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Responsabilités dans la pérennisation de la crise sociopolitique : Me Yawovi Agboyibo et le CAR sont-ils immaculés ?

Liberté Hebdo du lundi 25 fevrier 2008

Pour la nième fois en un temps record, le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) s’est prononcé sur la vie sociopolitique de notre pays. Si habituellement cela se faisait par le biais de communiqués de presse et d’interviews, cette fois-ci le leader du parti Me Yawovi Agboyibo et son Etat-major se sont retrouvés en journée de réflexion à Baguida le samedi 23 février  dernier. A la lecture de la déclaration dite de Baguida ayant sanctionné les travaux, on a l’impression que le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) et l’Union des Forces de Changement (UFC) sont des « cancers » pour l’émancipation sociopolitique du peuple togolais, et le parti de Me Yawovi Agboyibo « immaculé » comme la Vierge Marie.

Des thèmes sociaux dont « le chômage chronique des jeunes, le délabrement de nos villes et campagnes, la détérioration du pouvoir d’achat de nos populations, l’aggravation de la cherté de la vie etc » ont été certes abordés. Mais le sujet principal qui a mobilisé les attentions aura été « le syndrome des élections sans lendemain ».

Le diagnostic « made in » CAR
La Journée de réflexion « est parvenue à identifier deux facteurs à la source des votes sans lendemain ». D’abord, « le désir de conservation ». Et c’est « en s’interrogeant sur la complexité de l’expression de ce désir de conservation au Togo » que « 
la Journée de réflexion a constaté la place que joue le second facteur », « le désir de revanche…par l’intrusion des symboles et slogans du passé dans le processus démocratique ». Bien que n’ayant cité aucun parti, on reconnaît une allusion respectivement au RPT, puis à l’UFC.

« 
La Journée de réflexion craint que le choc des deux désirs ne perdure encore pour longtemps au point de compromettre :

- les chances de mise en œuvre des engagements restants de l’Accord Politique Global, notamment des réformes constitutionnelles, institutionnelles ainsi que le traitement de la question de l’impunité ;

- l’issue des élections en perspective ;
- la consolidation du redressement socioéconomique du pays ».

Pour le parti de Me Yawovi Agboyibo, « notre pays ne peut venir à bout du choc des deux logiques, rompre avec le syndrome des élections sans lendemain, et promouvoir un bien-être général profitable à tous qu’en concevant dans le cadre des réformes à opérer un régime politique de cogestion qui favorise le brassage et l’intégration des diverses couches géopolitiques ».
La Journée de réflexion considère aussi que « dans l’immédiat, une application despotique du principe majoritaire qui mettrait face à face une majorité gouvernante hostile au changement et une opposition braquée dans la contestation, ne saurait permettre à notre pays de relever les nombreux défis du moment que sont:

- la question du chômage des jeunes;
- le problème de la vie chère;
- la question de la lutte contre la pauvreté;
- la nécessité de promouvoir une dynamique du bien-être et une stabilité durable qui favorise les investissements, l’industrialisation et les autres facteurs de développement     de notre pays ».

