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Y a-t-il quelqu’un à la primature ?

Focus Info #003 du 28 mars 2008

La nomination de monsieur  Komlan MALLY le 03 décembre 2007 par décret n°2007-131/PR portant nomination du Premier ministre, a été accueillie avec beaucoup de surprise et de scepticisme. Jusque dans son propre camp. Se soumettant aux dispositions de la Constitution en son article 78 alinéa 2, il a présenté le programme de son gouvernement le 17 décembre 2007 devant l’Assemblée nationale. Cent jours après, qu’en est-il ?

Un manque de résultats
Dans sa déclaration de politique générale, monsieur MALLY n’avait pas manqué  de relever les grands axes de sa politique. Il avait entre autres reconnu que la crise socio-économique qu’a connue le pays avait mise à rude épreuve la cohésion nationale. Il est vrai que le Togo s’est parfois retrouvé « au bord de l’implosion ». Il était donc urgent d’agir dans le sens de la consolidation de la nation togolaise. Aussi, se proposait-il de soumettre des projets de loi en vue de  la recherche de solutions à tous les problèmes qui ont divisé les Togolais. Une commission serait mise en place pour faire des propositions de mesures pouvant favoriser le pardon et la réconciliation nationale.

Le Premier ministre avait également parlé de la croissance économique et de la lutte contre la pauvreté. Il assurait le parlement dont il était allé chercher l’onction, que son gouvernement allait prendre des mesures hardies et énergiques pour permettre à l’économie de retrouver le chemin d’une croissance forte, soutenue et durable.

Le chef du gouvernement avait aussi à cœur de créer les conditions minimales d’accès aux services essentiels : la santé, l’éducation, la formation, l’eau,  l’assainissement et la protection sociale. Pour finir, il entendait œuvrer dans le sens de la réaffirmation du Togo dans le concert des nations.

A l’époque, l’Union des Forces du Changement (UFC), principal parti de l’opposition, n’avait pas manqué d’exprimer le peu de foi qu’elle entendait accorder  aux capacités et à la réelle volonté du gouvernement de  mener à bien l’exécution d’un programme qu’elle ne considérait pour sa part que comme un « catalogue de bonnes intentions ». Cent jours après,  pour un mini bilan, les faits lui donnent raison.

Certaines actions ont été certes  amorcées :
- Le débat en cours pour doter l’opposition d’un statut,
- Les projets de réformes engagées au sein de l’armée,
- Les efforts pour humaniser l’univers carcéral,
- L’extension des toiles de l’Opération Araignée à l’intérieur du pays,
- L’appui au secteur cotonnier,
- L’amélioration dans la fourniture de l’énergie électrique,
- Les concours de recrutement dans les corps médical et enseignant,
- La hausse des indemnités de fonction des autorités administratives,
- Les subventions aux produits pétroliers.

Même si cent jours sont un peu courts pour jauger de l’efficacité du premier ministre et pour avoir un jugement définitif, il faut cependant reconnaître que ce mini bilan est loin d’être brillant (c’est de l’euphémisme),  quasi-insignifiant par rapport aux urgences et aux impatiences.

En effet,  face aux innombrables chantiers et défis majeurs auxquels devait s’atteler monsieur MALLY, les cent jours sont suffisants pour se rendre compte que  l’immobilisme semble être le mot qui caractériserait ses actions. A tel point  d’ailleurs qu’excédés, l’Inter Syndical des Travailleurs du Togo (ISTT)  et l’Association Togolaise des Consommateurs (ATC) par exemple sont montés au créneau pour appeler la population à manifester son ras-le-bol face à la cherté de la vie et à l’inflation galopante.

Un premier ministre invisible
Les cent jours sont également   suffisants pour apprécier  la personnalité de celui qui, selon l’article 78 de la  constitution, est le chef du gouvernement ; à qui  il revient de diriger et de coordonner  l’action gouvernementale.

On évoque souvent la réduction des marges de manœuvre du Premier ministre au profit du Président de
la République. Cependant, la personnalité du titulaire du poste peut l’aider dans la pratique, à aller au-delà du rôle auquel on le cantonne. Kodjo AGBEYOME, Edem Kodjo … en ont fait la démonstration.

En l’occurrence, il ne s’agit pas de compétence. Mais de dynamisme, de pragmatisme, de visibilité. En somme, de personnalité face à la fonction.

