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Rayé pendant plusieurs années de l’histoire du Togo par le régime de Gnassingbé Eyadéma et privé de reconnaissance officielle, Sylvanus OLYMPIO sera réhabilité dans les années 1990 par la Conférence Nationale Souveraine. Mais c’est surtout grâce au combat de compatriotes aux motivations historiques pour certains et politiques pour d’autres, que la mémoire du premier président togolais est toujours restée présente ; pour finalement être reconnu officiellement comme le « Père de l’Indépendance. »
L’intellectuel au service de sa patrie. Né en 1902 à Kpando, (localité située dans l’ancien British Mandate of Togoland), les parents de Sylvanus Kwami Epiphanio OLYMPIO lui ont très tôt donné les moyens d’avoir un bon niveau d’instruction. Il a étudié l’allemand, l’anglais et le français à Lomé avant de s’envoler à 18 ans pour l’Europe. Il passa sept années (1920-1927) à l’étranger à étudier l’économie au «Commercial School of London», le Droit international à la Faculté de droit de Dijon et à l’Académie de droit international à Viennes. De 1928 à 1930, il fut l’adjoint de l’agent général de la compagnie Unilever à Lagos avant d’être muté comme chef de la société à Ho, la plus grande agglomération commerciale du Togo sous mandat britannique. En 1932, il est nommé au poste d’agent général de l’United Africa Company (UAC).
Sa position sociale lui permit d’apprécier à sa juste valeur les dures épreuves que subissent les populations togolaises sous domination étrangère. Poussé par la volonté de mener un combat pour l’indépendance de son pays, il finit par s’intéresser à l’action publique et à la politique vers la fin de la décennie 1930. Et pour atteindre son objectif, il démissionna de ses fonctions d’agent général de la UAC pour se consacrer entièrement à la lourde tâche de libération du Togo. Ainsi il représenta plusieurs fois son pays à l’ONU et son premier passage fut spectaculaire du fait de son niveau intellectuel étalé. En effet, « quand on a dit qu’un Africain va venir de quelque part de l’Afrique de l’Ouest, les gens s’attendaient à voir quelqu’un vêtu de peau de bête. Mais malheureusement pour eux, ils ont vu venir un gentleman habillé en trois pièces mais parlant un anglais parfait et ils étaient ahuris» d’après un membre de son entourage.
Pour Me AJAVON, Sylvanus OLYMPIO est l’homme qui a organisé la lutte intellectuelle.
Le nationaliste farouche L’expression de sa fierté d’être togolais et l’intérêt particulier qu’il portait aux valeurs culturelles de son pays firent de lui un « nationaliste farouche ». Au lendemain de la Conférence de Brazzaville en 1944, il s’opposa à toute forme d’assimilation et au projet de suppression des langues africaines dans les écoles en précisant : « les affaires françaises débattues au parlement ne nous intéressent pas. Nous demandons la présence à Paris d’un délégué permanent pour traiter uniquement des questions ayant rapport avec l’indigène togolais et non les questions européennes ». Et il renchérit : « Nous voulons rester Togolais et nous ne voulons pas avoir le statut européen. Nous avons une histoire, il y a donc intérêt pour nos enfants à apprendre leur langue… Je demande même que les administrateurs apprennent les langues indigènes ». Olympio apparaissait souvent en public en tenue traditionnelle (du Kété) et n’hésitait pas à parler « Anlo » c’est-à-dire l’Ewé de la côte Ouest et militait pour la réunification des populations éwé (la cause éwé). Ses qualités de nationaliste ont favorisé la victoire de son parti le CUT (Comité de l’Unité Togolaise) aux élections du 27 avril 1958, et son accession au sommet de l’Etat comme Premier Président en 1961.
Le bâtisseur et ses ambitions Il nourrissait beaucoup d’ambitions pour son pays. Des nombreux projets de développement en instance, seule une infime partie a été concrétisée et la plupart de ses réalisations ont capoté après son assassinat le 13 janvier 1963.
A son actif on peut retenir comme grandes réalisations :
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L’Hôtel le Bénin (actuel hôtel IBIS): Il fut construit jour et nuit sans interruption par des Togolais pour abriter les invités de marque le 27 avril 1960. Il comptait cent chambres et son authentique nom est «Lébénè» qui signifie « prends en soin ». Ce nom sera « francisé » pour devenir « le Bénin »
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La jeunesse pionnière agricole Pour remédier au chômage dans son pays, Sylvanus Olympio, avec l’assistance technique d’Israël, mit sur pied le projet dénommé « jeunesse pionnière agricole ».Il s’était agi d’une brigade de jeunes travailleurs encadrés, dans des camps, sans fusils, par des officiers israéliens pour une formation paramilitaire du modèle « kibboutzien ».
