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Au Conseil des Ministres, tenu le mardi 25 mars dernier, le gouvernement a cru avoir par des décrets pris, trouvé une solution à la misère dans laquelle pataugent les fonctionnaires togolais depuis des lustres. Mais, force est de constater que seule une infime partie des fonctionnaires a eu gain de cause.
En effet, les mesures prises, particulièrement celles relatives aux indemnités, n’ont pas tenu compte réellement des recommandations du Dialogue Social. Et du coup, le fonctionnaire togolais moyen, est de nouveau mis à l’écart.
De l’avis de nombreux observateurs de la politique togolaise, le gouvernement vient une fois encore par cet acte, de passer à côté de la plaque. Dans la mesure où les autorités togolaises ont préféré des déjà nantis aux dépens de la grande majorité qui est la catégorie des fonctionnaires moyens. Sur ce plan, il y a une discrimination, et c’est une violation flagrante des droits de l’homme, indique-t-on. Sur le plan stratégiquement politique, le gouvernement a failli, en ce sens que les bénéficiaires de cette manne restent minoritaires par rapport aux oubliés. Le gouvernement aurait pu pendre en considération, par exemple les 5.000 F par fonctionnaire, recommandés par le Dialogue National en vue de privilégier ses frais de déplacement. Ceci profiterait à l’ensemble des fonctionnaires et ne créerait pas de frustration ni de grincements de dents comme on y assiste aujourd’hui, soulignent des observateurs attentifs de la scène politique togolaise. En plus, la chance n’est pas donnée à tout le monde d’être Chef Division, Conseiller ou Directeur central.
« Ce que le Gouvernement a fait et qui, je peux dire profite à tous les Togolais, c’est le fait de rallonger l’âge de départ à la retraite. Mais, peut-on demander à des gens de continuer le travail? Parce que cette façon de prolonger l’âge de départ à la retraite, c’est une façon de prolonger la misère du fonctionnaire togolais, dans la mesure où on ne peut pas lui demander de continuer à travailler dans ces mêmes conditions pendant plus de temps qu’il ne le faisait auparavant. C’est là une contradiction que d’avoir prolongé l’âge de départ à la retraite et qu’en même temps on ne puisse pas améliorer les conditions salariales du fonctionnaire togolais », a commenté un fonctionnaire en courroux à l’annonce de la décision.
Pour M. Norbert Gbikpi-Bénissanh, Secrétaire Général de l’UNSIT et Porte-parole de l’Intersyndicale des Travailleurs du Togo (ISTT) :
« Nous, on est pour que les salaires puissent de manière équitable avoir des améliorations (salaires, indemnité, etc…). Donc, on ne peut pas être contre le fait que des catégories voient améliorer leurs niveaux d’indemnité etc. Mais, que ça soit équitablement réparti. Par exemple, l’indemnité des 5.000 F CFA qu’on avait demandée pour les déplacements pour tout le monde, c’est quelque chose qui n’a pas été pris en compte ».
Cette situation de l’indemnité « choisie» ou « sectaire » des fonctionnaires, amène plus des grincements de dents dans la mesure où la question de la cherté de la vie n’a pas encore trouvé de solutions adéquates. « Pourquoi ne pas faire comme dans certains pays : supprimer la TVA sur certains produits de premières nécessités? Il y a question de l’amélioration des conditions financières des salariés et là, ce n’est pas une mesure suffisamment générale. Et elle ne touche que certaines catégories qui, pour leur majorité, sont déjà des catégories dites supérieures. Alors, d’autres mesures d’ensemble doivent être prises pour juguler la flambée des prix et protéger le pouvoir d’achat des travailleurs et des populations », a également déclaré le syndicaliste.
« Ce que nous avons demandé, c’est une réelle revalorisation des salaires sur la base notamment d’un déplafonnement, sur la base de la révision de la grille indiciaire. Ça, ce sont des mesures assez déterminantes pour une vraie revalorisation des salaires. Qu’on augmente les salaires de 3 % par exemple, ça ne signifie absolument rien. Donc, on veut des mesures réelles qui demandent une étude approfondie. Il faut revoir le panier de la ménagère », a-t-il ensuite ajouté.