Le Chef du Gouvernement est un chef d’orchestre qui bat la mesure, imprime le rythme, rappelle d’éventuelles variations pour que la symphonie étatique puisse atténuer les cacophonies sociales.

Le nôtre fait montre d’une invisibilité déconcertante qui fait d’ailleurs que beaucoup ignorent qu’il était ministre de la ville à sa nomination. Nous ne doutons pas de la compétence de cet énarque, mais nous déplorons son caractère trop discret, voire effacé. Car la fonction est hautement politique, essentiellement administrative, mais surtout publique.  Les Togolais attendent beaucoup de leur gouvernement. Un Premier ministre plus présent, plus entreprenant, plus visible, plus communicateur, c’est-à-dire, plus convainquant, les rassurerait davantage.

Notre pays est  comme un organisme qui sort d’une longue et grave maladie. En convalescence, il a besoin de vitalité et d’audace. Le président de l’Assemblée nationale, monsieur Abass BONFOH a déclaré à la nomination de  monsieur MALLY, que la fonction change l’individu et qu’il sera un très bon Premier ministre. 

On attend toujours de voir. Car pour l’heure,  il se contente d’«inaugurer les chrysanthèmes ». Pendant ce temps, la tension sociale  monte
La rédaction

Focus  Infos  solidaire de Lawson-Drackey Daniel de Nana FM
Par décision N° 0001/ HAAC/08/P du 19 février 2008, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication ( HAAC) a décidé la « suspension définitive des éditoriaux, billets, réflexions, commentaires ou analyses de LAWSON-DRACKEY Daniel sur Nana FM. »

FOCUS INFOS dénonce cette décision qui porte gravement atteinte à la liberté de presse et d’opinion, un droit garanti par la constitution togolaise, et manifeste sa solidarité avec le confrère LAWSON-DRACKEY.

L’article 26 de
la Constitution est claire et sans ambiguïté : « La liberté de presse est reconnue et garantie par l’Etat. Elle est protégée par la loi. Toute personne a la liberté d’exprimer et de diffuser par parole, écrit ou tous autres moyens ses opinions ou les informations qu’elle détient dans le respect des limites définies par la loi. La presse ne peut être assujettie à l’autorisation préalable, au cautionnement, à la censure ou à d’autres entraves. L’interdiction de diffusion de toute publication ne peut être prononcée qu’en vertu d’une décision de justice»

La décision de la HAAC
est tout simplement une censure, l’expression d’une tendance   de plus en plus affirmée de cet organe, à vouloir imposer  une « ligne éditoriale » définie par elle à toutes les rédactions. Que retenir d’ailleurs de la réunion organisée à son siège avec les patrons de presse le 22 février dernier, si ce n’est la quasi-formalisation de cette tendance?

Quand le président de la HAAC invite quasiment les journaux à rechercher la réconciliation entre le Président de la République, Faure Gnassingbé, et son frère Kpatcha, plutôt que de faire des choux gras de leur différend ; quand le président de la HAAC estime que beaucoup trop d’articles sont consacrés à la crise de la FTF ; que fait-il ? Sinon une tentative d’enfermer toute la presse dans une logique de pensée unique.

Non,  Monsieur le Président, si un journal veut consacrer toutes ses pages et chacun de ses numéros   à la relation tendue entre Faure et Kpatcha GNASSINGBE, c’est son droit le plus absolu.  Il ne vous appartient pas de déterminer la pertinence ni l’opportunité des sujets traités dans nos journaux, pas plus que l’angle sous lequel ils doivent être traités. Le problème Faure-Kpatcha est éminemment politique à partir du moment où il peut influer sur la conduite des affaires de l’Etat et sur notre avenir à tous.  Vous dites assez ? Nous disons encore !

Non, Monsieur le Président, si un journal veut consacrer toutes ses pages et chacun de ses numéros à la crise interminable qui secoue la FTF, c’est son droit le plus absolu. Les matchs de nos Eperviers constituent les seuls événements permettant la communion de tous les fils de ce pays. L’élimination de nos footballeurs pour la qualification  à la CAN
2008 a  ainsi plongé notre pays dans une grande tristesse. Il est donc logique que la crise à la FTF intéresse au plus haut point nos compatriotes, et fasse les unes des journaux. Vous dites assez ? Nous disons encore !

La  mission  de la HAAC,  précise la Constitution, est de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse et des autres moyens de communication de masse. Faites donc cela.