Un premier camp fut aménagé non loin de Tsévié, un second à Glidji, pour la culture de la terre. Ce projet a pris fin avec l’assassinat de son initiateur.
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La Société de Prévoyance et d’Action Rurale (SPAR) Ce sont des coopératives de production, de commercialisation et de consommation permettant aux paysans de juguler la crise pendant les saisons de soudure.
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La maison d’édition nationale « Editogo » et le journal « Togo-Presse ». Le premier du journal « Togo Presse » a été édité pour la première fois le 27 avril 1962, date du deuxième anniversaire de la proclamation de l’indépendance par Editogo.
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La Société Togolaise d’Export Import (SOTEXIM) Société mixte autonome, elle était destinée à faciliter l’achat, la distribution et la vente de produits d’importation, de même que l’écoulement de nos productions nationales.
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La Banque Togolaise de Développement (BTD) Elle a été créée pour étayer l’action de la Banque Nationale d’Émission. La BTD a considérablement contribué à l’extension de la ville de Lomé, dans la mesure où ses prêts ont servi essentiellement à construire de nouvelles maisons dans la capitale - notamment dans ses banlieues.
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Le Secrétariat au Plan et à l’Organisation, le Service National de Développement Rural, la Commission d’Utilité Publique.
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La Centrale hydroélectrique de Kpimé, réalisée avec le concours technique et financier de la République Fédérale de Yougoslavie, a été inaugurée en 1963.
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Le Service de l’Africanisation des Cadres visait la décolonisation mentale des agents de la nouvelle administration publique du pays ainsi que la formation de cadres nationaux à tous les postes de cette administration. Ce service avait également pour but d’orienter, dès le départ, les étudiants et stagiaires dans les meilleures directions.
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L’École Togolaise d’Administration fut créée par décret n° 58-113 du 29 décembre 1958
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La Togopharma : Pour pallier au problème lié à la cherté de médicaments d’origine occidentale, au regard du pouvoir d’achat moyen des populations, Sylvanus Olympio accepta la création d’une pharmacie d’État au Togo. Le projet qui consiste à acheter, en gros, les médicaments essentiels et à les conditionner sur place, la Togopharma pouvant ainsi obtenir des réductions de prix allant de 20 à 75 % au profit du consommateur.
Les Projets en cours de réalisation du vivant de Sylvanus Olympio
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Le port en eau profonde et le grand marché de Lomé
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La Brasserie du Bénin (à Agoué-Nyivé)
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L’usine de textiles de Datcha - Projet de marais salant
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Construction de routes
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Les recherches minières
Des études se poursuivaient. Elles déboucheront plus tard sur le contenu du tableau ci-après: Pour avoir les moyens de réaliser tous ces projets dans un pays qui a rejeté l’indépendance dans l’amitié avec la France et opté « pour l’indépendance avec toutes ses conséquences » Sylvanus Olympio a imposé une rigueur dans la gestion financière du pays.
Une politique de stricte austérité financière. Les avis convergent sur ce qu’a été la gestion du Togo de 1960 à 1963. Même ses opposants reconnaissent que les comptes ont été clairs. Robert CORNEVIN affirmera ainsi que « le Togo a été géré pendant cette période comme une boutique ».*
Le budget de la République Togolaise au titre de 1958 s’avérait largement déficitaire. Grâce aux énormes sacrifices du peuple, dès 1960, le Togo aura un budget équilibré. Pour Jean de Menthon « Sylvanus Olympio réussit à rétablir de façon remarquable la situation financière du pays. Le budget de 1960 fut équilibré sans subvention alors que celui de 1958 qu’il avait trouvé était largement déficitaire. Assumant lui-même le rôle de ministre des finances, il imposa beaucoup d’économies, y compris sur les charges de personnel. Les fonctionnaires furent privés de toute augmentation malgré une hausse des prix de l’ordre de 20% en deux ans. Le président tenait beaucoup à l’équilibre des dépenses courantes pour pouvoir négocier avec la France sans se sentir humilié. »
« Jugeant la semaine de 40 heures prématurée pour l’Afrique, il institua celle de 45 heures. Et il entreprit une réforme très hardie des collectivités locales. Olympio se voulait très libéral en économie, rêvant de faire du Togo une seconde Suisse, un accueillant carrefour financier, et il songeait déjà à une zone franche à l’arrière du futur port ».