« L’enfer, c’est les autres »
A travers ce nième exercice, Me Yawovi Agboyibo et son parti doigtent le RPT et l’UFC comme « les deux virus » du syndrome des élections sans lendemain, les vrais responsables de la longue crise sociopolitique, les freins à l’émancipation du peuple, en un mot, « les deux fléaux » du Togo.
Le CAR est d’ailleurs dans cette dynamique depuis un bon bout de temps. Toutes les sorties médiatiques des responsables du parti, nommément de son président sont des occasions pour accuser à demi-mot les deux formations politiques sus citées.  Lorsque les leaders du RPT et de l’UFC se « bouffaient » tout dernièrement sur la problématique de la célébration du 13 janvier, le CAR a promptement réagi à travers un communiqué. On avait l’impression qu’il voulait simplement éteindre le feu. Mais beaucoup de Togolais se sont ravisés avec ses interventions ultérieures car il aménage toujours une place pour tirer à boulet rouge sur les deux partis, si ce n’est sur l’UFC et son leader particulièrement. La récente interview de Me Yawovi Agboyibo au confrère en ligne togoforum est assez illustrative. Ici aussi, le leader du CAR a caricaturé le RPT et l’UFC comme étant les « maux » du Togo. « Si notre processus démocratique est aujourd’hui en difficulté, c’est à cause du viol psychologique des masses par l’UFC et de la contre-offensive du RPT », avait-il déclaré avant de poursuivre : « Par sa contre-offensive redoutable, le RPT est sorti vainqueur du scrutin avec 50 sièges ». Pour Me Yawovi Agboyibo, « ce score inattendu est la conséquence des stratégies conçues par l’UFC en vue d’éliminer les autres composantes de l’opposition pour se repositionner seule en face du RPT et justifier ainsi le dialogue exclusif à deux qu’il vient de réclamer à nouveau ». « Si l’on n’y prend garde, les consultations électorales risquent d’être encore pour longtemps un exercice artificiel de réflexe contagieux qui n’a rien à voir avec les choix individuels réfléchis qui fondent une démocratie digne de ce nom…Je crains que la situation ne s’aggrave à l’avenir si les élites des différentes couches sociopolitiques du pays ne prennent leurs responsabilités à temps », s’est-il alarmé. Comme si cela ne suffisait pas, les mêmes accusations sont revenues lors de cette journée de réflexion organisée quelques jours seulement après son interview.

Le CAR et son leader, des saints ?
La question n’est pas de trop car depuis que le parti et son leader ont commencé à trouver les responsables de la crise sociopolitique togolaise, jamais ils n’ont situé une quelconque responsabilité du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR). Ça fait un bon bout de temps que Me Yawovi Agboyibo s’essaie à cet exercice, mettant à rude épreuve les tympans des Togolais mais jamais on ne l’a entendu mettre en cause son parti dans la survenance de la crise ou sa pérennisation.

Et pourtant, des voix se sont élevées pour dénoncer l’égoïsme du leader du CAR lors de la répartition des pouvoirs au lendemain des législatives de 1994 qui ont vu le parti et l’Union Togolaise de Démocratie (UTD) d’Edem Kodjo emporter la majorité. Selon des observateurs avisés, on n’en serait peut-être pas là où on est aujourd’hui si le leader du CAR n’avait pas fait preuve d’égoïsme et refusé de briguer la présidence de l’Assemblée nationale, malgré la « trahison » du leader de l’UTD.

Des voix s’élèvent encore aujourd’hui pour dénoncer l’attitude de ce parti dans le cadre du dernier dialogue inter togolais qui a abouti à la signature de l’Accord Politique Global (APG) le 20 août 2006 et l’organisation du dernier scrutin législatif du 14 octobre 2007. Elles pensent qu’au nom d’une promesse de nomination au poste de Premier ministre faite au leader du CAR, il a fait signer un accord « bâclé » qui faisait la part belle à « ses promoteurs », et au cours des périodes pré électorales d’octobre dernier, a observé un mutisme absolu sur les fraudes électorales en préparation, laissant l’UFC seule sur le front de la contestation, cherchant à préserver les chances de sa reconduction au poste.

Au demeurant, beaucoup se demandent ce que le CAR a fait changer lors de son passage à la Primature pour s’enticher aujourd’hui à voir en permanence en l’UFC et le RPT, des  « fléaux ».
TINO Kossi

Paradoxe togolais : Les anciens députés privilégiés au grand dam des fonctionnaires
Le 19 juin 2007, les anciens députés de l’ « Assemblée mouton » élus à l’issue des législatives anticipées du 27 octobre 2002 ont adopté la loi organique déterminant le statut des anciens présidents et celui des anciens députés de l’Assemblée Nationale.

Ce projet accorde des avantages énormes aux anciens députés. Par exemple, tout ancien président ou député de l’Assemblée Nationale bénéficie d’une rente viagère, des privilèges honorifiques,  l’immunité et d’autres avantages comme le personnel de sécurité, le passeport et la couverture diplomatiques. Les mêmes privilèges s’étendent aux conjoints, conjointes et rejetons.