Vous ne faites pas cela lorsque vous cherchez à contrôler la presse.

Vous ne faites pas cela lorsque que vous tenez des propos méprisants envers des confrères en les accusant d’être cupides et mendiants, même s’il n’est de secret pour personne que la presse togolaise ne regorge pas que de saintes-nitouches ! Dans quelle corporation, dans quelle couche socioprofessionnelle n’existe-t-il pas de brebis galeuses. « Que celui qui n’a jamais péché,  jette la première pierre. »

Les éditoriaux de Monsieur LAWSON sont acerbes, sans concession, virulents ? Et alors? Ils ont le mérite de poser de bonnes questions, et surtout d’exister. On ne peut obliger tous les Togolais à participer à cette « démocratie de velours » qu’on veut imposer à tout prix.

Face à ces éditoriaux, il existe  le droit de réponse pour ceux qui estiment avoir été injustement pris à partie ; il existe des tribunaux pour ceux qui pensent avoir été diffamés ou atteints dans leur honneur et dignité. Pour tous les autres, qu’ils changent de politique ou de « comportement » comme dirait un autre animateur de radio.

Quant à votre décision N°0002/HAAC/08/P portant suspension définitive des films ibos sur la télévision ZION, elle prive beaucoup de nos compatriotes des quelques instants de plaisir ou de détente  qu’ils s’offrent, souvent les soirs, en famille en regardant ce programme, et qui leur permettent de s’évader un tant soit peu de cette misère chronique qui constitue leur quotidien. Bien plus, elle est loin encore une fois, de respecter la liberté de la presse.

Il ne s’agit pas ici de faire une plaidoirie en faveur d’un Luc ADJAHO, qui pour tout dire, ne nous est pas franchement sympathique. Il s’agit tout simplement de défendre la liberté de la presse, la liberté de parole, la liberté d’opinion et d’appeler à utiliser les voies judiciaires le cas échéant, comme l’exige la constitution.

La liste commence à être longue de vos suspensions, avertissements etc. Il y a un réel danger en effet. Mais pas là où vous le pensez.

FOCUS INFOS pour sa part, est et restera jaloux de son indépendance et de sa liberté d’expression. En leur nom, nous affirmons notre solidarité envers NANA FM et TV ZION et offrons une tribune mensuelle à notre confrère, LAWSON-DRACKEY pour ses billets et réflexions.
Le Directeur de Publication

La filière du coton dans la région des plateaux
A Gléi, dans la région des plateaux nord, vivent des ménages dont  les revenus sont essentiellement liés à la culture de l’ « or blanc » : le coton.  Dans ce canton situé à 135 km de Lomé, les 76 villages qui le constituent sont  organisés en groupement de producteurs. L’un des plus importants en terme de production  est le GPC Tognon Abessahoun, avec en moyenne 130 tonnes de coton par saison. Son président, Houlali AKODE est plutôt désemparé par la situation de la filière. C’est le même sentiment qui prévaut partout, de Gléi à Atakpamé, en passant par Datcha.

Égrenage et commercialisation
Depuis la libéralisation des activités d’égrenage et de commercialisation du coton fibre en 2000, la Société Togolaise de Coton (SOTOCO)  ne détient plus le monopole ni de l’égrenage du coton graine, ni de la commercialisation du coton fibre. Trois sociétés de droit privé interviennent désormais dans l’égrenage conformément à un décret de juillet 1997. Il s’agit de la Société Industrielle de Coton (SICOT), la Société de la Production Industrielle (SOPIC) et la Société Cotonnière des Savanes (SOCOSA), avec une capacité cotonnière de cent quarante mille (140000) tonnes. Ces sociétés doivent toutefois s’approvisionner en coton graine auprès de la SOTOCO, avec qui elles sont en concurrence pour les activités d’égrenage. La SOTOCO dispose dans les zones à grande production cotonnière (Notsè, Atakpamé, Kara, Dapaong) d’usines d’égrenage de coton.

Les producteurs
Les producteurs de coton  d’une même zone sont constitués en groupements bien structurés, appelés Groupements de Producteurs de Coton (GPC). La relation entre ces groupements et la SOTOCO, notamment la Direction Industrielle, est assurée par des intermédiaires que sont les agents technico-commerciaux.

