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Conseil des ministres : Les dernières actions salutaires du gouvernement

L'Union #119 du 28 mars 2008

Les problèmes auxquels sont confrontés les Togolais en ce moment sont énormes.  Si bien que les efforts que déploie le gouvernement sont souvent noyés dans les immenses  attentes des populations.  Pour juguler la crise internationale caractérisée par la hausse des prix des produits, surtout de premières nécessités, le gouvernement a encore pris des décisions importantes lors du conseil des ministres du mardi dernier. Au nombre de celles-ci, on peut s’attarder notamment sur l’allongement de l’âge de départ à la retraite. 

L’équipe Mally a compris que l’administration publique est l’outil par excellence par lequel elle  doit assurer l’exécution de sa politique de bien-être des populations.  C’est à raison donc que le gouvernement a décidé de mettre à la disposition de celle-ci des hommes et des femmes compétents, efficaces et en nombre suffisant.  Le projet de loi  adopté en conseil des ministres mardi dernier réaménage l’ancienne formule de départ à la retraite fixée à 55 ans  ou à 30 ans de service effectifs pour toutes les catégories de personnels de l’Etat. Il prolonge pour quelques années la limite d’âge en tenant compte de la qualification de chaque agent. L’objectif visé est de garder le plus longtemps possible les cadres de conception tels les magistrats et le personnel enseignant du supérieur admis à la retraite à 60 ans. Ainsi, l’âge limite d’admission à la retraite des agents de la fonction publique togolaise est fixé à 60 ans pour ceux des catégories A1 et A2, à 58 ans pour les catégories B et C des cadres du perso
nnel enseignant et de la santé, à 53 ans pour les cadres B  des fonctionnaires  de et les autres à 55 ans d’âge.

Un nouveau souffle pour la CRT
Pour le gouvernement, le prolongement de l’âge de la retraite pour les agents concernés pourrait contribuer à réduire le déséquilibre financier de
la Caisse de Retraite du Togo (CRT), qui débourse plus d’un milliard de francs Cfa par mois pour payer les retraités alors que ses ressources mensuelles se chiffrent à peine à 400 millions de francs, l’Etat étant obligé de subventionner chaque mois la différence. Par ailleurs, la performance des entreprises et autres unités de production est fonction de l’utilisation du capital humain. Cette adéquation gouverne la transmission des compétences ainsi que la capacité des entreprises à faire face à la compétitivité et à la productivité pour leur maintien dans un environnement national et international de plus en plus difficile.

Les entreprises togolaises, compte tenu de la formule actuellement en vigueur en matière de retraite, se vident littéralement de leurs personnels les plus expérimentés. L’autre intérêt de la réforme de la retraite réside dans la nécessité de rétablir l’équilibre de la branche pension des organismes de sécurité sociale. La détérioration observée au niveau de ces institutions s’explique principalement par le système actuel de cessation définitive de carrière des travailleurs. Il est donc indispensable d’opérer un sauvetage de ces organismes en réformant le système. Ainsi, l’âge d’admission à la retraite est fixé à 60 ans pour les secteurs privé et parapublic au Togo. Toutefois, des régimes spéciaux prenant en compte la possibilité d’un départ avant ou après terme et d’un départ volontaire peuvent être institués.

D’après le ministre de la Fonction publique, les effectifs de la fonction publique ne cessent de décroître à cause des départs à la retraite, des décès, des démissions. Le gouvernement, pour pallier les déficits d’effectifs, avait décidé d’organiser périodiquement des concours de recrutement. Cet effort avait permis, dans les années 80, de maintenir les effectifs autour de 34.000 agents toutes catégories confondues et avait, de ce fait, permis à l’administration publique d’assurer ses missions quotidiennes. Avec l’arrêt des recrutements au début des années 90, cet effectif a commencé à diminuer sensiblement, passant de 27.087 en 2000 à 20.527 agents en 2004. Et selon les prévisions, les départs à la retraite se chiffreront à 15.549 agents d’ici 2009 si aucune mesure appropriée n’est prise par le gouvernement pour renforcer ces effectifs en constante diminution.