Mais les populations comprenaient-ils la politique menée ? Car tandis que pour les dirigeants « la terre de nos aïeux ne pouvait être développée qu’au prix de l’effort », beaucoup étaient sceptiques et désabusés. Cela s’explique selon Me Zeus AJAVON, par le fait que la gestion drastique était accompagnée de la récession dans le pays ; les togolais, surtout à l’intérieur du pays commençant à souffrir. Dans tous les cas, pour René Dumont, dans son livre L’Afrique Noire est mal partie :« si la moitié seulement des dirigeants qui ont présidé aux destinés de notre continent depuis nos indépendances avait adopté la ligne politico-économique d’un Sylvanus Kwamé Epiphanio Olympio, notre alma mater, l’Afrique eut été superbe depuis belle lurette. »
Les dérives autocratiques du régime La lutte pour l’indépendance avait été menée en symbiose par le CUT et la JUVENTO. D’après certaines sources, la plupart des décisions était alors prise de façon collégiale, au cours de réunions tenues régulièrement. Monsieur OLYMPIO se rendait d’ailleurs à l’ONU, toujours accompagné du leader de la JUVENTO, Me Anani SANTOS qui avait été pressenti par les français pour être premier ministre en 1958, à la place de Sylvanus OLYMPIO, alors emprisonné. Me SANTOS eut cette belle phrase pour refuser l’offre des français: « lorsque la tête existe, on ne met pas la chapeau sur le genou. »
Mais ainsi que le décrit Me AJAVON, Sylvanus OLYMPIO dégageait une forte personnalité. Après l’indépendance, tout ce qui se faisait de façon collégiale a laissé place à l’exercice solitaire du pouvoir. Il avait sa vision qui l’emportait sur tout le reste, n’écoutait pas les conseils et incarnait un de ces esprits brillants croyant tout savoir, tout faire tout seul.
Aux élections présidentielles de 1961, OLYMPIO sera le candidat unique après avoir empêché les autres candidats de déposer leur candidature. Ceux-ci trouveront les guichets fermés à l’heure du dépôt. C’est de cette époque que date la candidature unique mais également la mise en place de la dictature, selon Me AJAVON. Monsieur OLYMPIO ira même jusqu’à férier, chômer et payer le 06 septembre, date de son anniversaire.
Sur la base de suspicions de coups d’état, ses ex-compagnons de la JUVENTO avec lesquels les relations étaient devenues tendues, ainsi que bien d’autres togolais seront arrêtés.
Pour M. Godwin TETEH, notamment dans son livre L’Histoire du Togo, le régime et l’assassinat de Sylvanus Olympio : « les choses commencèrent à se gâter à partir du moment où, aux festivités de la proclamation de l’indépendance du Ghana, le 6 mars 1957, Kwamé N’krumah invita les membres présents de la Juvento à séjourner au Ghana et aurait exprimé clairement son souhait de voir le Togo se débarrasser du CUT et des unificationnistes. Et la Juvento aurait laissé entendre à N’krumah qu’elle « oeuvrerait à l’événement immédiat d’une fédération Ghana-Togo si toutefois elle parvenait à accéder au pouvoir au … Togo ». Cette idée aurait été en contradiction avec la cause de Sylvanus Olympio qui lutte pour la réunification des deux Togo.
Quoi qu’il en soit, accusées d’être les instigateurs ou complices de ces tentatives de coups d’état, des personnalités comme Anani Santos, Ben Apaloo, Firmin Abalo, Ernest Gbényédji, Emmanuel Nouboukpo, Robert Adéwi, Antoine Méatchi etc…seront emprisonnés.
