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Hommage à Benoît Yaya Malou : Un humaniste s’en est allé dans l’éternité

Le Regard #580 du 29 janvier 2008

Quiconque est persuadé qu’une sagesse divine gouverne le monde, rien ne lui paraît terrible et inéquitable. Ne craignez rien de tout ce qui se termine en la vie présente...Sachez que l’épreuve produit l’espérance (Romains, 5, 1-5)

Yaya Malou a été enlevé aux vivants ! Cette perte nous afflige ! Mais Dieu, clément et juste, écoute nos plaintes et soulage nos maux.  « J’ai vu dit l’Ecclésiaste, un désordre étrange sous le soleil...J’ai vu que toutes choses arrivent également à l’homme de bien et au méchant, à celui qui sacrifie et à celui qui blasphèmera. Nous nous affligeons de voir l’iniquité triomphante, l’innocence bafouée. La confusion semble régner...Il n’y a point de Dieu. Pourquoi ce Dieu abandonne la vie humaine aux caprices de la fortune. Peut-être que ce qui semble confusion est un art caché. Et sachez que Dieu jugera le juste et l’impie, et alors ce sera le temps de toutes choses » (Ecclésiaste, 3,17).

Cette puissance suprême qui a construit le monde n’a rien fait au hasard. Depuis les grands jusqu’aux plus petits, sa providence se répand partout. Il n’oublie point les hommes qu’il a fait à son image.

Nous mortels, ne saurions mesurer en si peu de temps et dans l’espace, tout ce que sa miséricorde prépare aux bons et tout ce que sa justice destine aux méchants !

Laissons agir l’Eternel suivant les lois de son éternité...Tâchons d’entrer dans son étendue...Il est vrai, Dieu ne fait encore de discernement entre les bons et les méchants ; mais c’est qu’il a choisi son jour arrêté où il le fera paraître tout entier à la face de l’univers, quand le nombre des uns et des autres sera complet. Cependant pense t-on, Dieu fait souvent du bien aux méchants, il laisse souffrir de grands maux aux justes...Mais, c’est qu’il fait exercer les bons pour les éprouver.  Yaya Malou, jusque dans ses derniers jours souffrait les incommodités et la maladie sans chagrin, sans murmure, sans impatience…

Il n’y a que l’homme de bien qui n’a rien à craindre en ces derniers jours. La mortification lui rend la mort familière… Un tel homme, dégagé du siècle, voyant approcher la mort, ne la nomme ni cruelle ni inexorable ; au contraire, il lui tend les bras, il lui présente sans murmurer ce qui lui reste corps, et lui montre lui-même l’endroit où elle doit frapper son dernier coup.

O mort, lui dit-il d’un visage ferme, tu ne me feras aucun mal, tu ne m’ôteras rien de ce qui m’est cher, tu me sépareras de ce corps mortel : ô mort ! Je t’en remercie ; j’ai travaillé toute ma vie à m’en détacher…

Ah ! Que mon âme meure de la mort des justes ! Mais pour mourir de la mort des justes il faut avoir vécu de la vie des justes. Dans la maladie et dans l’épreuve, son cœur ne s’aigrit point,  ni ne s’emporta contre la vie. Papa était serein envisageant sa mort sans trouble. Car, savait-il, avec la mort un nouvel ordre des choses se présente, les ombres de la finitude se dissipent : les voies sont ouvertes à la vraie vie.

Papa n’est pas dans le tombeau : la mort qui semble tout détruire a tout établi. Elle le ramène à Dieu, elle élève les justes à Dieu. Car, comme il est nécessaire que chaque chose soit réunie à son principe, et que c’est pour cette raison, dit l’Ecclésiaste, que le corps retourne à la terre dont il a été tiré. Ainsi, celui qui  s’attache à Dieu ne perd ni ses biens, ni son honneur, ni sa vie. C’est le sens des propos de l’Ecclésiaste : tout est vanité sous le soleil, c’est-à-dire tout ce qui est mesuré par les années, tout ce qui est emporté par la rapidité des temps et du changement ; aspirez à l’éternité : la vanité ne nous tiendra plus asservis. Voilà l’essentiel et que la mort ne peut enlever. Pour le juste, elle est un commencement ; elle nous assure éternellement la possession des biens véritables. Tant que nous sommes détenus dans cette demeure mortelle, nous vivons assujettis aux changements, et nous ne possédons aucun bien. Mais aussitôt qu’on cesse pour nous de compter les heures et de mesurer notre vie par les jours et par les années, sortis des figures qui passent et des ombres qui disparaissent, nous arrivons au règne de la vérité, où nous sommes affranchis de la loi des changements. Ainsi, notre âme n’est plus en péril, la grâce de la persévérance finale nous fixe en Dieu.