Aujourd’hui que le panier de la ménagère est en dégringolade constante, et eu égard à cette injustice infligée aux fonctionnaires moyens, l’on a l’impression que cette catégorie d’hommes reste l’éternelle sacrifiée sur l’autel de la survie de la nation. Le pire et la grande crainte pour les « sacrifiés » que sont les fonctionnaires moyens tel qu’on commence déjà par les appeler affectueusement, résident dans la communication faite par le Ministre du Commerce, de l’Industrie, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises et relative à la fixation des prix des produits pétroliers au Togo pour la période de janvier – avril 2008. « La dernière révision des prix à la pompe des prix des produits pétroliers au Togo remonte au 1er décembre 2006 au moment où le baril de pétrole se vendait à 60 dollars US. (…). Les variations des prix de la nouvelle importation par rapport au prix de référence du 1er décembre sont les suivantes : - essence sans plomb : + 15 % à 580,94 F CFA contre 505 F CFA (…). Eu égard à cette importation, le Comité lors de sa réunion du 4 mars 2008 a pris la décision, une nouvelle fois, de ne pas modifier les prix à la pompe. Le coût de cette décision est un manque à gagner pour l’Etat de 5,09 milliards de F CFA. (…). Il en résulterait, si l’on n’y prend garde, un déséquilibre, des prévisions budgétaires de la loi des finances 2008 (…) », a souligné la communication. Celle-ci sonne comme une alerte à une imminente augmentation des prix des produits pétroliers au Togo.
Dans cette situation, si une classe de fonctionnaires qu’on peut compter au bout des doigts, a des indemnités et que la majorité, les fonctionnaires moyens en sont privés, alors, l’on se demande comment ceux-ci pourront se débrouiller pour accomplir convenablement leur mission. Didier Ledoux
Dossier SOTOCO : Faure enfonce proprement son frère Kpatcha Au Conseil des ministres de mardi dernier, trois projets de loi et un projet de décret ont été examinés et adoptés et quatre communications écoutées. Au crédit des communications, la seconde faite par le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche était consacrée au cas de la Société Togolaise de Coton (SOTOCO). Si d’importantes décisions ont été prises pour relever cette société moribonde, beaucoup de Togolais voient en cette attention particulière consacrée à cette société un acharnement contre un homme, Kpatcha Gnassingbé qui est le tout dernier à présider son Conseil d’Administration.
Le communiqué « La 2è communication faite par le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche porte sur les principales actions de réformes engagées pour le redressement de la SOTOCO et de la filière cotonnière togolaise. La filière cotonnière en général et la Société Togolaise de Coton en particulier traversent depuis quelques années une profonde crise qui a affecté les revenus des paysans et l’économie du pays. Aujourd’hui grâce aux dispositions qu’il a prises, l’Etat a payé la dette relative aux revenus directs de production qui se maintient à 21,5 milliards de F CFA et entamé l’apurement de la dette bancaire qui était évaluée à 40 milliards de F CFA. De nouvelles actions engagées ont permis d’améliorer les relations entre la SOTOCO et les producteurs. Il s’agit à présent d’engager des actions de réformes profondes en exploitant au mieux les résultats des études.
Concernant les comptes de l’exercice 2003, 2004, 2005 et 2006 dont les résultats sont largement déficitaires, le Conseil de Surveillance a, au vu des conclusions de l’audit financier de la SOTOCO, décidé de prendre tout simplement acte desdits résultats.
S’agissant du Conseil d’Administration de la SOTOCO, le Conseil de Surveillance a noté quant aux dysfonctionnements, de nombreuses anomalies constatées dans la gestion financière et la valorisation de la fibre coton d’une part et le management de la société d’autre part sont imputables à une mauvaise gouvernance de la société mais aussi à un mauvais fonctionnement de son Conseil d’Administration. Ainsi le Conseil de Surveillance de la SOTOCO a décidé de :
-mettre fin aux fonctions de l’actuel Conseil d’Administration.