Mr Anakpan Michel DRAVI, ancien Juventiste, que nous avons rencontré le 2 avril dernier dans sa retraite à Glidji-Kpodji témoigne: « Moi-même j’ai fait neuf mois de prison sans avoir rien fait. Leur alibi était que le jour où un jeune homme a été tué chez Olympio, moi j’ai dit que ce n’est que l’urine et que caca même arrive. Nous étions enfermés à la gendarmerie et d’autres à la prison civile de Lomé. Chaque trois heures, 6h-9h-12h-15h-18h, nous prions. Tout le pays était tendu et les gens se demandaient si c’était ça l’indépendance. Si c’était pour ça qu’ils avaient lutté. Après ma sortie de prison, Olympio ne m’avait pas permis de réintégrer mon ancienne fonction. J’étais devenu vendeur de fruits au marché à Hanoukopé. »
Un autre responsable de la JUVENTO en la personne de M. Djato MONSILA corrobore : « Cette période a été très courte, mais très désagréable. Les partisans de Sylvanus Olympio s’étaient formés en milices, pourchassaient et brûlaient les gens, cassaient les maisons. C’est pour cela qu’il a fallu revoir les élections de 1961, parce que dans ce laps de temps, Olympio avait perdu la confiance du peuple. L’Assemblée qui était issue des élections de 1958, elle non plus, n’avait pas la confiance du peuple. Pour avoir une Assemblée qui lui est favorable, Olympio avait cru bon dissoudre celle issue des élections de 1958.
Le désordre a régné à ce moment là. Nous étions tous aux arrêts quand, grâce à Dieu, un coup d’Etat est venu. Personnellement, j’étais à la prison civile de Lomé, avec des chaînes aux pieds. Il n’y a pas eu de soulèvement populaire. En 1963, pas un seul village n’était pas épargné par la vague d’arrestations ». « Pour un petit pays comme le Togo à l’époque, nous étions 2500 prisonniers politiques » poursuivit-il sur un air de regret. Monsieur DRAVI ajoutera: « Olympio était rigoureux. Il était rigoureux parce qu’il avait voulu faire du Togo, un grand pays aussitôt. Ce qui n’était pas possible. Alors, il a demandé un abattement de 5% sur nos salaires qu’il nous retournera quand le pays sera bien stabilisé. Mais jusque là, le budget de l’Etat était toujours équilibré. Le jour de son assassinat, son fils Bonito était dans la rue pour inciter la population à réagir en criant en vernaculaire : « les braves de mon père, où êtes-vous ? Sortez !... » Mais les gens n’avaient pas réagi, n’avaient pas fait de bruit. Parce qu’avant le drame, Olympio était devenu impopulaire. A partir du moment où il dit plus de JUVENTO, plus de PTP, plus de UCPN, tout le monde dans un seul parti, lequel parti n’est autre que son parti, le Comité de l’Unité Togolaise (CUT), les troubles avaient commencé. Pour lui, le CUT aurait été jaloux de la montée de popularité de la Juvento et les affaires de coup d’Etat n’étaient que pure invention.
Cette version est nuancée par Me Bebi Lucien OLYMPIO qui nous confie ému dans son cabinet: « Dites-moi quel est le régime qui peut accepter qu’on fasse venir les armes pour le déstabiliser? C’est la question que je me pose. Je vais vous dire une chose. M.OLYMPIO ne s’est pas réveillé un beau matin et a commencé par emprisonner, torturer les gens. Loin s’en faut. Il y a sûrement des raisons. Le régime a commencé par se durcir quand on a découvert que des adversaires politiques ont fait venir des armes dans le pays. Ils ont été arrêtés. Moi j’ai vu tout cela, compte tenu de ma fonction. Des pistolets 9 mm, portant la marque 1942, fabriqués en Tchécoslovaquie ont été retrouvés au cours des perquisitions et ceci dans 41 caisses », avant de poursuivre : « la réalité est que N’Krumah qui a toujours eu des ambitions sur le Togo, a suscité et soutenu des rebellions contre Sylvanus Olympio. Mais elles furent toutes déjouées. Vous savez, on peut a priori dire que le régime avait utilisé des méthodes peu recommandables. Sur cela, je ne peux pas vous dire qu’il les a caressés avec des bouquets de rose. Mais j’insiste que les gens n’ont pas été arbitrairement arrêtés. Des armes et munitions ont été retrouvées chez eux. »
Sylvanus Olympio et la question militaire. Il ne négligeait pas la chose militaire mais il en avait sa propre conception. La Force Nationale Togolaise a même vu le jour au cours de son règne, le 3 novembre 1961. Il pensait que le Togo n’avait pas besoin de toute une armada militaire. Pour lui, le pays venait à peine d’avoir son indépendance et il donnait la priorité aux projets de développement. Il proposa une formation militaire pour tout citoyen togolais comme cela se fait en Suisse. Cette expérience avait débuté avant son assassinat et profitait aux élèves du cours secondaire.