Papa, aux prises avec la mort ne l’appréhenda point, sachant qu’elle sert à accomplir l’œuvre de la grâce. Les excessives et insupportables douleurs n’ont point troublé sa grande âme !  Il fut toujours maître de lui, satisfaisant avec sérénité et tranquillité à tous ses devoirs ! Quelle force ! Quelle tendresse ! En ces derniers moments, les paroles qu’on voyait sortir de sa bouche révélaient l’abondance d’un cœur élu et qui se sent au dessus de tous. Paroles que la mort présente et que Dieu consacre ; sincère production d’une âme, qui, tenant au ciel, ne doit plus rien à la terre.

Yaya Malou s’est montré un digne fils du Togo. Dieu fait certains hommes grands pour servir de pères aux pauvres. Sa providence a pris soin de détourner les maux de dessus leurs têtes, afin qu’ils pensassent à ceux du prochain. Pénétré de l’esprit du christianisme, esprit de fraternité, esprit de tendresse et de compassion, qui nous fait sentir les maux de nos frères, entrer dans leurs intérêts, souffrir de tous leurs besoins. Les survivants peuvent bien faire des voeux pour obtenir un sort meilleur; Yaya Malou a acquis pour sa part une gloire immortelle et obtenu la plus honorable sépulture. C’est moins celle où il repose maintenant que le souvenir immortel sans cesse renouvelé par les discours et les commémorations. Papa, tu vivras éternellement dans la mémoire des hommes.

Yelian

En prélude à la visite d’un Ministre Allemand au Togo : Gilchrist s’est entretenu avec des autorités allemandes
Le 22 janvier dernier, le Président de l’UFC Gilchrist Olympio a eu une rencontre avec les autorités allemandes, au ministère des Affaires étrangères à Berlin. Gernot ERLER, le Secrétaire d’Etat Mathias Mülmenstädt, Directeur Afrique au Ministère des Affaires Etrangères et Karl FLITTNER, Directeur Afrique de l’Ouest ont assisté à cette rencontre. Il était sans doute important pour les autorités allemandes d’écouter le chef de la deuxième force politique togolaise en prélude à la visite du Ministre allemand des Affaires Etrangères au Togo, une première depuis 1993.

Les échanges entre le président de l’UFC et ses interlocuteurs ont porté sur la relance de  dialogue politique sur la base des résultats officiels du scrutin du 14  octobre et en tenant compte de certaines recommandations de l’Accord Politique Global notamment les réformes institutionnelles relatives aux prochaines élections présidentielles et aux pouvoirs du Premier ministre.

Le Président de l’UFC considère que les résultats du 14 octobre 2007 font ressortir deux principales forces politiques au Togo. Pour toute réforme, il faut d’abord un dialogue bilatéral entre le RPT et l’UFC, quitte à associer ensuite, le reste de la classe politique pour parvenir à un consensus. Se refusant à nourrir la polémique sur le déroulement des élections passées, Gilchrist Olympio a fait comprendre à ses interlocuteurs, l’urgence des réformes institutionnelles et du cadre électoral. S’il appelle à un nouveau dialogue, c’est parce que le leader de l’UFC est convaincu qu’il ne pourrait pas obtenir des réformes satisfaisantes à travers cette Assemblée nationale dominée par le parti au pouvoir. Il mesure également les difficultés qui l’attendent en perspective des prochaines élections du fait que toutes les institutions sont noyautées – selon lui – par le RPT. C’est donc pour contourner tous ces obstacles que Gilchrist Olympio souhaite un dialogue en vue d’aboutir à un accord sur toutes ces réformes qui seraient ensuite formalisées par l’Assemblée nationale.


Le Président de l’UFC n’a pas manqué d’évoquer le problème de la composition et du rôle du sénat. Il a également exprimé son souci de voir restituer les pouvoirs du Premier ministre tels que définis dans la constitution originelle du 14 octobre 1992. C’est-à-dire, un Premier ministre Chef de la majorité qui devra conduire la politique du gouvernement  en s’appuyant sur cette majorité.

