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27 avril 2008 : La fête nationale encore célébrée dans la discorde

Liberté Hebdo #347

Le 48ème anniversaire de l’indépendance du Togo a été célébré hier sur toute l’étendue du territoire national. Encore une fois, cette date a été séparément commémorée par le pouvoir et l’Union des Forces de Changement (UFC), le principal parti de l’opposition. Les autres formations politiques n’avaient qu’à se partager sur les deux camps et selon les intérêts de chacun. Cependant, le pire a failli arriver quand le gouvernement avait voulu étouffer le programme de l’UFC, expliquant que ses manifestations sont ressenties comme « un acte de provocation traduisant une défiance à l’égard des autorités qui dans le même temps sont en train d’exécuter le programme officiel du 27 avril 2007 ». Un argument que Gilchrist Olympio et ses lieutenants ont balayé du revers de la main.

Mais à l’issue de ce bref bras de fer, une question s’impose : est-ce que le gouvernement s’est mis dans des conditions normales pour interdire les festivités de l’UFC ? Non. En fait, la date du 27 avril a été pendant longtemps bannie dans les annales des fêtes nationales du Togo. Au temps du parti unique, le pouvoir du Général Eyadèma a rangé dans les placards tout l’héritage de l’indépendance. C’était la date du 13 janvier baptisée « Journée de la Libération nationale » - quoique Eyadèma soit arrivé au pouvoir le 14 avril 1967 - qui avait pignon sur rue. L’hymne national a disparu au profit de celui du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT). Le 27 avril n’a été réhabilité qu’en 1991 à la faveur du vent de l’Est. « La fête nationale de la République Togolaise est célébrée le 27 avril de chaque année », consacrent la constitution adoptée par référendum le 31 décembre 1992 et celle modifiée unilatéralement par le RPT en décembre 2002. En revanche, jusqu’à la mort du Général Eyadèma en févier 2005, cette fête n’a jamais été célébrée comme il se devait : le jour était férié et quitte à chacun de se réjouir chez lui. Et comme la nature a horreur du vide, les militants de l’UFC qui se réclament des nationalistes qui avaient conduit le Togo à la souveraineté internationale, en profitaient pour donner à cette date les honneurs dus. Ce parti organisait plusieurs manifestations qui recevaient l’adhésion des populations nostalgiques du passé. Arrivé au pouvoir en 2005, le chef de l’Etat Faure Gnassingbé avait annoncé que le 27 avril allait désormais être célébré avec la manière. Mais les actes n’arrivent pas à s’aligner sur les discours. Bien que la date du 13 janvier 1967 ne représente rien dans l’histoire du Togo, le jeune président la commémore avec le même entrain que ce qui se faisait au temps de son père. Il pérennise en somme la tradition au détriment du 27 avril. Dans son entourage, on continue de croire que le 27 avril est pour l’opposition et le 13 janvier pour le RPT. Compte tenu des difficultés du moment (la raison officielle), le pouvoir s’est résolu à fêter le 13 janvier 2008 dans la sobriété. Mais dans les faits, les manifestations furent grandioses et chaque militaire avait eu droit à 100 000 FCFA, un cadeau du Président. A cette occasion, il avait été annoncé aussi que le 27 avril serait fêté avec modération. Une nouvelle qui avait suscité à l’époque un tollé au sein de l’opinion qui n’a pas compris pourquoi le pouvoir tentait de mettre les deux dates sur un pied d’égalité. Comme par enchantement, le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Anciens Combattants, Pascal Bodjona a, au cours d’une émission télévisée (TV7), enfoncé le clou en essayant de mettre en cause cette date. Pour lui, le 27 avril est sujet à caution puisqu’il correspondrait à la date anniversaire de la création du Comité de l’Unité Togolaise (CUT) et de la victoire de ce parti aux élections législatives du 27 avril 1958.

Ces clichés font que d’autres partis notamment l’UFC ne s’associent pas au programme officiel, préférant faire cavalier seul. Pour éviter ce désordre constaté hier, il va falloir que le pouvoir s’approprie cette fête en lui donnant un caractère national. Il convient de bannir l’hypocrisie et la langue de bois pour que tous les Togolais se retrouvent dans les manifestations officielles. Si tout est bien fignolé avec un programme qui vide les préoccupations de l’UFC, ce parti n’aura plus aucun argument à continuer sa célébration en solo. Le mauvais rôle du CAR