Au village Abessahoun à Gléi  par exemple, la plupart des cotonculteurs font partie du GPC Tognon Abessahoun. Ce groupement  a à sa tête un bureau de onze membres élus par les villageois. A savoir : un président, un chef d’équipe, deux rédacteurs, deux magasiniers, deux peseurs et trois conseillers. Tous les GPC de la région des plateaux, sont regroupés dans l’Union Régionale des Groupements de Producteurs de Coton (URGPC), qui est affiliée à
la Fédération Nationale des Producteurs de Coton,  une fédération créée par le gouvernement en 2005, et qui participe à la gestion de la filière coton.

Les revenus des producteurs
De  Gléi  à Datcha, les producteurs de coton s’accordent à relever trois grandes  périodes dans la production du coton dans leurs zones, au cours des 20 dernières années.

D’abord de  1990 à 1996 : Au cours de cette période, le coton était très rentable. Le GPC récoltait en moyenne 100 à 120 tonnes à raison d’une à trois tonnes par producteur. A la vente, chacun pouvait gagner 350000 à 400 000fCFA. A cette époque, l’engrais coûtait 7500francs, les insecticides 3500francs et le coût unitaire du kilogramme de coton était de 200 francs le premier choix. Tous ceux qui avaient cultivé le coton pendant cette période avaient fait fortune, selon  Akodé, président du GPC Abessahoun.

Ensuite, de 1996 à 2000 : Les surfaces cultivables se sont étendues et les producteurs plus nombreux. D’autres groupements se sont formés. La production au cours de cette période a  dépassé toutes les espérances. En moyenne, le GPC Abessahoun produisait 13 caisses soit 130 tonnes de coton graine et était classé parmi l’un des meilleurs producteurs de la zone. Il faut noter qu’à l’époque, l’engrais était à 9500 FCFA, mais cela n’avait aucun impact ni sur le rendement ni sur les bénéfices des paysans.

Enfin de 2000 à 2008. C’est la période de toutes les difficultés. Plusieurs raisons à cela :
- l’abondance ou l’irrégularité des pluies ;
- la mauvaise qualité des intrants  (le NPKSB est parfois mélangé avec du souffre, et prend trois mois sans se dissoudre sous les plants)
- leur  coût élevé (l’engrais  à 14500fcfa le paquet, l’insecticide à 4500fcfa le litre)
-la suppression des ristournes par
la SOTOCO.

Toutes ces raisons ont provoqué la cessation de la culture du coton par certains GPC depuis la fin de la campagne 2005, notamment celui de Tofon à Datcha. Selon son trésorier, le GPC Tofon était lourdement endetté et ne pouvait plus continuer ses activités. De plus,  la SOTOCO devait à ce GPC  une ristourne évaluée à plus d’un (1) million de francs CFA.

Pour illustrer les difficultés actuelles des producteurs du GPC Tofon, nous avons pris comme référence une surface d’un hectare. Pour cultiver cette surface, il faut :

1- les frais des intrants : 86 650 FCFA, répartis comme suit :
- 3 paquets d’engrais NPKSB à 14500 FCFA l’unité, soit 43500 FCFA
- 1 paquet d’urée à 14500 FCFA 
- 10 piles à 165 FCFA l’unité, soit 1650 FCFA
-
6 litres d’insecticides à 4500 FCFA l’unité, soit  27000 FCFA

2- les frais de labour : 22 000 FCFA

3- les frais de sarclage : 33 000 FCFA

4- les frais de récolte : 35000 FCFA.

Ces dernières saisons, à cause de l’état des récoltes,  avec un hectare, le producteur ne gagne environ  que 165.000 FCFA. Après déduction de toutes les charges précitées, le déficit subi serait de l’ordre de - 11.650 FCFA.

Quand la SOTOCO
payait aux différents groupements les ristournes et les surplus, le déficit était compensé et cela permettait aux producteurs de dégager  des excédents et réaliser  par exemple des travaux communautaires.

Aujourd’hui, la situation est telle que certains groupements dont le GPC Tofon  ont préféré cette année semer plutôt du manioc, du maïs ou de l’haricot.

D’autres groupements tels ceux des villages Obi, Kpodjivé, Atchakopé ou le GPC Tengué qui ont voulu assurer la campagne 2007/2008, se sont retrouvés très endettés, à cause non seulement des mauvaises récoltes dues aux pluies diluviennes, mais également du  coût élevé des intrants.