«  La pension de retraite parlementaire est réversible aux ayants droit (conjoints, conjointes et enfants mineurs) de l’ancien député qui décède », dispose l’article 24 de la loi organique.  Et l’article 26 ajoute : « Les conjointes et les orphelins du député polygame ont droit à la pension de réversion. Chaque orphelin a droit, jusqu’à sa majorité ou sans limitation de durée s’il est atteint d’une maladie ou d’une infirmité le rendant inapte à tout travail lui donnant gain ou profit, à une pension. [...] »

Cette loi, adoptée à la veille du départ des députés de l’ « Assemblée mouton » présidée successivement par Fambaré Ouattara Natchaba et Abass Bonfoh avait provoqué consternation et indignation au sein de l’opinion. On estime que les élus du peuple ne se sont qu’accommodés des forfaitures durant leur mandat  et qu’ils n’ont rien fait pour mériter une telle retraite dorée. En effet pendant toute leur législature, les députés de l’ « Assemblée mouton » ne se sont attelés qu’à charcuter sans ménagement
la Constitution de 1992. Ils ont fait sauter le verrou de la limitation de mandat présidentiel, institué le scrutin uninominal à un seul tour, retiré tous les pouvoirs du Premier ministre et l’ont transformé en un simple coursier du Président de la République. Le comble  de leur forfaiture a été la dictature héréditaire qu’ils ont entérinée en février 2005 en faisant en moins de 24 heures, du ministre Faure Gnassingbé, député, Président de l’Assemblée et Président de la République par intérim.

Obnubilés par ce projet, le jeune Président  technocrate, Faure Gnassingbé, adepte de la bonne gouvernance et le Premier ministre d’alors Me Yawovi Madji Agboyibo, le grand avocat défenseur des droits de l’Homme n’ont rien trouvé à redire et l’ont cautionné. Aujourd’hui, les représentants du peuple attendent  que le décret  d’application soit pris afin de bénéficier des fruits de leur « travail ».

Le hic, c’est que pendant  que des avantages incommensurables sont accordés aux anciens députés, des travailleurs togolais, eux, végètent dans une misère indescriptible.

Les conclusions du protocole d’accord du dialogue social sont rangées dans des tiroirs. Les enseignants, les médecins…traînent des arriérés de leurs salaires de misère. La situation sociale est telle qu’aujourd’hui les fonctionnaires ont difficilement accès aux services publics de base et aux soins de santé de qualité.

Tandis  que la majorité des Togolais baignent dans la dèche, les anciens députés, eux, s’offrent des avantages paradisiaques. Ainsi va le Togo!               
M.A.

Expropriations de terrains : Des tensions couvent dans la Préfecture de la Kozah
Sur toute l’étendue du territoire national, nombre de Togolais ont été victimes d’expropriation de leur terre. Et ceci par diverses formes de procédures. Soit par la force ou par la ruse avec l’interprétation erronée des textes en vigueur dans le pays, même s’ils sont aujourd’hui devenus obsolètes. 

En effet, depuis les temps immémoriaux, il suffisait d’un jet de pierre pour devenir propriétaire terrien. Mais, de nos jours, il faut suffisamment de sous pour obtenir un lopin de terre. Aussi, faut-il reconnaître que certains enfants des générations actuelles jouissent des privilèges de propriétaires terriens par héritage ou par donation. Acte régulièrement reconnu juridiquement par les textes en vigueur au Togo. Mais, au même moment, certains jouissent des biens frauduleusement acquis ou par la force. Une situation qui met le plus souvent la justice togolaise à mal dans ses prises de décisions, faisant ainsi des mécontents. Et ceux-ci ont  pour seule solution la résignation.