Les caisses se vident
D’autre part, dans le système de répartition pratiqué par la Caisse de Retraites du Togo et la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, il faut plusieurs agents actifs pour un retraité. Le minimum, selon les experts, est de cinq cotisants pour un retraité. A l’heure actuelle, nos caisses «jonglent» avec 1, 4 cotisant pour un retraité et ne seront plus en mesure de fournir leurs prestations à partir de 2010.

Mais compte tenu des contraintes budgétaires auxquelles l’Etat fait aujourd’hui face, il a été proposé que ce relèvement ne puisse s’appliquer, pour le moment, qu’aux cadres A1 et A2 de l’administration générale et aux catégories B et C relevant des secteurs de la santé et de l’enseignement où des départs massifs à la retraite sont observés chaque trimestre. Toutefois, dans un souci d’harmonisation, il a été proposé lors de la réunion du Conseil National du Dialogue Social (CNDS) qui s’est tenue le 18 février 2008 que le secteur privé puisse suivre la proposition de relèvement de l’âge de la retraite suggérée par le gouvernement.  Mais le patronat et les syndicats ont systématiquement rejeté une telle harmonisation.

Ils ont proposé que le secteur public évolue à son rythme et que le secteur privé puisse généraliser le relèvement de l’âge de la retraite à tous les travailleurs/ Mesure qui, selon eux, est indispensable et urgente.  De sources proches du gouvernement, des concours de recrutements dans la fonction publique sont en préparation en vue de combler dans les meilleurs délais les nombreux départs à la retraite. Les jeunes diplômés peuvent commencer à affûter leurs armes… Comme on peut le constater, des efforts sont fournis mais peut-être pas encore à la hauteur des attentes des populations qui viennent de sortir d’une crise de plus de 15 ans. On peut ne pas aimer le guépard, mais il faut reconnaître au moins qu’il court.

Jean Afolabi


Après 4 mois de charges imprévues au Togo : La subvention du pétrole atteint ses limites
Que faire au-delà du mois d’avril ?
«La dernière révision des prix à la pompe des produits pétroliers au Togo remonte au 1er décembre 2006, au moment où le baril de pétrole se vendait à 60 dollars US. Depuis lors, la situation s’est aggravée avec la flambée persistante des prix du pétrole brut sur le marché international (…) Ainsi, l’intervention de l’Etat pour maintenir les prix à la pompe sur la période janvier - avril 2008 représente un manque à gagner d’environ 10 milliards de FCFA pour le budget national. Il en résulterait, si l’on n’y prend garde, un déséquilibre des prévisions budgétaires  de la loi des finances 2008 car l’intervention de l’Etat en matière de soutien au secteur des produits pétroliers a atteint ses limites».

Voilà le constat sur fond d’essoufflement que le conseil des ministres a fini par officialiser le mardi dernier. Pour un Etat fragile qui négocie le retour des vieilles amours avec ses partenaires financiers, il faut comprendre toutes les difficultés actuelles à sortir du cadre du budget en cours. Surtout qu’à côté, il urge de satisfaire d’autres exigences sociales, politiques et économiques. Ensemble des comptes décrivant les ressources et charges de l’Etat, le budget a cette particularité d’être équilibré et rigide pour être mieux contrôlé en fin d’exercice. Par sa malléabilité, on peut être amené à crever une partie pour en compenser une autre, mais sans démesure.

Aujourd’hui, il ne fait l’ombre d’aucun doute que les pouvoirs publics veulent éviter une autre désapprobation sociale qui viendra s’ajouter aux grincements de dents accompagnant la flambée des prix des produits de première nécessité.