-mettre en place un délai et selon les dispositions statutaires un nouveau Conseil
d’Administration pour la SOTOCO dont la composition sera : un représentant de la Présidence de la République, un représentant du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, un représentant du Ministère de l’Economie et des Finances, un représentant du Ministère du Commerce, de l’Industrie , de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, un représentant du Ministère de la Coopération, du Développement et de l’Aménagement, deux représentants de la Fédération Nationale des Groupements des Producteurs du Coton et un représentant du secteur privé.
Lors de la seconde réunion tenue le lundi 18 février 2008, le Conseil de Surveillance, après avoir examiné les propositions faites par chacune des institutions suscitées pour la composition du nouveau Conseil d’Administration de la SOTOCO, a pris une première résolution nommant les membres du Conseil d’Administration de la SOTOCO.
Par ailleurs, le Conseil de Surveillance a retenu des orientations pour réaliser dans les meilleurs délais les actions telles que :
-la mise en place d’une mission de vérification de la véracité ou non de surfacturation indiquée dans l’audit et qui concerne des intrants, fournitures et le manque à gagner sur la fibre.
-la mise en place d’une comptabilité analytique, d’un contrôle financier afin de garantir la fiabilité de la gestion de l’information. -l’élaboration et la mise en place d’un mécanisme de fixation des prix du coton graine et producteur liés aux cours mondiaux. - l’évaluation de ressources humaines et la mise en œuvre d’un plan social
- la prise de mesures pour la récupération des montants déclarés surfacturés à l’issue de la mission de vérification.
Les actions 1 et 5 ont pour objet de déterminer de manière précise et détaillée les montants qui devront faire l’objet d’une procédure contentieuse et recouvrement auprès de certains fournisseurs et clients de la SOTOCO.
Au vu des conclusions de cet atelier, le Conseil de Surveillance a décidé : - de maintenir une filière intégrée unique - de renforcer l’organisation des producteurs afin qu’ils puissent jouer un rôle de partenaire à part entière dans la gestion de la filière et qu’ils puissent prendre en charge les fonctions d’appui du groupement de base. - procéder à la création d’une nouvelle société sous forme d’une société d’économie mixte avec, dans un premier temps, une participation majoritaire de l’Etat et une participation minoritaire de la Fédération Nationale des Groupements de Producteurs de Coton -procéder au lancement en 2009 sur la base d’un cahier de charge exhaustif d’un appel d’offre et le choix d’un opérateur permettant ainsi dès 2010 ou 2011 la finalisation de la nouvelle société de coton», lit-on dans le communiqué ayant sanctionné ce conseil des ministres.
Acharnement tacite Des Togolais restent convaincus que l’objectif réel de cette étude menée sur la SOTOCO est de salir davantage l’image de Kpatcha Gnassingbé. Car aussi bizarre que cela puisse paraître, elle intervient après que ce dernier a démissionné de son Conseil d’Administration, et les références coïncident avec la période de passage de ce dernier à sa tête. La période indexée est celle de 2003 à 2006 dont on dit les résultats financiers déficitaires, coïncide bizarrement avec son passage à la présidence du Conseil d’Administration. « Concernant les comptes de l’exercice 2003, 2004, 2005 et 2006 dont les résultats sont largement déficitaires, le Conseil de Surveillance a, au vu des conclusions de l’audit financier de la SOTOCO, décidé de prendre tout simplement acte desdits résultats », lit-on dans le communiqué. Le Conseil d’Administration de cette époque n’a pas non plus été épargné. Il lui a été révélé de « nombreuses anomalies…dans la gestion financière », son « mauvais fonctionnement ». «S’agissant du Conseil d’Administration de la SOTOCO, le Conseil de Surveillance a noté quant aux dysfonctionnements, de nombreuses anomalies constatées dans la gestion financière et la valorisation de la fibre coton d’une part et le management de la société d’autre part sont imputables à une mauvaise gouvernance de la société mais aussi à un mauvais fonctionnement de son Conseil d’Administration », dit le Conseil des ministres.
