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On serait en Orient qu’on croirait la classe politique dans son ensemble placée sous le signe astrologique « Discorde ».
Il fut un temps, les tenants du pouvoir s’offusquaient qu’on parle d’inimitié entre les deux Fils du Père. On se rappelle encore une phrase du porte-parole du gouvernement, Pascal Bodjona. « Pourquoi voulez-vous qu’il y ait des problèmes entre le Chef de l’Etat et son frère ? », avait-il vociféré sur une radio privée de la place. A l’époque, on tentait vaille que vaille de minimiser la guéguerre entre « les deux frères ennemis », ce qui justifiait les interventions constantes des « griots » de « l’esprit nouveau » sur les médias. Ils se sont efforcés, à travers des masturbations intellectuelles, des raisonnements rafistolés, de faire croire qu’entre les deux Fils du Père, c’est « Je t’aime, moi non plus ». Dieu seul sait combien de consciences fragiles ils ont séduites.
Aujourd’hui, c’est un secret de polichinelle que ça va mal entre les deux frères, en fait, ce n’est plus le grand amour. Tout a été confirmé par l’incident de Pya le mardi 05 février dernier à l’occasion de la célébration du 3e anniversaire de la disparition de Gnassingbé Père.
Ce conflit ouvert n’est pas sans conséquence sur le clan au pouvoir. Non seulement la famille « aryenne » se disloque, mais en plus la sérénité au sein du parti du Père, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) est mise à rudes épreuves. Les nostalgiques d’Eyadema trouvent en Kpatcha son digne héritier et lui apportent leur caution. On parle de plus en plus d’une tendance idéologique autour du désormais ex-Directeur Général de la Sazof et d’une éventuelle création de parti politique.
La plus grande bénéficiaire de cette inimitié entre les Gnassingbé et la crise au RPT devrait être l’opposition démocratique. Puisqu’on est sur un terrain politique, les leaders des partis d’opposition, l’Union des Forces de Changement (UFC) et le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) nommément, devraient exploiter cette situation pour tirer la couverture à soi. Ils devraient mettre à profit cette situation, comme l’avait fait le RPT en amont du scrutin du 14 octobre dernier. Lorsque le CAR et l’UFC s’illustraient dans une guerre de communiqués, le RPT, lui, en profitait pour fignoler les stratégies de fraudes. Malheureusement aujourd’hui, au moment où c’est l’inverse qui se produit et la crise a changé de camp, le CAR et l’UFC sont occupés à des querelles de clocher. A ce dernier qui propose un dialogue exclusif avec le RPT s’oppose ouvertement le CAR qui, lui, tient à l’Accord Politique Global (APG). Cela sent un conflit de leadership car Gilchrist Olympio se voit dans la peau de leader de l’opposition démocratique, se référant aux performances honorables de son parti par rapport à celles des autres partis pairs au dernier scrutin législatif. Au CAR on ne veut pas l’entendre de cette oreille et se laisser phagocyter par son « ennemi intime » et on s’accroche à l’APG qu’on conçoit comme un trophée personnel du « Bélier Noir ». Les deux partis ne se sont pas empêchés de transporter ces querelles de clocher devant le ministre allemand des Affaires Etrangères Frank Walter Steinmeier qui était entre-temps au Togo.
La classe politique togolaise est-elle maudite ? La question n’est pas de trop. N.K.A
La société civile togolaise malade de ses leaders La tenue récente du Forum social ouest africain à Lomé et l’annonce des préparatifs d’un prochain Forum social togolais, le premier d’ailleurs offrent l’occasion de revenir sur quelques aspects de la société civile togolaise, qui depuis des années peine à s’émanciper.
