|
Q. Comment peut-on expliquer ces manifestations violentes à l’Université de Kara L’attente était trop violente puisque les négociations étaient en cours ? M. A. : Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a cette expression d’un ras-le-bol de ces jeunes qui attendaient depuis longtemps des meilleures conditions de vie et d’étude et que le gouvernement a pris du temps pour réagir. Il faut savoir aussi que les étudiants d’aujourd’hui, c’est une génération de togolais nés juste un peu avant les périodes troubles de notre histoire. Vraisemblablement, c’est des étudiants qui doivent avoir entre 17 et 22 ans ; en 1990, ces jeunes avaient peut-être trois ou quatre ans et aujourd’hui ils sont en train d’expérimenter en quelque sorte eux-mêmes ce que nous leur avons montré dans les années 90 à savoir les troubles sociopolitiques, les perturbations, l’incapacité de l’Etat à faire face à un certain nombre d’engagements. J’ai entendu tout à l’heure le président de l’université de Kara annoncer 150 millions comme réaction immédiate du gouvernement. C’est tellement insuffisant pour faire face à toutes les revendications qui sont exprimées par les étudiants. 150 millions c’est peut-être pour tenir une dizaine de jours. Vous voyez, les étudiants veulent manger convenablement, ils n’ont pas de bibliothèque, des salles d’ordinaire. Cette somme est largement insuffisante pour faire face à leurs besoins.
Q. Ces manifestations ont été violentes, alors comprenez-vous la colère des étudiants de l’U.K. ? M. A. : La colère oui pas la violence des manifestations. Rien ne peut justifier qu’on puisse laisser ces étudiants là s’exprimer de manière aussi violente. Il faut combattre la violence, il faut aussi dire que la tentation peut être aussi grande pour le gouvernement de réagir aussi par la violence face à l’incapacité de réagir immédiatement aux besoins des étudiants. Je crois que seul le dialogue peut être de nature à apaiser les situations comme le ministre l’a dit. Si c’est vrai que les étudiants ont rompu les négociations, je crois qu’il faut tout faire pour les ramener à la table de négociations pour permettre aux uns et aux autres de pouvoir discuter. Le dialogue, la communication sont forcément importants pour pouvoir régler les problèmes.
Q. Voilà que l’Université est fermée, qu’est-ce qu’il y a lieu de faire à présent ? M. A. : Mais il faut rouvrir l’université le plus rapidement possible. La fermeture de l’Université n’est pas une solution aux problèmes des étudiants. C’est-à-dire qu’on peut même percevoir la fermeture de l’Université comme l’incapacité des pouvoirs publics à donner satisfaction aux étudiants. Mais à part la question des violences et ce qu’on peut appeler la récupération ou la manifestation politique, il faut dire que la fermeture même peut être vue et analysée comme une incapacité à apporter des solutions réelles.
Q. : Justement, est-ce que aujourd’hui vous avez l’impression comme le dit d’ailleurs le communiqué du gouvernement que les étudiants sont un tout petit peu manipulés ? Est-ce qu’il y a eu une main étrangère ? M. A. : On peut se poser la question face à la réaction ou la nature des violences. On a vu ces étudiants brûler tout suite des pneus, poser des barricades, tout cela n’a rien avoir avec des revendications sociales. Donc, il y a quelque part de la manipulation ou peut être de la récupération, mais n’oublions pas que nous avons montré cette manière de s’exprimer à nos enfants, à nos jeunes à un moment donné de notre histoire. Donc c’est pour ça qu’il faut absolument ramener le dialogue et la communication au cœur du sujet pour pouvoir trouver une solution.
Q. : Mais en 2002, l’Université de Lomé avait été fermée et cela au finish avait conduit à une année blanche dans les grandes facultés comme la FASEG et la FLESH. Peut-on dire qu’on tend vers une année blanche à l’U.K. ? Ce serait vraiment regrettable. Comme je le rappelais tout à l’heure, ces étudiants d’aujourd’hui ont connu des périodes trop instables dans leur cursus scolaire. Vous savez que la crise sociopolitique au Togo a fait que le ministère de l’éducation nationale n’a toujours pas eu les moyens de donner les outils de formation et d’éducation à nos jeunes. Malgré cela, il se révèle que les Togolais sont toujours compétitifs sur le plan de la formation à l’extérieur et sur le marché international. C’est une très bonne chose mais il ne faudrait pas perdre de vue que le système éducatif ces dix ou quinze dernières années a plutôt connu des relâchements, des déclins, des périodes de troubles qui n’arrangent pas la formation que nous attendons que nous souhaitons pour nos enfants.