Beaucoup se demandent si une telle étude pouvait être faite sur la SOTOCO, les résultats mis sur la place publique et indexant tacitement Kpatcha Gnassingbé, si ce dernier était toujours au gouvernement et en de bons termes avec son frère Faure Gnassingbé. Cela sent donc à beaucoup d’ égards de l’acharnement, du lynchage médiatique contre sa personne.
Le Conseil des ministres aurait pu nous donner tort si le cas des nombreuses autres sociétés étatiques moribondes était aussi abordé. La SOTOCO n’est pas la seule structure à être l’objet de mauvaise gouvernance. Le cas de l’ex-OTP n’était pas moins critique. Le Conseil d’Administration de cette société de gestion des phosphates, premières ressources du pays, était présidé par un baron du régime au moment où des malversations étaient signalées, au cours de la direction de la société par M. Kpanlou Patassé. A l’époque même, feu Eyadéma avait commandité un audit de la société. Mais jamais les résultats n’ont été rendus publics et ni le Directeur Général de l’OTP, ni le baron Président du Conseil d’Administration n’ont été désavoués. Bien que globalement l’audit ait relevé des malversations à couper le souffle, ce qui a poussé à la privatisation de la société, ces derniers n’ont été nullement inquiétés. Le fameux baron Président du Conseil d’Administration à l’époque est aujourd’hui dans l’entourage immédiat de Faure Gnassingbé, l’ « esprit nouveau». De quelle moralité peut-il donc se prévaloir ?
Le cas de la Banque Togolaise pour le Commerce et l’Industrie (BTCI) n’est pas plus reluisant. Cette structure bancaire est des plus moribondes du pays et la gestion de son Conseil d’Administration est décriée. Les exemples sont légion.
On espère bien que les gouvernants nous donneront sous peu tort en mettant aussi sur le tapis en conseil des ministres les cas de ces autres sociétés moribondes. Tout compte fait, le traitement fait du cas SOTOCO sent de l’acharnement contre Kpatcha Gnassingbé. Ce qui risque de raviver la tension entre les deux frères. Tino Kossi
Méprise ou ruse avec le concept de la cogestion ? Le problème fondamental que posent les différents discours actuels de Me Yawovi Madji Agboyibo, Président national du CAR (Comité d’Action pour le Renouveau) et ancien Premier ministre, c’est comme si le dialogue intertogolais et l’Accord Politique Global (APG) n’ont jamais eu lieu. Il s’exprime comme s’il n’avait pas pris part à ce dialogue et joué les premiers rôles, mieux, comme s’il n’a pas été (indûment, c’est-à-dire contrairement à l’esprit de l’APG) le Premier ministre qui a entamé la mise en application de cet APG dans sa phase préélectorale pour déboucher sur la phase post-électorale.
En s’offrant comme béquille au pouvoir RPT par l’énoncé de la cogestion qui consiste à « convier le pouvoir public et les forces vives à s’accorder » comme solution de sortie de crise au Togo, Me Agboyibo et son parti, le CAR rusent avec le RPT (Rassemblement du Peuple Togolais) qui avait déjà « ses ailes marchantes » : CNTT (Confédération Nationale des Travailleurs du Togo), UNFT (Union Nationale des Femmes du Togo), JRPT (Jeunesse du Rassemblement du Peuple Togolais) et CNCTT (Conseil National des Chefs Traditionnels du Togo) ; ils rusent également avec les forces vives ( les différents syndicats actuels et les organisations de la société civile) à qui on proposerait des « redénominations » et des agencements pour leur faire vivre des mirages. Me Agboyibo a goûté aux délices du pouvoir et est prêt à toutes les tromperies et évolue vers la dictature.