La société civile togolaise qui est un cadre purement informel qui regroupe l’ensemble des Organisations Non Gouvernementales (ONG) et des associations apolitiques, est un milieu, de nos jours, très dense et pluriel. Toutes (ou presque) les thématiques généralement prises en compte par une société civile sont incarnées par des ONG ou associations au Togo, avec parfois des chefs de file qui se dégagent. Il ne se passe pas de jour sans que l’on ne suive sur les médias des reportages sur des activités de telle ou telle organisation oeuvrant dans le domaine du VIH/SIDA, des droits de l’Homme, de la pauvreté, de l’environnement, de la bonne gouvernance, de l’éducation…
Mais le constat est là. La densité ou la pluralité de cette société civile ne rime forcément pas avec efficacité, surtout vis-à-vis des autorités administratives et politiques.
Si l’on cite fièrement la presse parmi les pouvoirs dans une démocratie (le 4e notamment), sans aucun acte officiel néanmoins, une société civile, elle aussi, ne mérite pas moins le titre de 5e pouvoir. Pas par complaisance, mais au vu de ce qu’elle représente vis-à-vis de l’Etat. Le rapport de force n’étant verticalement pas en faveur de l’Etat. Ce n’est aussi pas un rapport conflictuel en permanence, mais de respect mutuel.
Au Togo, c’est du haut que l’Etat perçoit la société civile, parfois à raison. De toute vraisemblance, celle-ci est handicapée par certains Hommes qui l’animent, qui s’y proclament leaders mais difficilement politiquement neutres. Ce sont souvent des Hommes, déjà très connus sur la scène politique et qui y ont à plusieurs reprises tenté des percées en vain, qui se reconvertissent en « société civile », ou ce sont des associations oeuvrant en catimini pour des partis politiques. Puisque cela se sait de part et d’autre, l’Etat n’hésite pas à s’en servir comme argument pour « manquer de respect » à ce monde supposé constitué par la population à la base et qui doit défendre les droits socio-économiques les plus vitaux de celle-ci.
Jugeons-en. Combien de fois l’Etat ne traite-t-il pas avec mépris et désinvolture les revendications du monde associatif au Togo, contrairement à ce qui se passe ailleurs comme au Bénin, au Sénégal, au Mali, en Guinée, au Kenya… ? Combien de victoires la société civile a-t-elle remportées face à l’Etat qui, souvent, est maître dans les prises de décisions défavorables à la population ?
Depuis que l’on se plaint des infinies ruptures d’ARV au Togo, l’Etat semble avoir affaire à des plaisanteries de gamins. Aussi parle-t-on des abus et exploitations subis par des ouvriers de la zone franche, des conditions de travail des enseignants, médecins et autres, de la hausse récente des prix des denrées de premières nécessités, des bavures des forces de l’ordre sur les civils…, en vain. M. l’Etat n’a-t-il pas raison d’avoir en face une société civile en mal de maturité, mais aussi de fermeté dans ses revendications, de légitimité et d’honnêteté de ses leaders ? Assurément oui.
Le dernier Forum Social Ouest Africain tenu à Lomé, a une fois encore révélé les talons d’Achille du monde associatif togolais. C’est avec surprise et parfois amertume que les étrangers membres de la société civile des autres pays ouest-africians, ont constaté la dépendance de leurs pairs togolais vis-à-vis de l’Etat et du politique. En effet les Togolais, organisateurs du forum social n’ont pu se passer d’inviter le gouvernement ou le politique à la table d’honneur lors de l’ouverture des travaux, au mépris des règles d’une telle manifestation. En réalité, pouvaient-ils en être autrement ? Pas vraiment, du fait que l’Etat a financièrement soutenu l’organisation, un soutien de l’Etat dont le retard a sérieusement entamé l’efficacité de l’organisation. En témoignent les ratés qui auraient provoqué le départ prématuré de la délégation nigériane.
On annonce la tenue prochaine d’un forum social inter togolais pour, dit-on, redynamiser la société civile togolaise. S’est-on finalement rendu compte de nos tares, après nous être frottés aux autres ? Vivement que cela soit ainsi.
Maxime Domegni |