Golfe Infoe #350 du 28 janvier 2008
Ce que d’aucuns prédisaient au lendemain de la proclamation des résultats des élections législatives du 14 octobre 2007, risque d’arriver dans les prochains jours. Il s’agit de l’achat par la majorité de certains députés du camp adverse, notamment ceux de l’UFC.
Selon certaines informations, la majorité parlementaire surprise par les attaques et les tentatives de ‘‘déstabilisation’’ de l’Union des Forces de Changement (UFC), serait en train de lui préparer actuellement la réplique. Et ceci, à prix d’or. Elle aurait proposé à un groupe de députés de la « minorité non écrasée » des millions (environ 6 chacun), des villas et des moyens de déplacement (véhicules 4X4) contre leur ralliement à la « majorité écrasante ».
D’après les sources, après avoir été approché par un émissaire du camp adverse, un ancien ministre de la Communication, ce groupe de députés du « Détia », composé pour l’essentiel d’élus de l’intérieur du pays, est allé soumettre un lot de « doléances » aux responsables de leur parti. Ils auraient réclamé des villas et des voitures comme le camp d’en face le leur a promis en cas de ralliement. Pour l’heure, ils n’auraient pas obtenu satisfaction et le parti ne semble pas disposer à leur offrir ces « cadeaux en nature ».
Tout en confirmant l’existence de cette tentative de débauchage, un responsable de l’UFC a laissé entendre que le parti s’y attendait. En plus, devait-il ajouter, « c’est de bonne guerre. Quitte à nos élus de prouver qu’ils valent mieux que des millions et qu’ils ne sont pas en politique pour des intérêts personnels, mais pour la cause nationale».
Avec seulement 27 députés à l’Assemblée nationale, le parti de Gilchrist Olympio semble poser plus de problèmes à ceux qui lui ont attribué cette « note électorale ».
Des assises de la séance de droit à celles relatives à l’étude et à l’adoption du budget, cette formation politique aura démontré, à travers les interventions de ses juristes : Isabelle Améganvi, Adama Doe-Bruce et Georges Lawson, et ses politiques : Patrick Lawson et Jean-Pierre Fabre, qu’elle maîtrise bien les rouages du jeu parlementaire. Des démonstrations de forces qui ont conduit certains à opter pour la fragilisation de cette minorité, déjà ‘‘incapable’’ de bloquer le cours des évènements au parlement.
C’est en prévision de ce genre de situations que le leader de l’UFC, avait, lors de la cérémonie d’investiture des candidats de son parti aux législatives, demandé aux postulants de faire un serment de fidélité et de s’engager entre autres « à démissionner de leurs fonctions de député en cas de transhumance politique ».
En 1994, le RPT (Rassemblement du Peuple Togolais), légèrement dominé par l’opposition CAR (Comité d’Action pour le Renouveau)-UTD (Union Togolaise pour la Démocratie), a dû recourir à l’époque à cette pratique pour fragiliser davantage une coalition déjà minée par des querelles de chefs. Aujourd’***, loin de vouloir seulement s’adjuger quelques députés opportunistes de l’UFC, la manoeuvre serait destinée à déstabiliser psychologiquement l’adversaire.
Pour l’heure, les élus de la bannière jaune jouent aux apôtres de Jésus et nient avoir été approchés alors que dans le camp d’en face, on annonce pour la prochaine rentrée parlementaire des surprises.
Pays atypique, le Togo est une contrée où l’argent sert à beaucoup de choses, notamment à l’achat de personnalités politiques. Ainsi, de 1990, année du début du processus démocratique à 2008, nombreuses sont les personnalités politiques togolaises qui ont, chemin faisant, changé de camp. On citera le cas non moins important de l’ex-député CAR Allagbé Kokou, devenu préfet du Zio puis de Wawa depuis le dernier mouvement des représentants du pouvoir central, ou encore celui de l’ancienne ministre de la Protection de l’Enfance et des Personnes Agées, Christine Agnélé Abra Messan (ancienne militante du CAR et actuelle député RPT à l’Assemblée).
D’autres personnalités comme Amah Gnassingbé (ex-2e vice-président de l’UFC), ont eu aussi à faire fausse route à leurs camarades de parti pour se retrouver soit à la « mangeoire » au nom de la politique de la collaboration, soit membre du parti au pouvoir avec l’espoir de décrocher une petite place au soleil.