Q. Le gouvernement demande aujourd’hui l’ouverture d’une enquête, c’est dans l’ordre normal des choses ? M. A. : Oui à partir du moment où il y a eu des casses, des actes de violence, il est tout à fait normal que le gouvernement fasse ouvrir une enquête pour identifier les personnes auteurs de ces casses, de ces violences, il est aussi normal qu’on cherche à situer les responsabilités et à punir. Rien ne peut justifier la violence surtout dans les milieux scolaires.
Q. Mais généralement, ces enquêtes aboutissent à des arrestations arbitraires. En 2002, on se rappelle, il y a les leaders des mouvements qui avaient été arbitrairement arrêtés et détenus à la prison civile de Lomé. Alors ne doit-on pas craindre cette situation pour Kara aussi ? M. A. : Oui il peut y avoir reproduction de ce qu’on a vu déjà par le passé. C’est pour cela que moi je dis que le gouvernement doit pouvoir utiliser tous les leviers d’apaisement en apportant des réponses urgentes et précises aux préoccupations des étudiants. Mais si on dit qu’on doit situer la responsabilité, faire une enquête et punir, il faut manipuler ces outils là avec beaucoup de délicatesse de manière à ne pas braquer aussi la communauté estudiantine, de manière à ce qu’il n’y ait de débordement et des récupérations.
Q. Revenons aux revendications des étudiants de Kara, ils réclament la baisse des frais universitaires, etc. Qu’en pensez-vous par rapport à ces revendications ? M. A. : Ces revendications ne sont pas venues au hasard. Je pense qu’elles sont le fruit d’une analyse que tout le monde peut faire facilement ; les étudiants mais les parents de ces étudiants même le gouvernement, toutes les couches socioprofessionnelles. Il faut savoir que si à un moment donné on a éprouvé le besoin de construire une deuxième université dans la partie septentrionale du pays, c’est pour répondre à un certain nombre d’objectifs à savoir faire en sorte que les étudiants qui sont dans cette partie du pays puissent aussi en tout cas, accéder à la formation universitaire parce que n’ayant pas les moyens ou les parents n’ayant pas les moyens de les envoyer faire à l’extérieur ou de les faire venir à Lomé. J’ai entendu tout à l’heure dans votre reportage un étudiant dire que pour comprendre le moindre chapitre d’un cours, il faut venir à la bibliothèque à Lomé faire des recherches parce qu’on manque de bibliothèque, d’ouvrages à l’U.K. Vous imaginez, on va à l’U.K. parce que c’est celle qui est proche de chez soi, maintenant pour faire les recherches, il faut venir à Lomé avec tout cela coûte comme déplacement, logement, etc. avant de pouvoir comprendre un cours, faire des recherches, rédiger un mémoire. La situation me paraît effectivement préoccupante.
Les frais scolaires. Les frais scolaires, oui tout est lié. Vous savez ce n’est pas seulement les frais scolaires, les gens disent qu’ils n’ont pas de couverture sociale, ils demandent que la prise en charge quand ils sont malades soit couverte à 75 % par le gouvernement. Ça veut dire qu’ils disent quand ils ont un palu, ils ne peuvent pas se soigner parce qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter les produits pharmaceutiques. Donc tout est lié. Je crois que le gouvernement doit pouvoir apporter une réponse globale à toutes ces revendications.
La question des frais scolaires, ils demandent de les voir ramener de 25.000 à 15.000 F CFA.C‘est également une préoccupation qu’il faut prendre en compte.
Q. Finalement, l’Université de Kara manque tout. Est-ce que ça ne pose pas un tout petit peu la question de la création de cette université ? Disons que les objectifs psychologiques qui ont déterminé à créer cette université sont justifiés. Seulement est-ce que nous avions les moyens de notre politique c’est à dire de pouvoir créer une université digne de ce nom, qui constituerait le creuset du savoir où ceux qui fréquentent cette université, les étudiants, aient tous les instruments du savoir. La question mérite d’être posée aujourd’hui puisque les étudiants comme ils disent, n’ont pas de bibliothèque, n’ont pas accès à Internet, ils ne savent pas ce que c’est qu’un ordinateur. Je crois que la question mérite d’être effectivement posée. Est-ce que nous étions prêts à créer cette université dans la mesure où on n’arrive pas à satisfaire les besoins les plus élémentaires ?