Quid des « Ablodé Sodja », une milice qui aurait été à la solde du CUT et qui aurait entrepris une chasse aux sorcières dès après la victoire de ce parti aux législatives de 1958 ?
Mr Godwin TETEH qui vivait au Togo à cette époque écrivit à ce propos : «Si une telle chasse érigée en principe de gouvernement avait réellement existé, on l’aurait su. Les Ablodé-sodja étaient constitués par un noyau de militants chevronnés, chargés d’assurer le maintien de l’ordre aux réunions et meetings du CUT »
Ce qui est aussi vrai, poursuit-il « c’est que de 1951 à 1958, les patriotes togolais radicaux allaient subir tout un arsenal de brimades, de vexations et d’autres affres imposées par l’Administration coloniale et colonialiste soutenue consciemment ou subconsciemment par des suppôts autochtones. On comprend qu’après la victoire patriotique du 27avril 1958, des éléments incontrôlables de la population se fussent livrés à des actes regrettables sur des togolais qui avaient cru devoir exhiber un excès de zèle durant la période 1952-1958».
Sylvanus OLYMPIO n’a pas été un parfait démocrate. Mais il avait de grandes ambitions pour son pays.
Il fut et demeurera un des Grands Hommes de l’histoire de notre pays. Rendons lui cette justice. Etonam Sossou
27 avril 1960 : journée historique Si, comme tous les peuples africains colonisés, les Togolais sont passés d’abord de la résistance à la capitulation devant l’envahisseur, face à un rapport de force qui leur était largement défavorable, ils n’ont jamais accepté l’idée de vivre sous la domination d’un peuple qui était venu leur imposer sa façon de vivre, de sentir et de voir les choses. Quand on ajoute à cela les brimades quotidiennes de l’envahisseur, ainsi que le pillage systématique des ressources du pays, on comprend aisément que l’idée de se libérer un jour du joug colonial a toujours existé dans l’esprit des Togolais. La résistance farouche devant l’avancée des colons vers l’intérieur du pays démontre à elle seule le refus de la présence et de la domination coloniale par la quasi-totalité des peuples du Togo. La date du 21 juin a été retenue pour célébrer la bravoure de ceux qui sont tombés sous les balles du colon parce qu’ils refusaient l’aliénation de leur territoire par des étrangers. Tous ces hommes courageux ont été érigés en martyrs. Il y en a eu presque partout : à Vogan, dans les plateaux Akposso, à Bassar, en pays Kabyè et Losso et à Mango, pour ne citer que ces localités. Aussi, à mesure que s’affirmait le nationalisme à travers les pétitions envoyées à l’ONU pour revendiquer l’indépendance du pays, les Togolais se prenaient-ils à rêver. Il faut dire que les travaux forcés et surtout les taxes avaient poussé bon nombre d’entre eux à l’exil. Peu à peu, les choses semblaient aller dans le sens d’une indépendance avec la proclamation de la République Autonome en 1956 et l’organisation de législatives en 1958 qui conduisirent à la nomination de Sylvanus Olympio, leader du C.U.T comme Premier
Ministre du Togo. Le 27 avril 1960, ce dernier proclame enfin l’indépendance du Togo.
Il ne serait pas exagéré de dire que le peuple attendait cet événement comme les juifs ont attendu la naissance du Messie. C’est pour cela que les festivités ont été à la hauteur de la célébration d’un événement unique.
Focus Infos propose à ses lecteurs de revivre l’ambiance de ce jour mémorable à travers le regard de quelques témoins qui ont vécu l’événement. Parmi les personnalités que nous avons pu rencontrer, certains étaient encore des enfants. Mais leurs souvenirs restent très vivants et chargés d’émotions.
Les préparatifs La jeune République du Togo qui s’apprête à fêter son accession à la souveraineté internationale ne disposait alors d’aucune infrastructure hôtelière. Le seul établissement de ce genre était l’hôtel du Golfe, résidence de prédilection pour les marins qui accostaient dans notre wharf. Les nouvelles autorités vont mettre tous les moyens pour construire au pas de charge un hôtel de classe internationale, l’hôtel «Lébénè» (Prends-en soin) francisé plus tard sous le nom de « le Bénin» et connu aujourd’hui comme l’hôtel Ibis. Il fallait loger convenablement nos hôtes de marque : le dernier gouverneur Allemand Adolph Frédéric de Mecklenburg, un des tous premiers gouverneurs français Bonnecarrère qui était encore vivant, le Ministre Allemand de l’agriculture Mr Schwartz, l’Inspecteur d’académie Robert Imbert, le représentant de la France Mr. Louis Jacquinot, un envoyé spécial du Président Tubman du Libéria ainsi que plusieurs autres personnalités.