Au lendemain des élections législatives du 14 octobre 2007, le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) de Me Agboyibo, s’est mué dans un rôle de « force tampon » entre le RPT et l’UFC, les deux principaux partis du pays. Malheureusement, ses positions paraissent ambiguës et ne font pas évoluer la situation. Abordant la discorde autour de la fête du 27 avril, Me Agboyibo a servi une autre version de l’histoire. En digne héritier des progressistes, il écrit : « L’affrontement entre les deux courants a pris un relief historique à l’occasion de la campagne pour le renouvellement, le 27 avril 1958, de l’Assemblée législative territoriale dont le mandat venait d’expirer. Le CUT et la JUVENTO ont promis qu’en cas de victoire, ils allaient proclamer l’indépendance dans l’immédiat, c’est-à-dire dès 1958, tandis que pour le PTP et l’UCPN, il fallait, quelle que soit l’issue du scrutin législatif, attendre 1960 conformément au processus qu’ils avaient arrêté en 1956 avec l’autorité de tutelle ». Le parti estime que le désaccord autour de la fête aurait pu être évité si « les pouvoirs publics s’étaient préoccupés de donner un caractère rassembleur à la commémoration et n’ont pas offert à certaines formations politiques, l’occasion de réveiller et d’exalter à des fins partisanes des moments douloureux que le peuple togolais a vécus dans sa marche commune vers l’indépendance ». Bonne remarque n’est-ce pas ? Qu’a-t-il pu faire l’année dernière lorsqu’il était Premier ministre ? A-t-il pris les « dispositions appropriées pour qu’à l’avenir, les Togolais commémorent ensemble l’anniversaire de l’indépendance nationale» ?

Comme ses prédécesseurs progressistes (une autre conception biologique de la lutte), il continue de jouer le mauvais rôle au profit du pouvoir, au lieu de s’imposer réellement comme une troisième force qui puisse tenir les deux camps en respect.

Comme on le voit, le Togo est profondément divisé et il est une nécessité aujourd’hui que le processus de réconciliation en cours prenne en compte ce désaccord autour de la fête du 27 avril. Tous les acteurs politiques doivent transcender les idées arrêtées et tenir un discours sincère. Ainsi, le 27 avril sera célébré avec ferveur puisque tous les Togolais se sentiront concernés.
R. Kédjagni


Fonction publique Nécessité d’organiser le concours dans la transparence

Le ministre de la Fonction publique a lancé le 22 avril dernier un concours national de recrutement du personnel pour l’Administration Publique. L’information a été rendue publique par la télévision nationale puis reprise deux jours plus tard par le quotidien national « Togo-Presse ». Ainsi, tout jeune togolais ayant un diplôme et âgé de 18 ans au moins ou de 35 ans au plus à la date du concours peut postuler. Mais le nombre total des postes ouverts est fixé à 1692 pour les fonctionnaires des catégories A1, A2, B, C et D, et 1375 pour les employés de bureau et le personnel d’appui. La date limite du dépôt des dossiers de candidature est fixée au jeudi 22 mai 2008 à 17 heures 30 minutes.

Il faut reconnaître que l’initiative n’est pas mauvaise en soi, vu le taux sans cesse croissant du chômage dans notre pays. Mais là où le bât blesse,c’est les conditions imposées par le ministère de la Fonction publique pour participer au concours. D’abord, les frais d’inscription fixés à 5000 F. En ce moment de vie chère où le peuple tire le diable par la queue, ce montant est jugé trop élevé. Cela empêchera bon nombre de jeunes de participer au concours. Aujourd’hui, force est de constater que nombreuses sont les familles qui n’arrivent pas à s’offrir un repas par jour et par conséquent ne sont pas en mesure de débourser cette somme.

Il est connu de tous qu’au moins 60% des Togolais ont un revenu mensuel inférieur à 13 000 F CFA. Cela montre clairement qu’au moins 60% des jeunes diplômés ne pourraient pas participer à ce concours par manque de moyen. C’est pourquoi les droits d’inscription méritent d’être revus à la baisse. Nombre d’observateurs pensent également qu’en fixant ces droits à 5 000 F CFA, le gouvernement cherche simplement à remplir ses caisses. Parce que, vu l’engouement que suscite ce concours, les gens chercheront à s’endetter afin d’y participer. Et on risque d’avoir une pléthore de candidatures. Si l’effectif atteint 10 000 candidats et que chacun paye 5 000 F CFA, alors le gouvernement encaissera 50 millions. Et chaque candidat dépensera également au moins 5 000 F pour préparer les autres dossiers (légalisation des pièces d’identité, demande de carte de demandeur d’emploi, le casier judiciaire…). Plus de cent millions rentreront donc dans les caisses de l’Etat à l’issue de ce concours.

En plus, nombreux sont ceux qui craignent les éventuelles fraudes. Connaissant bien le régime en place, on a peur qu’à l’issue du concours, on retrouve sur les listes, les noms des gens qui n’ont même pas fait les dépôts de candidature ou pire encore le degré de militantisme l’emporte sur l’excellence.