Q. Mais l’année dernière le gouvernement iranien a signé avec le Togo un accord permettant de construire des amphis à Kara. Mais depuis lors, silence radio. Que faut-il faire ? M. A. : Oui c’est comme tous les autres chantiers aussi. Le chantier de l’éducation est aussi prioritaire que le chantier de la santé, de l’économie, etc. tout est prioritaire au Togo. Le gouvernement est sur tous les fronts, mais force est de reconnaître que nous n’avons pas les moyens de répondre à toutes les priorités.
Q. Nous sommes à deux mois de la session. Qu’est-ce qu’il faut faire pour essayer de sauver l’année à Kara M. A. Il faut déjà rouvrir l’Université et continuer le dialogue avec les étudiants, faire en sorte que ce dialogue aboutisse le plus rapidement possible pour qu’on puisse rattraper l’année. Je pense que le gouvernement a les moyens de maîtriser les violences et faire en sorte que le groupe qui a été à l’origine de cette violence là puisse être maîtrisé et qu’on revienne rapidement à une situation normale.
Q. Les visites surprise du Premier ministre sont-elles de nature à améliorer le rendement du personnel ? M. A. : En tout cas, le but semble être de rétablir la rigueur dans l’administration et de faire en sorte que l’assiduité des agents publics soit effective. Moi, j’ai plutôt eu l’impression que le Premier Ministre est allé vérifier si ses ministres sont à leur poste de travail parce que si le but et l’objectif sont de rétablir la rigueur et l’assiduité, je pense que c’est au ministre de chaque département qu’il appartient de veiller à ce que tous ses agents soient à leur poste tous les jours et de les sanctionner. Je pense que le ministre de chaque département est plus habileté, en tout cas, il y a une structure hiérarchique dans chaque administration qui doit faire ce travail là. La visite inopinée du Premier Ministre peut avoir un intérêt, mais à mon sens, il faudrait que ce soit les ministres mêmes qui veillent à cela et qui sanctionnent le cas échéant parce qu’ils sont plus à même de pouvoir jouer ce rôle de surveillant, de veilleur sur les agents.
Q. Alors pensez-vous que ces visites surprennent les agents publics ? M. A. : Je pense que tout le monde doit savoir quand il vient et quand il ne vient pas. Il y a toujours une fuite quelque part pour savoir si le Premier Ministre va venir ou il ne va pas venir. Moi ça m’a amusé de voir le Premier Ministre effectuer ces visites, parce que fondamentalement je pense qu’il revient aux ministres de veiller à tout cela.
Q. Comment expliquez-vous ces irrégularités des agents de l’Etat ? M. A. : Disons que si on a une structure hiérarchique bien mise en place, il ne devait pas y avoir de problème c'est-à-dire chaque fonctionnaire doit être conscient du rôle qu’il y a à jouer dans le fait que l’Etat doit fournir un service public efficient et efficace. Chaque fonctionnaire doit pouvoir le savoir. Et on doit avoir des mécanismes de contrôle et de surveillance et de punition à mon sens.
Q. On note une sorte de laxisme dans l’administration depuis un certain nombre d’années. Alors comprenez-vous cette situation ? M. A. : On peut le constater mais le comprendre, j’ai de la peine parce que je n’ai pas envie que vous fassiez dire que, parce qu’il y a la vie chère, parce que le riz coûte cher, parce que le maïs est passé de 300 F à 600 F et bien les fonctionnaires ont raison de déserter leurs postes de travail et d’aller se débrouiller en ville pour pouvoir joindre les deux bouts ; je ne peux pas soutenir cela.