Le présent article devrait s’intituler : « à mauvais diagnostic, traitement inapproprié du mal » pour montrer d’une part, l’insuffisance du diagnostic posé par le Conseil des ministres tenu le 07 mars 2008 à Nangbéto et qui est retenu par Me Agboyibo pour déduire l’objectif du régime de la cogestion qu’il propose, et d’autre part, l’incongruité tant du contenu de la cogestion que des modalités de mise en application en se référant à la réforme constitutionnelle et à la représentativité issue des élections, une référence qui ne semble pas s’entendre comme celle (réforme constitutionnelle et institutionnelle) contenue dans l’APG. Me Agboyibo et son parti le CAR dénoncent-ils l’APG ?
Diagnostic incomplet du mal togolais Quand un diagnostic est mal posé, forcément, on n’obtient pas le résultat escompté qui est la guérison du mal. Le corps social togolais souffre à l’extrême, c’est-à-dire que tout le peuple togolais est confronté à de multiples et graves défis comme la pauvreté caractérisée, la désespérance extrême. La flambée des prix sur laquelle la presse interpellait désespérément le gouvernement en place vient aggraver ces problèmes. Le pouvoir togolais a admis ce diagnostic, Me Agboyibo aussi. Mais quand on veut pousser la réflexion sur le mal togolais, on évoque des situations de déséquilibre entre l’économie rurale (ou agricole) et les secteurs industriels et tertiaires ; on explique le problème du chômage par l’exode rural, l’inadéquation de l’école, etc. On peut corriger les distorsions économiques, sociales, régionales, sectorielles, etc par la redistribution des ressources nationales, les défaillances de l’école par des réformes scolaires et didactiques etc. Si tout cela ne semble pas fonctionner, c’est que le problème togolais est toujours mal posé. Le mal dont souffre tout le peuple togolais, c’est le régime qui régente le pays depuis des décennies qui est usé, saturé et obsolète. Le régime togolais est comme une vieille machine. On a beau y mettre des pièces neuves, d’autres deviennent inopérantes. Il faut donc innover en affirmant que le mal togolais, c’est le régime lui-même dont les comportements au travers des structures économique, politique et étatique sont aux antipodes des normes qui conduisent au développement économique et social durable d’un pays. Tous les crimes économiques dont ce régime devrait répondre, dépassent tout entendement. Il a fait l’impasse sur :
- la CNCA (Caisse Nationale de Crédit Agricole) par une dissolution inopinée par décret à un moment où cette banque détenait d’importantes créances (des dizaines de milliards de nos francs) sur ses clients dont les ramifications aboutissent aux hommes du pouvoir ; - l’OPAT (Office des Produits Agricoles du Togo), la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale), la CTMB (Compagnie Togolaise des Mines du Bénin) devenue OTP puis SNPT), la SOTOCO (Société Togolaise du Coton) qui sont toutes des sociétés très prospères disposant d’immenses ressources et réserves financières. Mais bien malin est celui qui peut dire aujourd’hui comment ces sociétés sont tombées en déconfiture. Sur le dos de la SNPT, le port minéralier de Kpémé est utilisé par les hommes et les femmes du pouvoir pour fournir illégalement le marché togolais en marchandises de toutes natures : du pétrole à l’alimentation en passant par les tissus, les motos et les pièces détachées de voitures et motos de toutes marques etc. Le même usage est fait du port de pêche ;
Aujourd’hui encore, d’importants secteurs et services économiques et financiers souffrent des comportements antiéconomiques du pouvoir : le Trésor public togolais, les Douanes togolaises, le Port autonome de Lomé, Togocel, la Zone franche, la LONATO, les Impôts, etc. Les redressements fiscaux à des montants colossaux sont significatifs des pratiques fantaisistes qui ont cours : 9 milliards contre Bassam .... Tous ces secteurs échappent à tout regard. La presse dénonçait encore la semaine dernière le cumul par le même Directeur Général des douanes avec la direction générale de Togocel. Lors de la présentation du budget du gouvernement Komlan Mally gestion 2008, les parlementaires avaient relevé l’insuffisance des mobilisations de recettes provenant de ces sociétés et services. Ils avaient relevé le manque de justification de la situation économique du pays par l’absence de nombreux documents et l’inexistence de la Cour des comptes. Voilà l’économie nationale livrée en pâture aux tenants du régime. Le fonctionnement clandestin et secret de ces services et sociétés est contraire à la transparence des règles de fonctionnement de l’administration publique. Comme pour corroborer les comportements antiéconomiques des hommes et femmes du régime tant décrié, le gouvernement lui-même est passé à table. Le communiqué qui a sanctionné le conseil des ministres de mardi 25 mars 2008, dans ses paragraphes concernant la communication du ministre de l’agriculture relative à la SOTOCO est édifiant. Les loups se mangent. Les litanies de projets dressées à Nangbéto ne seraient que des vœux pieux et ne serviraient qu’à engloutir les nouveaux financements que va générer la reprise de la coopération avec l’UE (Union Européenne) et les autres bailleurs de fonds internationaux. L’on ne serait pas étonné de constater dans quelques années après l’utilisation de l’important prêt de plus de 35 milliards de nos francs accordé à la SNPT, que ce montant reviendrait dans la liste des dettes à la charge de l’Etat togolais. c’est l’un des mécanismes de détournements de fonds au Togo.