Les autorités en charge de ce concours doivent faire preuve de transparence et donner la chance aux plus méritants. C’est comme cela que le pays pourra avancer. Comme quoi, la médiocrité dans l’Administration publique constitue un frein non négligeable au développement d’un pays. Le Togo appartient à tous les Togolais et il est temps qu’on se départisse des considérations politiques et ethniques dans le partage de ses biens
G.K.


48ème anniversaire de l’Indépendance du Togo Meeting, messes, match de football, réjouissances ont marqué les manifestations de l’UFC

Après la conférence débat de la Jeunesse des Forces de Changement (JFC) et le point de presse de la Section Dames de l’UFC sur la vie chère et le 27 avril, les manifestations commémorant le 48ème anniversaire de l’Indépendance du Togo organisées par l’Union des Forces de Changement (UFC) se sont poursuivies le samedi et ont connu leur apothéose hier dimanche. Messes en mémoire des victimes des massacres du 26 avril 2005, dépôts de gerbes, tournoi de football, dégustations des mets d’antan, animations groupes folkloriques, meeting populaire, démonstration de danse des années 60, pique-nique ont marqué ces deux dernières journées.

Samedi dans l’après-midi, les militants et sympathisants de Détia se sont retrouvés à la place Anani Santos pour un meeting animé par le président national, Gilchrist Olympio. C’est dans une sobriété que s’est tenue cette réunion publique. L’interdiction à grands renforts de spots publicitaires des manifestations de l’UFC par le Gouvernement a dissuadé nombre de militants à faire le déplacement. Néanmoins beaucoup ont bravé l’interdiction et c’est sur le lieu du meeting qu’ils apprendront que l’embargo a été levé in extremis la veille.

Six interventions ont marqué cette réunion. D’abord c’est l’Honorable député Isabelle Améganvi qui a pris la parole pour saluer le courage et la détermination des militants qui malgré l’interdiction ont fait nombreux le déplacement pour écouter le message du parti. Elle a été suivie par M. Kaloukouey Diabacté. Le vice-président de l’UFC a entretenu l’assistance sur la vie chère. Il a demandé au gouvernement d’accroître le salaire des fonctionnaires, réduire les taxes, les impôts et les droits de douanes sur les produits, en somme prendre des mesures hardies pour soulager la souffrance des populations. Ensuite, M. Elliot Ohin ancien Secrétaire Général du parti est monté sur le podium. Il a au nom de la Diaspora aux Etats-Unis remercié les populations pour leurs adhésions aux idéaux du parti et les a exhortées à rester mobilisées derrière l’UFC pour sa victoire aux prochaines échéances afin que le changement tant désiré soit réalisé.

L’assistance a eu également à écouter les messages de soutien des partis frères et amis notamment l’ADDI (Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral) et le Parti des Travailleurs. Pour M. Lamboni représentant M. Aimé Gogué, si ADDI est présent aux manifestations de l’UFC c’est que le parti a le même plumage que l’UFC. Il a rassuré les responsables de l’UFC que ADDI luttera à ses côtés pour que le « soleil se lève sur la terre de nos aïeux ».

« Le régime d’oppression qui s’est installé depuis 40 ans n’a fait que détruire la société togolaise et assombrir l’avenir d’une jeunesse aujourd’hui dépourvue d’ambition et d’un bien-être meilleur », a-t-il fait observer avant d’ajouter : « ce régime s’est mué au fil des ans sous la pression des forces démocratiques et de la Communauté internationale en un régime de dictature pure et dure qui, sous les fausses apparences de démocratie continue de tromper et divertir certains hommes politiques du pays qui n’hésitent pas à prôner aujourd’hui la cohabitation ou la cogestion afin de justifier leurs propres errements ».

Claude Améganvi du Parti des Travailleurs a, pour sa part, axé son intervention sur l’historique de l’indépendance du Togo. La rencontre s’est achevée sur le message de Gilchrist Olympio.

Les manifestations se sont poursuivies le lendemain avec une messe catholique à la Paroisse St Augustin d’Amoutivé. Dans son homélie, le prêtre a exhorté les fidèles à jouir de l’indépendance dans sa plénitude, une indépendance qui doit s’obtenir dans la crainte de Dieu.

A l’issue de la messe, M. Gilchrist Olympio entouré pour la circonstance par MM. Patrick Lawson, Jean-Pierre Fabre, Homawoo Jean-Claude et autres à la tête d’une foule de militants ont sillonné les artères de la ville de Lomé. La plage, le point de chute du carnaval, a servi de cadre aux réjouissances populaires.