Q. Justement cette visite surprise du PM se développe sur fond de la question de la cherté de la vie. Très brièvement avez-vous quelques pistes de solutions pour justement résoudre ce problème de cherté de la vie ? M. A. : Le problème de la cherté de la vie est un problème qui dépasse les frontières de notre pays. C’est un problème général ; vous avez pu constater que dans certains pays les manifestations contre la vie chère ont été très violentes. Il y a même eu des morts dans certains pays, donc pour dire que ce n’est pas un problème propre à notre pays. Maintenant, est-ce que notre pays a des solutions ? On peut le dire. On peut s’appuyer sur ce que certains pays sont en train de faire : on a appliqué des mécanismes de suspension des droits de douane sur les produits de grande consommation ; dans certains pays on a supprimé la TVA sur ces mêmes produits. Je crois que dans notre pays on n’hésite encore à franchir ce pas mais le gouvernement a annoncé des mesures de soutien avec plusieurs milliards de francs CFA surtout pour ce qui concerne les produits pétroliers. Evidemment on n’a pas senti à partir de ces mesures du gouvernement les effets bénéfiques dans le panier de la ménagère ou sur le pouvoir d’achat des Togolais, au contraire les prix ont continué à flamber. Moi je pense que mises à part les solutions générales que tous les pays essaient de mettre en place, on a compris que les USA ont décidé d’augmenter la production du pétrole pour pouvoir baisser le prix du baril qui est passé à 115$. Il y a aussi des mesures contre les restrictions des pays producteurs de denrées comme le riz qui avaient à un moment donné réduit leur exportation pour pouvoir se prémunir contre les effets de la vie chère. Il y a ces solutions qui sont mises en place sur le plan multilatéral. Dans notre pays, je pense qu’il faut combattre un certain nombre de comportements par exemple lutter contre l’abus de position dominante de certaines entreprises importatrices qui faussent le jeu de la concurrence et qui créent des pénuries de manière à pouvoir augmenter leur marge. Il faut aussi combattre les ententes illicites entre les gros producteurs. Ce sont des mesures internes qu’on peut adopter. Il faut le dire aussi, qu’on en revienne à une réduction du train de vie de l’Etat. Dans certains pays comme le Cameroun par exemple, le gouvernement a renoncé à acheter des véhicules administratifs et à réduire les dépenses somptueuses, les missions à l’étranger, à réduire la composition des délégations, en tout cas à réduire le train de vie de l’Etat. Je crois que ce sont des mesures internes que nous pourrions aussi mettre en place. Je pense qu’il faut, pourquoi pas, créer un ministère de la consommation qui sera chargé d’éduquer, de former les consommateurs et de veiller au contrôle des prix, de faire en sorte qu’il n’y ait pas ce que j’évoquais tout à l’heure, les ententes illicites, les abus de position dominante, etc.
Q. Certains économistes pensent que la réouverture de SAMEX-Togo qui est la première société commerciale au Togo pourrait décrisper la situation ou en tout cas rabaisser les prix sur les marchés. M. A. : Vous voulez parler du Super Marché Le Champion. C’est vrai que ce super marché ou en tout cas l’entreprise SAMEX vend des produits assez bon marché qui nous permet tous de pouvoir accès à un certain nombre de produits de consommation qu’on ne fabrique pas chez nous et qui sont importés de l’extérieur. Mais il faut que les entreprises respectent les dispositions fiscales de notre pays. Il ne faut pas qu’on s’organise pour échapper au paiement des impôts. Je ne connais pas très bien le dossier, je sais qu’on a fermé ce super marché pour non paiement d’impôts. Comme tout le monde, j’apprends qu’il s’agit de plusieurs milliards, 13 milliards, je n’ai aucune preuve mais si cette entreprise doit cet argent à l’Etat, il faut qu’elle la paie.
Q. : Quel regard portez-vous sur le comportement de l’opposition à l’Assemblée Nationale. M. A. : Je crois qu’il est peut-être trop tôt pour faire le bilan du travail des partis de l’opposition à l’assemblée nationale. Il y a seulement cinq mois qu’ils ont commencé à travailler, je pense que en tant que nouvelle composition de la représentation nationale, il y a beaucoup de tâches à faire sur le plan de la forme ; il y a la mise en place d’un certain nombre d’institutions avant d’attaquer le fond et de les juger sur leurs programmes que nous avons eu le plaisir d’entendre pendant la campagne. En tout état de cause, je crois qu’il est prématuré de juger le travail de l’opposition parlementaire même si on peut estimer qu’on ne les entend pas beaucoup sur les sujets brûlants de la vie nationale par exemple la cherté de la vie, la crise universitaire, les revendications des syndicats et des anciens combattants.