Jusqu’à quand ?
La plus belle femme peut-elle donner plus qu’elle en a ? Une question que tout le monde doit se poser au lendemain du refus catégorique des pays producteurs de pétrole à augmenter leur production. Et comme par enchantement, le Togo résiste au temps et garde la décision, une nouvelle fois, de ne pas modifier les prix à la pompe. Du coup, le manque à gagner qui découle de cette mesure pour l’Etat est de 5,09 milliards de FCFA, un coût plafonné à 4,8 milliards jusqu’à la dernière hausse qui se maintient toujours au-dessus de la barre de 100 dollars le baril. «Le gouvernement a bloqué la hausse du prix du carburant parce que le carburant a été revu à la hausse depuis le 1er février 2008. Les Togolais ne le savent pas : le prix à la pompe est passé jusqu’à 595 FCFA. Mais, compte tenu de la dénonciation faite sur la flambée des prix, ces prix ont été bloqués dans les tiroirs du gouvernement jusqu’à ce jour. Donc, il a déboursé 4,800 milliards pour subventionner le carburant. C’est une compensation que l’Etat doit reverser aux pétroliers», reconnaissait à juste titre le porte-parole de l’Association togolaise des consommateurs, Aladjou Agouta (Union n°114 du 22 février 2008). Un effort que ne minimise point l’Intersyndicale des travailleurs du Togo.

Selon le communiqué du conseil des ministres, le baril est à environ 106 dollars US. Et les causes de cette flambée sont, entre autres, les tensions géopolitiques et sociales dans les pays producteurs, la baisse des réserves américaines, la décision des pays producteurs de ne pas augmenter leur niveau de production actuel, l’augmentation de la demande en carburants (République de Chine et pays émergeants).

Faut se préparer !
Au Togo, les prix à la pompe des produits pétroliers sont fixés sur la base du mécanisme d’ajustement automatique des prix des produits pétroliers mis en place le 2 avril 2002 par le gouvernement. Ce système fait varier le prix des carburants à la pompe en fonction des fluctuations de leurs cours mondiaux dans une fourchette de plus ou moins 5 % par rapport aux prix de la structure de référence. Les variations des prix de la nouvelle importation par rapport au prix de référence du 1er décembre sont les suivantes : essence sans plomb (+ 15 % à 580, 94 F CFA contre 505 FCFA), pétrole lampant (+ 48 % à 547, 49 FCFA contre 370 FCFA), gasoil (+ 30 % à 648, 73 FCFA contre 500 FCFA).

Sur le gaz domestique, le gouvernement affirme également subventionner jusqu’à hauteur de 8.500 francs sur la bombonne de 12 kg. «De ce qui précède, et au regard de nos consommations respectives, chacun de nous peut apprécier ce que le gouvernement déploie comme effort en vue de soulager les populations togolaises du poids de la cherté de la vie qui nous est imposée par la conjoncture internationale», a déclaré, jeudi sur radio Lomé, le ministre du Commerce, de l’industrie, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, Yendja Yentchabré. En se gardant, bien entendu, d’avancer une quelconque probable hausse des prix du carburant. Devine qui pourra.

Rappelons qu’ayant supporté les coûts pendant plusieurs années, l’Etat a dû lâcher en 2007, ce qui avait conduit à une augmentation de près de 25% des prix des produits pétroliers. Et cela a créé le tollé qu’il devait créer au sein des consommateurs. Visiblement, une nouvelle hausse des prix des carburants, en l’espace d’un an, pourrait conduire au suicide des foyers, d’autant que le prix élevé du baril du pétrole est déjà assez ressenti sur le coût des biens de consommation. Juste un répit pour le conducteur de véhicule ou tout autre engin roulant à base de carburant… si l’on n’y prend garde !

Sylvestre D.


Littérature : 40 ans après sa disparition, Couchoro ressuscité
Quarante ans après sa mort, l’écrivain Félix Couchoro se voit rappelé à la mémoire du monde  des lettres à travers un colloque organisé par le Département des lettres de l’Université de Lomé et l’Association togolaise des Bibliothécaires-Réseau Lecture publique les 26 et 27 mars à l’auditorium de l’Université ; lequel colloque se situe dans le cadre des journées internationales de la Francophonie. Au cours de ce colloque, les différents critiques littéraires, enseignants et chercheurs de l’Université de Lomé auront à décliner sur la vie et l’œuvre de Couchoro à travers de nombreux thèmes.