Pour couvrir la situation fortement dommageable pour l’économie nationale, il est établi « un glacis politique » que constitue le régime togolais qui couvre tout le pays et strictement soutenu par les FAT (Forces Armées Togolaises). Pour lever ce «glacis politique » ce n’est donc pas une cogestion du pouvoir public avec les forces vives qui serait la panacée. Les forces vives désigneraient-elles des ministres à la place des partis politiques? Voilà une part de l’incongruité du contenu de la cogestion que préconise Me Agboyibo. C’est en même temps de la mauvaise foi que le président du CAR trouve, après avoir dirigé le dialogue intertogolais, conclu l’APG qu’il a quasiment obligé ou, pressé l’UFC et la CDPA de signer, qu’il faille se passer de tous ceux-là pour aller trouver des ministres au sein des syndicats et autres organisations et individualités dites «forces vives » pour composer un gouvernement qui puisse diriger le Togo de façon durable en évitant l’explosion sociale. Me Agboyibo, en sa qualité de Premier ministre, avait reçu les syndicats des travailleurs qui lui avaient fait part des Accords tripartites avec les Syndicats-Gouvernement-Patronat dit « accords du dialogue social » signés avec son prédécesseur, Edem Kodjo. Il n’a pu rien offrir « aux forces vives » durant tout son règne, tout comme son prédécesseur.
Quelle cogestion ? La cogestion est une notion née dans les milieux populaires ruraux et urbains. Il ne s’agit pas, de but en blanc, d’aller co-gérer quoi que ce soit avec le pouvoir public. La toute première expérience de cogestion a vu le jour avec des ouvriers du textile à Rochdale (Grande Bretagne) en 1884. Ils s’étaient dotés d’une coopérative de consommation et préconisaient qu’en s’approvisionnant en gros, ils réaliseraient des économies d’échelle, cumulées avec les résultats d’exploitation, ils apporteraient des solutions à leurs divers problèmes de consommation, de santé, d’éducation, de logement etc et progressivement ils prendraient le contrôle des industries qui les exploitaient et par suite, ils prendraient la totalité et l’universalité de l’économie, d’où l’idée de la «République coopérative ». On énonce aussi une expérience allemande à Raiffeinsen deux siècles plus tôt dans « l’épargne-crédit » mais qui n’a pas eu la notoriété des Rochdaliens. Voilà l’idée de cogestion à l’origine : « gérer ensemble» un projet dont tous les membres seraient à la fois « entrepreneur et utilisateur », en réaction contre le capitalisme oppresseur et liberticide. « Le Capital » de Max Hegel vit le jour peu de temps après que Lénine mit en application par la révolution d’octobre 1917 en prônant la suprématie de la force humaine, c’est-à-dire du travail sur le capital. Les ouvriers, révolutionnaires, prennent le pouvoir. Il n’y a donc pas eu co-gestion entre les forces vives et le pouvoir public. Les forces vives ou forces populaires, quand elles se sentent capables, prennent le pouvoir. Car elles savent que par leur spécificité, cogérer le pouvoir avec le pouvoir ou les forces politiques (les partis politiques) est une tromperie.
