovi Agboyibo a comparé le processus démocratique en cours au Togo à un match de football dont la première partie  a été caractérisée par la définition des règles du jeu, notamment la signature de l’APG ayant conduit aux législatives du 14 octobre 2007. Malheureusement, a –t-il déploré, avant l’entame de la seconde partie, le RPT a fait valoir la loi du plus fort (le système majoritaire) qui selon lui, est destructrice. Dans son entendement, en agissant ainsi, le parti au pouvoir a mis au placard, le consensus qui jusque-là, a permis aux Togolais de réaliser des progrès en matière politique.

Tout ceci fait dire au bélier noir de Kouvé que le Togo est actuellement dans une «impasse ».

Même après le scrutin à l’issue duquel le RPT est sorti vainqueur, le consensus devait, eu égard à ses propos, être de mise pour la bonne suite du processus de démocratisation du pays. Car a-t-il soutenu, c’est un leurre que de penser qu’après les élections, la crise était finie.

Il ressort des arguments avancés par l’initiateur de la Commission nationale des droits de l’homme au Togo, que entre avril 2006 et le 14 octobre 2007, il n’y a pas eu de blocage dans le pays. Et ceci s’explique selon lui par la mise en application du système de cogestion. Tout étant fait par le dialogue, que ce soit le dialogue intertogolais qu’il a eu le privilège de conduire, le gouvernement d’union nationale qu’il a dirigé ou  la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui a organisé les législatives du 14 octobre 2007.
Grégoire AWESSO


Flambée du cours du pétrole sur le marché international : Imminente hausse des prix à la pompe
Le prix des produits pétroliers va probablement être revu à la hausse dans les jours à venir. L’information émane d’une source proche de l’exécutif togolais. L’augmentation continue du prix du baril de pétrole  sur le marché international porte un grand coup à l’économie nationale. L’Etat togolais qui a «maintenu» stable le prix de vente des carburants à la pompe depuis décembre 2006 ne serait plus à même de mettre la main à la poche.

De décembre 2006 à juin 2008, le  prix du prix baril de pétrole est passé de 60 dollars (environ
24.900 F CFA) à 140 dollars (environ 58.100 F) au plan international, soit près du triple de sa valeur de 2006. Au Togo, le prix de vente à la pompe n’a pas changé depuis cette date et ceci, grâce à la « subvention de l’Etat ».  Au cours du conseil des ministres du 25 mars 2008, le ministre du Commerce Yendja Yentchabre avait expliqué que ce soutien du gouvernement au secteur pétrolier lui a coûté près de 10 milliards de F CFA pour la période de janvier à avril de cette année. Le communiqué sanctionnant ce conseil des ministres avait alors précisé que si cela (la subvention) devait se poursuivre, ce manque à gagner peut provoquer un « déséquilibre des prévisions budgétaires de la loi des finances 2008».  A l’époque, beaucoup de Togolais avaient déduit que la hausse des prix des produits pétroliers devait subvenir au début du mois de mai passé. Ce que va démentir le ministre de la Coopération et du Développement, Gilbert Bawara au cours d’une sortie médiatique. D’après lui, il n’a été question de rehausser le prix du carburant. Et d’ajouter que le faire, c’est voir le prix des autres produits de première nécessité aussi augmenter. Reste que la subvention entraîne un dégraissage du budget de l’Etat.  Un ‘‘dégraissage du budget’’ qui semble devenir trop important, ce qui pousserait le gouvernement à opter pour une solution qu’il a essayé de contourner il y a quelques mois. En un mot, le Togo ne peut plus continuer dans cette logique, au risque de ne pas tenir tous ses engagements.

Faut-il augmenter les prix à la pompe ou éliminer certaines taxes ?
A chaque fois que les Togolais crient à la cherté du prix des produits pétroliers, les autorités de Lomé se défendent en affirmant que ces prix sont les plus bas de la sous-région. Un argument que certains observateurs indépendants balaient du revers de la main en citant seulement en exemple le Bénin voisin où l’essence sans plomb est à 475 F CFA le litre à la pompe contre 505 F CFA au Togo. En mars dernier, le ministre Yentchabré a rappelé au cours du conseil des ministres susmentionné le mécanisme de fixation des prix à la pompe adopté en 2002. Selon ce mécanisme dont la structure a été revue en octobre 2005, le carburant est livré au Togo à hauteur de 303 F CFA le litre. Les taxes et autres charges fiscales viendront ensuite s’ajouter dans l’ordre de plus de 200 F CFA pour porter le prix final à près de 505 F CFA. Parmi ces charges on citera par exemple : la taxe du port, la taxe du quai, celle de la chambre du commerce, le droit fiscal, le droit d’assise résiduel, le fonds d’entretien routier, la TVA au cordon douanier….  Toutes ces séries de charges suscitent des interrogations auprès de certains togolais. Parmi ceux-ci, des responsables de sociétés pétrolières qui estiment que l’Etat Togolais pouvait encore maintenir les prix à la pompe sans les subventionner. Selon eux, il aurait suffit que certaines de ces charges et taxes soient éliminées.  Par ailleurs, d’autres pensent que les subventions de 10 milliards puis de 7 milliards annoncées ne sont que de la poudre aux yeux, car estiment-ils, il ne s’agit que des reliquats des fonds de la caisse de stabilisation instituée pour les périodes de soudure. Pour l’heure, la décision est encore dans les coulisses du gouvernement, mais ne tardera pas à être rendue publique,  probablement lors du prochain conseil des ministres.
Sedjrawodo A. Adry

 
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