Q. Cinq mois après les législatives, peut-on dire aujourd’hui qu’il y a apaisement au Togo ? M. A. : Oui, il y a manifestement un apaisement politique au Togo puisque, on voit même des parlementaires issus de formations politiques différentes conduire des missions à l’extérieur du pays, parler d’une même voix. Et on voit aussi que au sein de la classe politique togolaise, il y a de moins en moins de violence entre les acteurs politiques. Il y a véritablement un apaisement qu’il faut saluer.
Q. Mais à l’Assemblée Nationale cette semaine, les députés n’ont pas pu désigner les cinq représentants du Togo à la CEDEAO pour la simple raison que l’UFC n’était d’accord avec le RPT qui voulait avoir 3 représentants, donner 1 à l’UFC et 1 au CAR. M. A. : Il est normal qu’il y ait des débats parfois houleux à l’Assemblée nationale et qu’on ne s’entende pas forcément le 1er jour sur tout. Cette désignation a été reportée si j’ai bien compris mais les discussions extraparlementaires peuvent continuer et aider les parlementaires à s’entendre et à trouver une solution. Ce n’est que de bonne guerre. Il leur arrivera d’autres désaccords. Ils ont cinq ans pour travailler ensemble.
Q. L’opposition a donc perdu les législatives, les locales qui sont prévues pour cette année sont peut-être une porte de sortie ? M. A. : Se tiennent cette année ? Il n’y a aucune garantie que ces élections locales vont se tenir.
Q. Il y a une ligne budgétaire. M. A. : Mais oui ça ne suffit pas. L’argent c’est bien mais il faut qu’on puisse revoir un certain nombre de choses. Comme vous le savez, il faut qu’on se mette d’accord sur les règles du jeu, on a eu une expérience avec les législatives par lesquelles il s’est dégagé un certain nombre de problèmes, de situations conflictuelles qu’il faut réaplanir avant d’organiser encore d’autres élections. Il faut pouvoir tirer leçons de ce qui n’a pas marché au cours de ces législatives là et voir dans quelles mesures on peut se mettre pour organiser les municipales.
Q. Les consultations nationales ont été lancées cette semaine. Quel regard portez-vous sur la nature de ces consultations ? M. A. : Il faut remarquer qu’on parle beaucoup de l’impunité dans notre pays et on pousse les acteurs politiques, les décideurs politiques à faire en sorte que l’impunité ne soit pas permanente dans notre pays. Donc, le gouvernement avec l’appui de la communauté internationale, l’UE et d’autres partenaires au développement ont conçu cette démarche là qu’il faut véritablement expérimenter. Moi je pense que le fait de vouloir interroger toutes les couches sociales de notre pays pour leur demander leurs avis sur la manière dont on voit le processus est une bonne démarche à condition qu’elle soit bien expliquée et bien comprise parce que cela peut aussi comporter des risques. Il ne faut pas qu’on pense que ces consultations sont déjà une justice qui se met en place ou que c’est un jugement qu’on va faire pour punir des auteurs de crimes et de violences.
Q. Justement, il faut communiquer. M. A. : Oui c’est ça que je dis qu’il faut fasse très attention ; il faut que le gouvernement communique beaucoup sur le sujet parce qu’il peut y avoir des incompréhensions regrettables.
Q. Maintenant, on note rien parce qu’il n’y a pas de campagnes publicitaires à la télé, pas d’affiches publiques. Comment le gouvernement compte-t-il le faire ? M. A. : J’espère qu’ils ont prévu tout ça. Parce qu’on nous dit qu’on va envoyer les gens sur le terrain pour recueillir les avis, etc. mais il faut abondamment communiquer sur le sujet pour qu’il n’y ait pas d’incompréhension. C’est une entreprise très délicate qui peut comporter de hauts risques et il faut extrêmement faire attention. Je crois que le gouvernement est conscient de cela, parce qu’il ne faut pas qu’on donne l’impression non plus qu’on veut mettre en place un simulacre de processus de réconciliation. Il faut que les règles du jeu soient bien claires et comprises de tous.