La question des ristournes
La ristourne est  une réduction accordée par le fournisseur à son client compte tenu de sa fidélité et calculée sur l’ensemble des opérations d’une période donnée. De sources financières et commerciales à la Direction Régionale de la SOTOCO à Atakpamé, les ristournes sont des primes que la SOTOCO a instaurées  pour encourager la production de coton. Selon les mêmes sources,  la SOTOCO ne donnerait  effectivement plus de ristournes aux producteurs depuis 1998. Mais d’après elles, cela  serait sans conséquence sur la production et étrangère  à la chute exponentielle du coton produit ces dernières années.

D’après un haut responsable de la SOTOCO, les producteurs sont eux aussi débiteurs de la SOTOCO. En effet, selon lui  les intrants sont livrés aux producteurs à crédit, que peu remboursent parce que déjà très endettés. Ce qui constituerait  pour la SOTOCO, une perte financière considérable.

La relation   entre les GPC et  la SOTOCO
La relation  entre les GPC et la SOTOCO s’est dégradée ces dernières années à cause de la baisse du prix d’achat aux producteurs. En effet, le prix d’achat aux producteurs de coton graine  était  fixé à 200fcfa pour le premier choix et à 165fcfa le deuxième choix. Le choix, c’est un mode de valorisation de la fibre en  fonction de sa qualité. Au Togo, les qualités de tête sont : OTI, ALTO/S, ALTO, TANGO et les moins meilleures qualités OGOU, GOTO, TOLE, BUTO, LAGO. Le décret  N° 99/124/PR apporta une modification à ces prix qui étaient désormais fixés pour le coton graine à 180fcfa/kg le premier choix et à 145fcfa/kg le second.  Les raisons  étaient la baisse des cours mondiaux du coton fibre sur lesquels est essentiellement basée la détermination du prix aux producteurs, les multiples crises économiques et financières dans les pays importateurs, la baisse de la demande mondiale de coton, et la chute de la consommation en Chine. Ces mesures ont eu des impacts très négatifs sur la productivité. Selon un fonctionnaire de la société, la baisse du coût unitaire du kilogramme, et la faiblesse de la demande, ont mis  la SOTOCO en faillite.

Dès lors, la société ne pouvait plus  honorer ses engagements envers les producteurs. Ainsi, une campagne entière (2004/2005) n’a pas été payée, et pour la campagne 2003/2004, une partie seulement des paiements a été effectuée. Pour survivre, certains paysans ont revendu les engrais  obtenus auprès de
la SOTOCO. D’autres ont abandonné leur culture d’où la réduction des terres cultivables. De 10 hectares, les producteurs sont passés à 2 hectares parce que démotivés. Le coton est un produit qu’il faut entretenir et qui est soumis au respect d’itinéraires techniques pour avoir un bon rendement. Le suivi rapproché des exploitations de cotonculteurs montre le non respect des itinéraires techniques par la plupart des producteurs : premier sarclage tardif, sous dosage des engrais et pesticides…; ce qui démontre une certaine lassitude des paysans. 

Les conditions de travail a l’usine d’égrenage d’Atakpamé
L’usine transforme le coton graine en produit fini, appelé coton fibre. Il est ensuite mis en sacs, les balles.

Elles pèsent environ 230 kg
et sont rangées suivant la qualité des fibres qu’elles contiennent. Les meilleurs sont : AC, AE, AZ, et les autres sont Y, Z etc.

Les ouvriers de l’usine sont répartis suivant les tâches : aligneurs, casseurs,  couseurs,  traîneurs,  marqueurs etc.… Cette équipe est appelée chargeurs de balles. L’usine  en compte 120  répartis en trois groupes. Pour  être chargeur de balles, il faut des années d’expérience, surtout  la rapidité dans l’alignement et dans le traînage des balles. Les chargeurs de balle sont payés en fonction du tonnage réalisé. Trois balles font une tonne équivalant à 350fca. Ils sont payés  par décade (chaque 10 jours). Dans le mois, chaque chargeur  peut au minimum percevoir 24000fcfa (à raison de 8000fcfa par décade). Mais depuis le  mois de février, il semble que les salaires ne sont plus perçus. Des doléances portant sur l’augmentation des rémunérations et adressées à la Direction Générale par l’intermédiaire de la direction industrielle sont restées pour l’heure, lettre morte.

A l’intérieur de l’unité de production, travaillent les saisonniers sous le bruit assourdissant des égreneuses. Ici, le travail est fait à la chaîne et un manque d’attention peut coûter un membre, surtout le bras. Le salaire est bas et la protection sociale comme l’assurance inexistantes. En cas d’accident de travail, l’ouvrier bénéficie des premiers soins puis est renvoyé chez lui.