Il y a eu des variantes par rapport au modèle Hegel-Lenine. L’autogestion Yougoslave, une formule politico-économique qui s’articule autour et au sein des communes (rurales et urbaines) et des Etats fédérés décentralisés. Il y a eu également des formules socialisantes où les dirigeants syndicalistes, les dirigeants des jeunesses et les dirigeants des femmes sont associés au pouvoir, devenant ministres, ambassadeurs, directeurs généraux, préfets etc. La dictature togolaise peut être classée dans cette variante, mais le « glacis politique » n’a jamais accordé de pouvoir réel à ces organisations.
Dans les pays occidentaux, l’idée coopérativiste s’est propagée et a touché tous les domaines d’activité économique, à l’exception de l’industrie lourde où il a été impossible de sauvegarder la double qualité «entrepreneur utilisateur ». En France et dans nombre de pays d’Europe, le système de production, de transformation et de commercialisation du lait fonctionne sur une base coopérative. Le crédit agricole, l’une des premières grandes institutions financières de France est une coopérative à la base. Il y a bien d’autres institutions économiques et financières de même importance au sein desquelles on parle de cogestion (cogestion coopérative), mais jamais de cogestion avec le pouvoir public. L’ensemble du mouvement coopératif est représenté auprès du Premier ministre en France par un Conseil supérieur de la coopération, pour la sauvegarde des statuts, de l’évolution économique, sociale et juridique de la coopération. Après les évènements de mai/68, la notion de cogestion a effectivement fait l’objet de débat abondant et débordant. La notion d’ « intéressement» a plutôt été retenue et mise en application dans les entreprises. Pour désamorcer la tension sociale née de la contestation généralisée dite « évènement de mai/68», les recettes qui ont été servies étaient essentiellement l’intéressement des travailleurs aux résultats économiques des entreprises, la représentation des travailleurs au sein de certains organes de l’entreprise : le conseil (ou comité selon la taille de l’entreprise) de surveillance, le Conseil d’administration – en plus quelques aménagements du pouvoir central : décentralisation, régionalisation et aussi des réformes universitaires qui ont abouti à la création des universités Paris I, Paris II, jusqu’à Paris XI aujourd’hui et peut-être plus.
En tout état de cause, la cogestion ne semble pas se dessiner faisant table rase des évolutions en cours dans le contexte politique togolais. Mais la cogestion de Me Agboyibo ne serait qu’une coalition entre le RPT et le CAR qui ferait appel aux forces vives, au mépris de la géographie politique nationale.
Nécessaire retour à l’APG La préoccupation de Me Agboyibo de contenir les forces vives qui grouillent de misère est tout à fait objective. Mais l’erreur qui apparaît comme une ruse, c’est la combinaison politique dont il veut se servir, abusant de la condition sociale actuelle du peuple togolais de laquelle doivent répondre tous les leaders politiques en général et particulièrement lui, Me Agboyibo, pour se soustraire à la dynamique politique née des élections. Il y a nécessité pour l’opposition de trouver une plate-forme consistante et capable d’amener « le glacis politique » togolais, c’est le noyau pur et dur du pouvoir RPT, sans foi ni loi, léonin à outrance, à aborder les questions restées en suspens de l’APG. Il faut sortir de l’immobilisme auquel confine le faux débat de Me Agboyibo qui arrange le RPT.
Sur le plan institutionnel, on ne voit pas très bien comment intégrer les forces vives au pouvoir public, si ce n’est pour rempiler avec « les ailes marchantes du RPT », ou alors, initier des formules d’embrigadement des chômeurs, des jeunesses, des femmes etc. pour les nombreuses et vastes vallées fertiles des cours d’eau du pays et pour les différents corps de métiers artisanaux. Tout cela n’est qu’un appel du pied à l’endroit des forces vives aux fins de donner un peu de popularité au CAR et à son président national.
Kodjo Afatsao Siliadin |