Il ne faut pas oublier le monument de l’indépendance dont la construction a été confiée à un architecte français de renom Coustère. L’administrateur Robert Cornevin le décrit en ces termes dans son ouvrage « Le Togo » : « … possède l’inestimable avantage (sous les tropiques) d’être mieux apprécié de nuit grâce à d’habiles jeux de lumière. ». Cet ouvrage d’art constitue une fierté que l’on peut toujours admirer de nos jours.
La ville de Lomé et toutes les circonscriptions administratives du pays vivaient dans une certaine euphorie quelques jours avant le jour J. On sentait que quelque chose d’exceptionnel se préparait. Et cette euphorie est allée en grandissant à mesure que l’on approchait du 27 avril de l’année 1960. Tout le peuple s’est senti concerné par l’événement, du nord au sud. Mr TCHATCHIBARA, tout juste âgé de 13 ans et à l’époque pensionnaire du Séminaire St Pierre Clavère de Lomé est de cet avis. Personne ne s’est senti exclue de l’événement.
La veille du jour J, personne n’a dormi à Lomé. Tout le monde chantait et dansait dans tous les quartiers de la ville. Cette nuit a dû sembler trop longue pour beaucoup qui attendaient avec impatience de voir les cérémonies grandioses qui allaient marquer l’événement unique. Aujourd’hui encore, Mr TCHATCHIBARA est toujours fier de dire : « le 27 avril 1960, j’y étais ».
La journée mémorable du 27 avril 1960 Le jour J arriva enfin. Très tôt le matin, les Loméens prennent la direction des lieux de la manifestation : le stade municipal de la ville. Mr N’GUISSAN Ouattara raconte ce qu’il a constaté sur le chemin qui le menait vers cet endroit : « les gens couraient partout, les foulards dans la main pour les femmes et les tapettes pour les hommes. Tout cela pour aller plus vite ». C’est finalement une foule nombreuse qui prendra d’assaut le stade municipal, personne ne voulant se faire conter l’événement.
La couleur dominante de cette foule multicolore était le blanc, symbole de paix.
Enfin, le Président Sylvanus Olympio arrive, dans une limousine décapotable, majestueux, drapé dans une tenue traditionnelle des notables de la côte du golfe de guinée : le Kété. Le sourire aux lèvres et saluant la foule, encore plus ému que ses concitoyens par ce qui est en train d’arriver. Les cris de joie, le tonnerre d’applaudissements et la liesse des hommes, femmes et enfants présents ici ne se calmeront que lorsqu’il prit place dans la loge officielle aux côtés de ses hôtes de marque. Après les coups de salves et la proclamation de l’indépendance à minuit, on touchait au clou des manifestations.
Me Zeus AJAVON fait part de son émotion de jeune lycéen de l’époque quand au cours de son allocution qui allait proclamer l’indépendance du Togo, le Président Sylvanus Olympio a dit : « … la nuit est longue, mais le jour vient ». Selon lui, une phrase comme celle-ci fait voir à un lycéen quelque chose d’extraordinaire. Elle vous hante. « C’est une phrase qui m’est restée ».
L’incident du drapeau Le drapeau français, symbole de domination et d’oppression allait à cette occasion descendre pour que soit hissé celui du Togo, symbole de liberté. C’était un instant très solennel, marquant le couronnement de plusieurs années de lutte qui avaient coûté beaucoup de larmes, de frustration et beaucoup de morts. Désormais, cela ne serait plus qu’un mauvais souvenir.
La foule avait les yeux rivés sur les deux soldats impeccablement vêtus, les mains gantées de blanc, l’un tenant respectueusement le drapeau des deux mains, tandis que l’autre tirait sur la corde pour le hisser sur le mât.