Dans la constitution actuelle dite « toilettée », le Premier ministre travaille « sous l’Autorité du Président de
la République ». S’agissant de la question de l’impunité et  des droits de l’homme, Gilchrist Olympio a plaidé pour la mise en place d’une véritable commission pour faire la lumière sur les violations des droits de l’homme et arrêter le cycle de l’impunité au Togo. Tout en notant les problèmes soulevés par le Président de l’UFC, ses interlocuteurs estiment que toute démarche ne peut se faire que dans le cadre de l’Europe. Le Ministre Allemand des Affaires étrangères s’entretiendra avec le Président de l’UFC dans les prochains jours à Lomé.

A.S

Le RPT tend la perche aux adversaires de l’UFC

Le dialogue bilatéral tel que proposé par le président de l’UFC ne recueille pas l’adhésion du parti au pouvoir. Tout naturellement, le RPT a sauté sur l’occasion offerte par la désapprobation du CAR et des partis extraparlementaires.

« Je pense que la politique d’exclusion n’est pas de nature à aider le pays dans ce processus qui doit nous conduire vers la consolidation de la démocratie dans notre pays ».
Cette réponse de Pascal Bodjona met le RPT en position de secouriste intéressé des partis politiques qui accusent l’UFC de vouloir les reléguer aux oubliettes. Certains observateurs estiment qu’un accord entre les deux grands partis qui dominent la vie politique contribuerait à apaiser davantage la vie politique, à dépassionner le débat et  à faciliter le consensus. Seulement, voilà.

Depuis la rencontre infructueuse de San’ Egidio, le RPT s’était aperçu qu’il ne pourrait parvenir à un consensus avec l’UFC seule que dans la mesure où il accepte de lui céder le pouvoir.

On a l’impression que le RPT ne prend en compte les préoccupations de l’UFC que lorsqu’elles l’arrangent. La première fois où les deux partis habitués à se mettre « d’accord sur leurs désaccords» se sont entendus, c’était pour se partager des postes de présidence des commissions de l’Assemblée. Le RPT en avait  pris 4 et octroyé 3 à l’UFC au grand dam du CAR qui s’est vu exclu du partage du «gâteau ». Si ce deal a été possible, c’était sans doute parce qu’après avoir raflé tous les postes du Bureau de l’Assemblée, le RPT a cru devoir se racheter en laissant l’UFC seule s’adjuger les trois présidences des commissions restantes. On se rappelle également comment le RPT avait accédé, contre l’avis de l’UFC, à l’érection du CAR en groupe parlementaire. Et donc, au gré de ses intérêts, le parti au pouvoir ne se prive pas de jouer l’UFC contre ses anciens alliés et vice-versa.


Le leader de l’UFC ne manque pas de rappeler que c’est par dépit que son parti a dû adhérer à l’APG, ses alliés d’hier étant considérés comme des obstacles l’ayant empêché de faire plier le RPT sur des points importants en se montrant peu intransigeants lors des discussions à Ouaga.


Mais si l’UFC a intérêt à affronter seule le RPT, le parti au pouvoir est convaincu qu’il tirerait plutôt profit à impliquer toutes les autres forces politiques qui ne veulent pas se laisser enterrer au cimetière de la bipolarisation politique. Le RPT, et c’est de bonne guerre, joue sur l’inimité désormais absolue entre l’UFC et ses anciens alliés. La réélection de Faure Gnassingbé étant sa préoccupation principale, à défaut de voir ces partis le soutenir lors de l’élection présidentielle, le parti au pouvoir gagnerait à voir l’UFC aux prises avec ses alliés d’hier. Il est clair que les exigences telles que posées par l’UFC n’arrangent nullement le RPT qui y voit une manœuvre visant à empêcher la réélection de Faure Gnassingbé en 2010. De plus, le parti au pouvoir redoute un dialogue bilatéral pouvant être interprété comme une consécration de la bipolarisation de la vie politique dont ses adversaires le rendent responsable.


Abass SAÏB


Fortes hausses de prix des denrées
La première crise sous le PM Komlan Mally
Les salaires dans l’Administration publique auront connu une augmentation cumulée de 13 % entre 1998 et 2008, au terme d’une promesse de revalorisation prochaine de 3 % des salaires annoncée par le nouveau gouvernement d’ouverture, ont fait remarquer de nombreux analystes locaux de la situation socio- économique et politique du Togo.