Q. Oui vous parliez tout à l’heure de l’impunité, y a-t-il aujourd’hui des risques de remonter toute l’histoire du Togo ? M. A. : Est-ce que remonter l’histoire du Togo doit absolument être considéré comme un risque. Je pense que non. Il ne faut pas avoir peur de remonter l’histoire du Togo. Nous Togolais nous devons assumer notre histoire et assumer notre responsabilité. Donc remonter l’histoire ne devrait constituer un risque à mon avis. Et tout dépend de la manière dont nous abordons les sujets, de la manière dont nous nous comportons. Et aujourd’hui, les Togolais se trouvent là a croisée des chemins pour réaliser ce chantier qui, en fait, a déjà commencé depuis un certain temps par l’organisation pour la première fois d’élections législatives paisibles, sans violence et sans effusion de sang. Je crois qu’il faut continuer ce processus là et faire en sorte que nous puissions faire face à notre histoire sans baisser la tête. Voilà.
Q. Oui, en même temps dans ce processus de réconciliation nationale, est-ce qu’il faut punir les auteurs des crimes ? M. A. : Tout dépend de ce qu’on appelle punir. Vous savez, moi j’ai toujours fait référence à l’exemple sud africain. Les sud africains sont arrivés dans un schéma qui ressemble fort à une espèce de commission vérité- réconciliation etc. à trouver un juste milieu des choses qui a permis d’apaiser ce pays et d’éviter de ressortir des rancoeurs et de fausser le processus de réconciliation. Je pense qu’on s’appuyer sur l’exemple sud africain et faire en sorte que sans jeter forcément des gens en prison de manière massive, parce que c’est de ça qu’il s’agit, on trouve un juste milieu. Si on doit créer une commission Vérité-Réconciliation qui réussit son travail, ça dépend des Togolais, ça ne va pas être parachuté de l’extérieur, ce sont des Togolais qui vont créer cette commission qui vont l’animer, qui vont faire le travail de fond de réconciliation qu’il faut. C’est à nous de voir si nous voulons pour une fois nous assumer, assumer nos responsabilités, faire face à notre propre histoire et pouvoir avancer et développer ce pays.
Q. Au Togo, on a toujours des commissions vu crées mais au finish les travaux de ces commissions ne sont pas pris en compte. Qu’est-ce qu’il y a lieu de faire pour que les travaux de cette commission ne connaissent pas le même sort que les précédentes M. A. : Aujourd’hui, la démarche est quand même différente. La création de cette commission est le fruit même du dialogue politique intertogolais qui a abouti à un accord politique global qui est suivi par l’UE, l’ensemble de la communauté internationale qui nous attend pour pouvoir nous accompagner sur d’autres chantiers. Le contexte est grand même différent.
Q. Vous êtes optimiste ? M. A. : Je suis optimiste ; je voudrais être optimiste et je voudrais que ce processus réussisse et aboutisse.
Q. L’APG prévoit également un cadre permanent de discussion pour les politiques et une commission de réconciliation. Est-ce qu’il ne fallait pas d’abord créer ce cadre de discussion avant de lancer cette commission Vérité-Réconciliation. M. A. : Oui, si ça n’a pas été fait, c’est à qui la faute ? A la même classe politique. J’ai envie de dire que ceux qui ont signé l’APG sont toujours là. Il faut marteler les choses jusqu’à ce qu’elles se fassent. S’il y a réticence d’un côté ou d’une partie, il faut que les acteurs politiques dénoncent d’où viennent les réticences et prennent l’opinion publique à témoin pour qu’on puisse avancer.
Q. Avez-vous l’impression que l’APG a été enterré ? M. A. : Si l’APG a été enterré, il faut le ressusciter, il faut le déterrer et faire en sorte qu’il vive et le processus continue. Mais c’est vrai que depuis quelque temps on dirait que la classe politique ne pense plus à l’APG ou tous les mécanismes ou les institutions ou les organes qui doivent être mis en place pour permettre une avancée sur le terrain de la réconciliation, tout cela est en berne, mais c’est aux acteurs politiques, à nous tous de s’approprier ce processus de réconciliation nationale. Ce n’est pas l’affaire par exemple du Président de la République ou du Premier Ministre ou du Parlement seulement, tous les Togolais doivent s’approprier ce processus, s’impliquer dedans et faire en sorte que les choses marchent.
Q. En quoi faisant au juste ? M. A. : En rappelant à l’ordre tous les décideurs qui doivent mettre en place les institutions. Vous savez, quand on a reporté à plusieurs reprises le lancement de ces consultations nationales qui doivent aboutir à la commission Vérité et Réconciliation, il y a des voix qui se sont levées pour dénoncer le retard pris dans la mise en place de ce processus. Transcription La Rédaction |