Dans de pareilles situations, elles sont nombreuses ces personnes investies de pouvoir qui sortent vainqueurs avec la corruption mise à contribution. Bref, le problème foncier au Togo est une réalité qui menace la paix civile et la réconciliation nationale. Dans la mesure où plusieurs victimes par le passé voudraient et souhaiteraient vivement que leurs causes soient entendues et que justice leur soit rendue. Aujourd’hui, de vives tensions couvent dans
la Préfecture de la Kozah sur la question de l’expropriation, à en croire les témoignages recueillis sur place à Kioudé et Tchamdè. Les populations de ces deux localités s’estiment expulsées de force de leurs terres ancestrales au profit du défunt Président Gnassingbé Eyadema qui en a fait son domaine privé. « Nous pensons aujourd’hui que, pour une vraie réconciliation des fils du pays, tous les torts causés aux gens doivent être réparés. Ils doivent préalablement démarrer les choses avec les victimes de la dictature que nous avons combattue  toute notre vie durant », nous a confié un sage dans son champ en réponse à la question de savoir comment ils perçoivent les nouvelles donnes politiques du pays.

Pour en savoir un peu  plus sûr ce qui justifie cette réponse amère, le sage n’est pas passé par quatre chemins pour nous faire des révélations ayant trait aux problèmes fonciers. « Ecoute! Nous ne croyons pas à ces discours pleins de balivernes. Nous ne pouvons les comprendre et les croire que lorsqu’ils nous restitueront nos terres qu’ils nous ont arrachées de force. Ces terres nous appartiennent. Mais, il fallait voir la manière dont ils nous les ont retirées. Eyadema avait tout à son pouvoir pour nous chasser comme des brebis galeuses  de nos terres sans aucun dédommagement », nous a-t-il révélé. A la question de savoir pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour vouloir aujourd’hui rentrer dans leurs droits, leur réponse est sans équivoque :« Ceux qui ont osé à l’époque s’opposer à cette pratique, vous savez peut-être mieux que moi ce qui leur était arrivé. La plupart d’entre eux étaient arrêtés et envoyés dans le camp de concentration de Mango. Mon fils par exemple, lui, il a échappé à un enlèvement. Il était alors contraint à l’exil. Tout ce que vous voyez là-bas nous appartient », martelait-il dans son courroux en montrant du doigt la résidence privée du feu Président Eyadema, perdue dans le lointain que l’on reconnaît par un dôme.

A Tchamdè, c’est le même son de cloche. Cette question en l’abordant, peut attirer sur l’intervieweur la foudre de la colère des populations victimes. Néanmoins, notre reporter a pu interroger certaines personnes. Jean-Pierre, un étudiant pris en aparté par notre journaliste pour lui apporter de la lumière sur les zones d’ombre de ces problèmes fonciers dans la localité, raconte : « Tout avait commencé ici avec cette histoire d’une loi du président défunt qui voulait qu’aucun terrain ne reste libre. Il avait demandé à ce que l’on puisse céder des terrains aux étrangers tels que les peuls qui peuvent construire et y habiter aussi longtemps qu’ils pourront, sachant bien que ce sont des nomades. Cela veut dire tout simplement que ce dernier est appelé à partir tôt ou tard. Ainsi donc, son habitat restera au propriétaire terrien. Aujourd’hui, ceci devient un problème crucial que n’arrivent même pas à gérer les chefs cantons et leurs notables. Il faut se rendre à l’évidence qu’il  y a des grincements de dents ces derniers temps parce que beaucoup  en sont victimes. C’est le lot des litiges d’ailleurs auxquels font face aujourd’hui nos chefs traditionnels ».

Il faut souligner qu’à l’instar de l’expropriation des populations de Kioudé et Tchamdè, cette situation se retrouve un peu partout au Togo. Ainsi, il urge que les autorités togolaises dans la nouvelle donne sociopolitique du pays, en fassent un souci majeur. Il serait même souhaitable, pour palier à cette situation qui s’apparente à une bombe à retardement, que ce sujet soit inscrit au programme du mécanisme Vérité – Justice – Réconciliation. Il serait opportun qu’en prélude à ce grand événement tant attendu par les Togolais qu’un guichet unique soit ouvert particulièrement pour ces questions. Il s’agira là d’un instrument  pour désamorcer cette bombe que constituent les agitations en gestation dans le pays. Mme Grâce Kpiki, chef canton de Pya ou Togbui Aklassou, chef canton de Bè, etc…  ne sauront démentir l’existence de ces problèmes qu’ils gèrent au quotidien.