La foule en délire applaudissait en suivant la montée majestueuse des couleurs nationales. Puis soudain, c’est la stupeur : le drapeau ne monte plus, il est coincé à mi-parcours. Le soldat a beau tirer, rien à faire. Un silence de cathédrale s’abat sur la foule. « Pourquoi notre drapeau refuse de monter ? », se demande Mr TCHATCHIBARA ainsi que toute l’assistance.
Combien de temps le drapeau est il resté coincé ? Les souvenirs des uns et des autres ne semblent pas s’accorder à ce sujet. Pas plus qu’une minute pour certains comme Zeus AJAVON, TCHATCHIBARA. C’est sans doute en raison de l’émotion des uns et des autres qu’on donne à l’incident une durée plus longue qu’il ne l’a réellement été. C’est un autre son de cloche chez Mr ANTHONY pour qui ce fut l’œuvre des ennemis de l’indépendance.
De fait, il a fallu que quelqu’un monte pour décoincer le drapeau.
On peut, en considération du fait qu’il a fallu se rendre compte de la nécessité d’envoyer quelqu’un là haut pour donner un coup de pouce au drapeau et du temps qu’il a fallu pour réaliser la manœuvre, déduire que l’incident a quand même duré quelques minutes. Cela dit, ce n’est pas tant la durée pendant laquelle le drapeau est resté coincé que la signification à donner à l’incident qui avait de la valeur aux yeux des Togolais.
Comment fallait-il comprendre ce qui était arrivé ? Car, tout a une signification dans nos traditions africaines. Au regard de tout ce qui est arrivé par la suite à notre pays, aujourd’hui encore, certains pensent que c’était un signe qui annonçait l’avenir incertain que nous vivons actuellement. Mr MONSILA, membre de la JUVENTO est de ceux-ci : « C’était un présage. L’unité n’était pas complète à ce moment là pour proclamer l’indépendance ». Zeus AJAVON, lui, parle «d’incident purement technique ». Et Mr Godwin TETE affirme : « ça arrive…un petit incident de parcours ». Ce serait donc la crédulité, fille de l’ignorance, qui fait voir dans cet incident un mauvais présage. Le débat sur le sujet est loin d’être clos.
Toujours est-il que tout est rentré dans l’ordre et le drapeau a enfin touché le haut du mât, sa destination finale. L’hymne nationale du Togo qui allait désormais saluer nos couleurs «Terre de nos aïeux» a été interprété pour la première fois par « Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois», une célèbre chorale de Notre Dame de Paris que le Togo avait invitée. Pour le plus grand bonheur de l’assistance, ils ont chanté l’hymne en français et en Ewé.
Puis le défilé a commencé, ouvert par la petite armée de l’époque, 600 hommes. Le défilé civil a été riche de diversités. Les élèves habillés de blanc ont fait un passage très remarqué, surtout les écolières qui, comme on le voit sur le film retraçant l’événement, étaient belles et gracieuses. Des groupes folkloriques venus de toutes les régions du pays ont été chaudement applaudis et ont permis aux hôtes de marque du peuple Togolais d’apprécier nos richesses culturelles. Ils ont également apprécié la démonstration des potentialités minières et agricoles du Togo à travers le passage de véhicules chargés de : phosphate brut, de plants de cocotiers, de palmiers, de caféiers, de cacaoyers, de maïs, etc.
Après ce défilé monstre, la fête s’est poursuivie par un grand pique-nique à la grande cocoteraie Pa de Souza. L’avenir ne s’annonçait-il pas radieux, avec le départ des colons ?
Plusieurs jours de suite, les Togolais fêtèrent la naissance de leur nouvelle République.
Mr N’GUISSAN se rappelle que : « cette année là, la fête du 1er mai n’était pas la fête des travailleurs mais de tous les Togolais, quels qu’ils soient ».
Le 27 avril 1960, selon Mr TCHATCHIBARA, « a été le début du sentiment d’être Togolais, avec la fierté de l’être ». Me Zeus AJAVON, lui, insiste sur le fait que : « ce jour là, les Togolais ont cru en un eldorado ».
Bien que disposant de moyens limités, la jeune République a tout fait pour donner à la fête de l’indépendance un éclat particulier dont se souviennent tous les témoins de l’époque.
Ayant foi en l’avenir et désormais maître de son destin, le peuple a jubilé.
Le départ du colonisateur était censé être pour le peuple le début de sa marche vers le développement.
Quarante-huit ans sont passés, avons-nous vraiment avancé dans ce sens ? Le débat est ouvert. Wobedigna A |