Premier écrivain togolais, auteur prolifique de 21 romans dont un seul, L’esclave, fut édité en 1929, les autres parus en feuilletons dans les colonnes du quotidien national Togo-Presse, Félix Couchoro fut pourtant longtemps occulté par la critique, certainement à cause de sa non-édition, l’auteur étant boudé par les maisons d’édition. Une situation qu’explique l’universitaire Daniel Dosseh Lawson-Body dans le numéro 131 de la revue Notre librairie consacré au Togo par la posture littéraire de Couchoro. Une question d’opportunité littéraire tout simplement, de choix esthétique et thématique, Couchoro ayant choisi d’évoluer en marge des grands courants littéraires du XXème siècle. Lorsque la plupart des écrivains d’Afrique noire étaient engagés dans un combat culturaliste, nationaliste voire anticolonialiste, «Couchoro choisit un autre terrain d’élection et d’intellection, celui de la société togolaise en mutation», écrivait M. Lawson-Body. En clair, Félix Couchoro était victime du fameux procès de littérature rose fait à Camara Laye par Mongo Béti quant à ses romans L’enfant noir et Le Regard du roi.

Pourtant, note Laté Lawson-Hellu dans son Introduction aux oeuvres complètes de Félix Couchoro (Mestengo Press, Canada, 2005), cette écriture pionnière de la littérature devrait être d’un grand intérêt pour la critique, ne seraient-ce que la dimension protéiforme de l’homme et de son oeuvre. Couchoro fut à la fois romancier, essayiste, nouvelliste et scénariste, journaliste, enseignant, homme d’affaires et propriétaire de plantation.  «Comme l’indique suffisamment la posture de l’écrivain face à ses textes et à ses univers fictifs, c’est une écriture qui porte les marques du fait identitaire devenu par la force des choses objets et projets à la fois», écrit  L. Lawson-Hellu. C’était l’écrivain de son époque et son témoignage mérite d’être connu pour comprendre cette période importante de l’histoire nationale.

Le professeur Kuakuvi Kuami Mawulé, enseignant de philosophie, dit à propos : «Félix Couchoro a écrit des œuvres qui décrivent les réalités  sociales de son époque. Ses analyses romanesques ressemblent à des reportages d’ethnologue et d’anthropologue. Ce n’était pas de la fiction, ni de l’autobiographie». En fait, il s’agit dans le cas d’espèce de l’autofiction, genre romanesque dans lequel Couchoro devrait être considéré comme un pionnier.

Ressuscité quarante ans après sa mort, l’écrivain né avec le siècle, mort en 1968, n’en continue pas moins d’alimenter une sourde polémique à propos de sa nationalité : les Béninois réclamant aussi le Togolais comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Né, il est vrai dans la ville esclavagiste de Ouidah, ayant grandi et fait ses études en cette ville, Couchoro enseigna au Togo et fut fonctionnaire au ministère de l’Information. L’homme même avait une origine nigériane lointaine et son œuvre concerne la sphère géographique Ewé-mina, avec un accent particulier sur les Guins, peuple dont il se considérait comme membre. 

Mais le débat n’a plus lieu d’être, selon Martin Gbénouga, chef du Département des lettres modernes à l’Université de Lomé ; la question étant déjà tranchée quand on se réfère à la vie même du pionnier de la littérature togolaise. Couchoro est considéré comme un écrivain des frontières, selon un critique togolais. Au Bénin, il vivait à Agouè, territoire très proche du Togo ;  à Lomé, il vivait très près de la frontière ouest à Kodjoviakopé, la dernière maison avant la frontière du Ghana. Peut-être une manière de signifier qu’il se foutait royalement des nationalités.

Reste l’importante question de l’influence de Couchoro sur la littérature togolaise. Un critique littéraire de la place se dit proche de Couchoro qui écrit des choses qui parlent à son imaginaire, contrairement, par exemple, au roman Femme infidèle de Sami Tchak. A voir. Si Kossi Efoui semble être l’écrivain à avoir marqué la littérature togolaise et les jeunes auteurs montants, il reste quand même à trouver des héritiers spirituels à Couchoro.

 
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