En fait, au programme du projet de société de ce gouvernement, une reprise complète du programme de campagne en avril 2005 du chef de l’Etat togolais Faure Gnassingbé, les autorités togolaises entendent revaloriser de 3 % les salaires de la fonction publique, la troisième après deux autres de 5 % intervenues en 1998 et 2005.

Cette nouvelle mesure intervient dans un contexte où les décisions d’un dialogue social tripartite, entre le gouvernement, le patronat et les syndicats des travailleurs, n’ont pas encore connu un réel début d’application.

Ces conclusions concourent à une amélioration conséquente des conditions de vie des travailleurs, entre autres, par une revalorisation de la grille salariale devenue dépassée par le niveau de vie au Togo.

Le principe de revalorisation annoncée par le gouvernement est globalement bien accueilli par les fonctionnaires et les centrales syndicales. Cependant, ils indiquent « insignifiant » le taux de 3% par rapport à l’urgence qu’impose le coût de vie qui ne cesse de grimper face aux prix des denrées qui flambent démesurément chaque jour.

Au fait, des augmentations de prix, répétées tous azimuts depuis 1990, ont rendu le niveau de vie très élevé par rapport aux salaires qui n’ont jamais été suffisamment améliorés avec une grille salariale jamais révisée depuis près de 40 ans, ont souligné les analystes. En exemple, le prix de la bouteille de 66 cl de bière brassée sur place est passé de 140 Fcfa en 1990 à 250 Fcfa pendant la crise de 1992, et 350 Fcfa après la dévaluation de 1994 pour finalement coûter aujourd’*** 500 Fcfa sur le marché.

La baguette de pain coûtant 40 Fcfa entre 1988 et 1990 est vendue actuellement sur le marché à 100 Fcfa en décembre 2007 et 125 Fcfa en janvier 2008, mais avec un poids considérablement réduit. Pendant ce temps, le prix de la boîte de 900g de lait entier en poudre est passé de 1500 Fcfa en 1990 à 4000 Fcfa aujourd’***.

Dans le domaine du transport, les prix ont connu des augmentations considérables, conséquence de l’augmentation du prix du pétrole et des produits pétroliers sur le marché international. Le prix du transport en commun entre deux quartiers populeux de la capitale togolaise, Bè et Kodjoviakopé distants de près de 5 km, est passé de 50 Fcfa entre 1988 et 1990 à 75 Fcfa en 1992 et à 200 Fcfa aujourd’***.

Manifestement, les prix des denrées de premières nécessité ont toujours flambé à chaque tournant politique relativement lié à des échéances électorales dans la crise togolaise, lorsque le climat politique laisse entrevoir à l’horizon de moindres situations de conflagrations sociales.

Déjà en 1992, à la faveur de la grève générale illimitée, une grève politique de près de 9 mois, les prix ont augmenté de façon anarchique, à cause d’une pénurie artificielle induite par la spéculation en raison de la crainte de troubles sociopolitiques sans précédent, se sont souvenus les observateurs locaux. Les cautions pour les loyers, autrefois exigées pour trois ou six mois, sont subitement exigées pour un ou deux ans, alors que la bourse du Togolais ne lui permet pas d’honorer cet engagement.

C’est ainsi qu’en 2005, avec l’élection présidentielle et les violences qui l’ont caractérisée, le phénomène s’est répété avec une flambée des prix qui avaient presque doublé en l’espace de trois mois, février et avril, au regard du présage d’une guerre civile en ce temps. Et les taxes douanières souvent élevées et nombreuses y sont pour quelque chose.

Mais, les premières augmentations inattendues des prix des denrées étaient intervenues en 1994, à l’issue de la dévaluation du francs CFA, avec des prix qui avaient presque doublé le lendemain de cette décision, sans que les fonctionnaires n’aient bénéficié d’aucune mesure d’accompagnement.

Malgré de différentes concertations entre des associations et les opérateurs économiques, les vendeurs et les autorités togolaises, en matière de contrôle des prix, les résultats se font attendre et le consommateur continue de crier impuissant devant les prix qui ne cessent de flamber.

Cette situation constitue, à n’en point douter, la première épreuve du Premier ministre Mally condamné par la Constitution à être le réceptacle de la grogne populaire. S’il donne l’air de ne pas s’en inquiéter, on attend de voir comment il s’y prendra lorsque les populations qui en auront marre de la cherté de la vie descendront dans la rue.


L. R

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