En attendant que l’on assiste au premier coup de théâtre de cette législature, le parti du ‘‘fils de l’indépendance’’ annonce pour ce mardi une conférence de presse de rentrée politique. A cette occasion, le parti entend porter certaines informations à la connaissance du public.
Marc D. kouakani-assi
Pérennisation des fêtes à Eyadema : Quand le RPT fait ce qu’il reproche à Gilchrist
Jeudi 24 janvier dernier, « le peuple togolais » s’est souvenu de « l’accident » ou de l’ « attentat » de Sarakawa qui a failli coûter la vie à l’époque au timonier national, Eyadema Gnassingbé. La célébration de cette autre fête a mobilisé les sommités de l’Etat. Mais au-delà de l’aspect souvenir de l’évènement, c’est la pérennisation des fêtes à Eyadema qui semble heurter certaines sensibilités. Du coup, cela suscite des interrogations et certains s’interrogent sur la sincérité des reproches faits au fils de l’indépendance qui est allé déposer des gerbes sur les lieux d’assassinat de son père.
Parmi les nombreux héritages que feu Général Etienne Eyadema Gnassingbé a légués à ses héritiers politiques et au peuple togolais, il y a une litanie de « fêtes ». Celles-ci tiennent le haut du pavé dans les annales du pays. Ainsi, jeudi dernier, Faure Gnassingbé qui semble être le gardien de ces célébrations, n’a pas manqué d’honorer la tradition : le 34e anniversaire de l’« attentat » de Sarakawa a été une fois encore célébré comme au temps du « vieux » : offices religieuses, dépôts de gerbes aux monuments aux morts, des mots du « miraculeux de Sarakawa » etc.
Pour l’occasion, presque tout le gouvernement avec à sa tête, Faure Gnassingbé, tout de blanc vêtu, a « élu domicile » dans la petite ville de Sarakawa. La chaîne de télévision nationale dans son édition de 20 heures, a consacré environ 45 minutes pour relater les manifestations telles qu’elles se sont déroulées dans la matinée sur le site de l’évènement.
Tout comme le 13 janvier, date de la « libération nationale », le 24 janvier est baptisée « journée de la libération économique », jour où le guide togolais a triomphé des manœuvres des colons qui voulaient mettre un terme à la vie du Général Eyadema ; celui qui les empêcherait de piller davantage les phosphates du pays.
Dans la chaîne des fêtes, on retrouve également, le « 02 février », pompeusement désignée fête du « retour triomphal ». Selon l’histoire, c’est la date que feu Etienne Eyadema Gnassingbé a choisi pour regagner Lomé, après avoir échappé à la mort à Sarakawa.
Dans cette énumération, on ne pourra pas oublier le 28 juin. Cette date rappelle la disparition en 1986 de Maman N’Danida, la « bienheureuse » mère de l’ancien chef de l’Etat du Togo. Reste, le 21 juin, « fête des Martyrs de Pya Hodo » que la Conférence Nationale Souveraine de 1991 a réussi a transformer en « fête des Martyrs » pour prendre en compte l’ensemble des Togolais qui ont dû laisser leur vie pour que vive le pays.
Toutes ces journées continuent d’être célébrées en grande pompe ou dans la « sobriété ». Qu’elles soient vues sous ces doubles aspects ou pas, il y a fondamentalement au Togo, une politique de deux poids, deux mesures.
De quoi s’agit-il ?
Le pouvoir en place ne manque pas d’occasion pour ancrer dans la conscience collective, l’image et les réalisations du défunt Eyadema Gnassingbé. En plus des rues, des Boulevards et autres édifices (aéroport international de Lomé, les Camps militaires, établissements scolaires) qui sont dédiés à «l’homme du 13 janvier », la célébration de ces journées précitées participe à une sorte de politique qui fait croire que seul, le Général Eyadema Gnassingbé a véritablement marqué l’histoire du Togo. Quoi de plus normal, quand on sait qu’en 48 ans d’indépendance, le Togo a connu 4 chefs d’Etat, dont Eyadema qui a fait 36 ans de règne.