C’était une opportunité pour les équipes ayant participé au tournoi de football joué sur le terrain d’Akassimé de recevoir leur récompense. Il faut souligner que cette compétition a vu la participation des équipes venant de tous les arrondissements de la Commune de Lomé élargie à la Préfecture du Golfe, soit au total huit (08) équipes. C’est l’équipe du 1er Arrondissement qui a enlevé le trophée face à l’équipe du 2è Arrondissement. La 3è place est allée au 5è Arrondissement.
M.A.


Sans détour Zimbabwe : Mugabe acculé

« On ne peut pas utiliser la machine d’Etat pour harceler un parti parce qu’il a gagné les élections. Ce n’est pas acceptable. Nous devons le condamner et ne pas permettre cela» (Jacob Zuma).

Pour sa deuxième sortie après les élections générales du 29 mars 2008, Robert Gabriel Mugabe, 84 ans dont 28 passés à la tête de l’ancienne Rhodésie blanche, a mis en garde contre toute ingérence étrangère dans son pays : « Le Zimbabwe n’est pas à vendre et ne redeviendra jamais une colonie ». C’est bien dit. Mais il est malheureux qu’un Président de la République ait autant de mépris pour son peuple qui croupit dans le dénuement total. Le Zimbabwe, ancien grenier à céréales de l’Afrique, est, depuis une décennie, devenu un pays de la dèche. Le taux d’inflation ne cesse d’atteindre des records avec des taux dépassant plus de 100 000 % depuis le mois de février. Une réalité qui n’a jamais ému Mugabe et les siens. Ils n’ont jamais compris qu’en toute chose, il faut considérer la fin. Battu à plate couture aux élections générales, « Mukuru » (le vieux en langue shona) a fait bloquer les résultats de la présidentielle une fois qu’il s’est rendu à l’évidence qu’il a perdu la majorité au parlement. Les régions qui votaient traditionnellement la Zanu-PF, ont exprimé leur soif de changement en portant leurs voix sur les candidats de l’opposition.

Après avoir entretenu le flou, la Zanu-PF a intimé à la Commission électorale de procéder à un recomptage des voix dans 23 des 210 circonscriptions. Des responsables électoraux avaient été accusés d’avoir été « payés » pour sous-estimer les voix en faveur du parti présidentiel. Une manœuvre pour reprendre la majorité au parlement. Mais la situation ne s’améliore guère pour le héros de l’indépendance. A en croire la commission électorale samedi 26 avril dernier, les résultats initiaux sont confirmés dans 14 des 23 circonscriptions où le décompte est terminé. On indique aussi que sur les neuf sièges à départager, la formation de Mugabe en a déjà perdu trois. « Notre position reste inchangée: nous ne reconnaissons pas le recomptage, qui est une mascarade. Pour ce qui nous concerne, les résultats initiaux sont les seuls valables », préviennent en revanche les partisans de l’opposant Morgan Tsvangirai. En rappel, cette opération de recomptage a été appuyée par des représailles exercées sur les militants de l’opposition. Human Rights Watch, organisation de défense des droits de l’homme, parle d’« une campagne organisée de terreur et de torture visant des opposants et des Zimbabwéens ordinaires ».

Cependant, les résultats de la présidentielle se font désirer. On annonce leur publication pour aujourd’hui lundi. Mais l’opposition continue de revendiquer sa victoire dès le premier tour et exclut l’organisation d’un quelconque deuxième tour. Tsvangirai a reçu le soutien des Américains dont la Secrétaire d’Etat aux affaires africaines Jendayi Frazer. « Les résultats les plus crédibles dont nous disposons à ce jour montrent une victoire claire de Morgan Tsvangirai, et peut-être dès le premier tour, à un point tel que vous n’avez pas besoin d’un gouvernement d’unité nationale mais que vous devez juste accepter le résultat. Il est difficile pour nous d’accepter l’idée qu’un résultat, qui serait annoncé maintenant, ait une quelconque crédibilité », a-t-elle déclaré. Même son de cloche chez la centrale syndicale sud-africaine qui juge « le gouvernement de Mugabe illégal ». Même la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) dont certains membres sont des alliés traditionnels du pouvoir zimbabwéen, et la Chine embêtée par l’histoire de son cargo « An Yue Jiang » transportant des armes destinées au Zimbabwe, ont commencé à lâcher le dinosaure. Seule l’Union Africaine qui n’est pas très regardante sur le respect des résultats issus des urnes, s’est murée dans un silence sépulcral malgré l’appel de Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix. Acculé, le vieux propose un gouvernement d’union à l’opposition. L’autre trouvaille en Afrique pour pérenniser son règne.
Zeus AZIADOUVO

 
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