La précarité touche également les ouvriers « aspirateurs ». Ils travaillent sur un gros tube appelé aspirateur par lequel le coton graine entre dans l’usine pour être transformé en coton fibre. La plupart n’ont pas de protection, notamment des cache-nez ; ce qui provoque selon l’un d’eux, des  cas de tuberculose. Les fins de journée de tous ces employés sont souvent difficiles avec des problèmes de rein, des difficultés à uriner et des douleurs musculaires

La nécessaire réforme
Tous les acteurs s’accordent pour reconnaître la nécessité d’une réforme en vue de relancer la filière. Pour les producteurs, la SOTOCO devra  diminuer le coût des intrants et rembourser les ristournes. Le président du GPC Abessahoun propose par exemple  que l’engrais soit à 10 000fcfa, l’insecticide à 3 000fcfa.  Certains proposent que les engrais et les graines leur soient livrés au même moment. « Nos sols sont devenus des sables fins, et nous pensons que cela est en partie dû aux engrais qu’on nous livre aujourd’hui. Aussi, nous proposons qu’on étudie les engrais pour savoir quel type d’engrais conviendrait mieux à nos sols.  Des moyens  doivent être mis à la disposition de  l’Institut des Recherches Cotonnières du Togo (IRST) de Kolocopé à Anié afin qu’il puisse nous proposer comme dans le passé de bonnes graines, celles utilisées  aujourd’hui étant de mauvaise qualité » souligne Boko Gnanvi, producteur au village Egbèdjrovi à Datcha.

Quant aux  employés de l’usine d’égrenage, ils proposent que l’Etat puisse revoir la  grille salariale et les  conditions de travail, aussi bien des saisonniers, des contractuels que des temporaires. Selon l’un d’eux, « il faut revoir tout le système de travail à l’usine. Celle-ci ne dispose pas par exemple  d’un lieu de stockage du coton, faute d’un grand entrepôt. Les jours de pluie, il faut courir de gauche à droite chercher des bâches.  Et même avec des bâches, l’eau arrive à s’infiltrer dans les balles laissées en plein air. Le coton pourrit ainsi  et perd de sa valeur marchande, ce qui engendre des déficits pour la société.»

Pour lui, les réformes passent également par l’assainissement de la direction générale de la SOTOCO
, afin d’y mettre des gens qualifiés et compétents.

Pour sa part, un haut responsable de la SOTOCO relève la nécessité pour la survie de cette société, que l’Etat mette en œuvre les conclusions de l’audit commandité sur elle. Trois cas de figures sont à examiner : la privatisation totale de la société, la semi privatisation et la liquidation. La liquidation de la SOTOCO, selon ce haut responsable doit être écarté des réflexions. Il explique que cela constituerait une perte énorme pour l’Etat togolais qui en 2006 avait injecté 21 milliards de francs CFA pour payer tous les arriérés des producteurs. Aussi, aller vers une privatisation pure serait pour lui une mesure suicidaire. Il propose de soumettre la société à une étape transitoire gérée par un comité de gestion provisoire. Ce comité, s’attellera à mettre en place  les bonnes normes de gestion et une ligne de conduite efficace ; c’est-à-dire, une gestion claire des recettes, une bonne gestion comptable et financière. Dans cette phase transitoire, il faudra aussi mettre  en place le système «chacun contrôle chacun». Ce mécanisme de contrôle doit être constitué d’auditeurs aussi bien internes qu’externes, et basé sur le rapport des audits afin de savoir ‘qui a fait quoi’. Il suggère en outre de redynamiser le conseil d’administration, de mettre de la rigueur dans la gestion des entrées et sorties de fonds.

A côté de ce  train de mesures, il faudra accroître le rôle des groupements notamment la Fédération Nationale des Groupements de Producteurs qui doit prendre son autonomie pour bien travailler. Les GPC, doivent devenir de vraies entités économiques.

Somme toute, le conseil des ministres a annoncé le 06 mars dernier la réforme de
la SOTOCO. Les solutions envisagées par le gouvernement devront  prendre en compte les propositions des différents acteurs. Beaucoup plus d’argent devra être injecté dans la filière ; la relance économique est également à ce prix.

Yohanès Akoli

 
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