Didier LEDOUX


Sans détour : Darfour : Triste anniversaire

« Soixante ans après la libération des camps de la mort ***, trente ans après le Cambodge, la promesse du « jamais plus » sonne creux. Ils pourront avoir à répondre collectivement et individuellement pour ce qui est en train de se passer au Darfour » (Kofi Annan).

26 février 2003-26 février 2008, il y a cinq ans jour pour jour que le conflit du Darfour considéré comme « la pire crise humanitaire » que connaît le monde au cours de cette dernière décennie, a commencé. La province de Darfour située à l’Ouest du Soudan, était une région autonome intégrée à la République du Soudan lors de son indépendance en 1956. La paix est menacée dans cette province depuis le 26 février 2003 quand les rebelles lançaient et revendiquaient une attaque contre la localité de Golo, dans le massif du Djebel Marra. La réaction du pouvoir de Khartoum ne s’est pas fait attendre. En représailles, Khartoum laisse agir les milices arabes, les Janjawids dirigés par Choukratalla, ancien officier de l’armée soudanaise. Ceux-ci sont constamment accusés de pires atrocités dans la région.

Selon nombre d’observateurs, les raisons de ce conflit sont multiples. On parle d’une origine climatique et environnementale due à un phénomène de sécheresse dans tout le Sahel qui s’amplifie. On évoque aussi une explosion démographique pour justifier le déclenchement de la guerre. En plus, il y a la pauvreté qui bat son plein dans cette province et le niveau très faible de son développement. Pour les rebelles, les raisons sont purement politiques. Ils dénoncent la mauvaise gouvernance du régime d’Omar El Béchir. Mais la découverte du pétrole dans cette région a suscité les convoitises, chacun voulant profiter des retombées de cet or noir. Pour l’écrivain journaliste américain F. William Engdahl, le conflit serait aussi dû à une compétition entre la Chine et les Etats-Unis pour le contrôle des ressources pétrolières du Soudan. A preuve, l’un des responsables des mouvements rebelles a été une fois reçu en juillet 2006 à la Maison Blanche par Bush.
La Chine est reconnu comme étant le principal soutien du pouvoir de Khartoum. Selon un rapport d’Amnesty International publié au début du conflit, la Chine apporterait au gouvernement soudanais armes et appareils militaires. De même, ce pays a entravé les actions des Nations Unies en brandissant son droit de veto.

Ce conflit a fait plusieurs milliers de morts dont les trois quarts de maladies et de famine et de nombreux déplacés. Les destructions, les villages rasés, la politique de terre brûlée (attaque et vol du bétail, champs incendiés) ainsi que les bombardements ont aggravé la situation humanitaire. Quand les Nations Unies parlent de « crime contre l’humanité », les Etats-Unis qualifient de « génocide » la guerre civile de Darfour. Ces appréciations divergentes ont freiné le processus de paix. Les différentes négociations initiées par l’Union Africaine (UA) et puis par les Nations Unies n’ont abouti à rien de concret. Qui plus est, les mouvements rebelles qui étaient à l’origine au nombre de deux, ont enregistré des défections. Aujourd’hui, ils sont plus d’une quinzaine à combattre le pouvoir de Khartoum. Ce qui rend difficile les pourparlers puisque certaines fractions refusent de reconnaître les autres et d’aller s’asseoir autour de la même table de négociation avec elles.

Cinq ans après le début du conflit, la situation ne s’est guère améliorée en dépit de la présence de la force hybride UA-ONU, limitée en hommes et en moyens. La guerre a plutôt gagné du terrain et désormais le Tchad et
la Centrafrique sont concernés. Les dirigeants des trois Etats s’accusent mutuellement de déstabilisation. Le Soudan arme les rebelles tchadiens, en espérant que le renversement d’Idriss Deby lui permettra de sécher toute source potentielle de soutien aux rebelles du Darfour. A leur tour, plusieurs factions rebelles du Darfour sont venues prêter main forte au pouvoir tchadien après l’attaque sur N’Djamena. Pendant ce temps, on parle d’un risque d’élargissement du conflit de la zone de crise. Cinq après, encore du chemin à faire.       
Zeus AZIADOUVO

 
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