Pendant ce temps, on continue par diaboliser les autres. Pour ces derniers, il a fallu la mise en place d’une commission pour réécrire l’histoire du Togo avant qu’une portion de rue soit trouvée pour porter leur nom.
La question que nombre de Togolais se posent est l’importance de ces fêtes étant donné que le Général Eyadema , l’homme sous lequel toutes ces journées ont été instaurées n’est plus de ce monde. La réponse à cette question est vite trouvée chez ceux qui entretiennent la tradition : « Même si le Général Eyadema est mort, ses œuvres existent », soutiennent-ils. Commentant la célébration du 34e anniversaire de l’« attentat » de Sarakawa, un journaliste de la télévision nationale fait l’analyse suivante : « ….Il y a des évènements qui ne s’effacent jamais de la mémoire d’un peuple ». Il est bien évidemment question de pérenniser le nom du président Eyadema. Le 24 janvier 1974, le Général a failli perdre sa vie dans ce que certains appellent « accident », même si après, l’évènement est qualifié d’« attentat ».
Un accident ou un attentat, en tout cas d’après certaines sources, avant le décollage du DC 10 présidentiel en direction de Kara, le pilote aurait averti les passagers sur la surcharge de l’avion. Le pouvoir de Faure Gnassingbé se souvient donc d’un « accident » dans lequel, le président est sorti idem. Sous d’autres cieux, c’est un non évènement. Mais ici, on en fait une manifestation, et pour cela, tout le gouvernement s’est déplacé, paralysant ainsi l’administration. Au même moment, on veut fêter dans la sobriété le 27 avril, fête de l’indépendance.
Si donc le « gravage » des réalisations du Général Eyadema dans la mémoire collective passe par la pérennisation de ses fêtes souvent controversées, pourquoi chercherait-on à incriminer une catégorie de citoyens qui a choisi d’honorer la mémoire de leur parent tué lors d’un coup d’Etat militaire ?
En effet, le 10 janvier dernier, le leader de l’UFC (Union des Forces de Changement) Gilchrist Olympio, a réclamé au cours d’une conférence de presse, la constitution d’une commission d’enquête internationale pour faire la lumière sur les auteurs et les circonstances de l’assassinat le 13 janvier 1993, de son président de père, Sylvanus Olympio. Cette demande a provoqué un tollé général au sein de la classe politique nationale. Sur cette question, le secrétaire général du RPT (Rassemblement du Peuple Togolais), Solitoki Esso, s’est dit « surpris par les déclarations de Gilchrist Olympio ». Quand au ministre Gilbert Bawara, il a tout simplement qualifié le chef de file de l’opposition d’ « amnésique ». Tous ont évoqué la lettre et l’esprit de l’APG (Accord Politique Global qui a prévu la mise en place des commissions pour régler ce genre de questions) pour diluer la pertinence de la requête du patron de l’UFC d’une part et d’autre part, ont qualifié sa demande d’une « affaire personnelle ». Mais, le plus curieux dans ce débat, c’est le fait que des gens imaginent que le temps a fait son chemin et que cette demande est passéiste. Pourtant, il y a plus de 40 ans, la mort de l’opposant marocain, Medhi Ben Barka, probablement assassiné à Paris selon les dernières informations, fait l’objet d’une enquête judiciaire en vue de retrouver les auteurs de ce crime.
Par ailleurs, la Justice continue de statuer sur le sort des *** allemands, 63 ans après les massacres de la 2e guerre mondiale.
Dès lors, doit-on blâmer le leader de l’UFC pour avoir demandé une enquête sur l’assassinat de son père qui se trouve être le premier président démocratiquement élu du Togo ? De l’avis de certains juristes, il est inadmissible que des gens se lèvent un jour, prennent des armes pour aller tuer un président de la République et que le peuple ne sache jamais ceux qui ont commis cette forfaiture. Quel citoyen togolais ne chercherait pas à réclamer la lumière sur un tel évènement surtout quand il s’agit de ses proches, se demandent-ils. Il ne faut pas non plus ignorer qu’en Afrique, « aucune mort n’est naturelle ». Autrement dit, la demande de Gilchrist Olympio fait partie des valeurs togolaises même s’il y a des dispositions « légales » qui ne militent pas en faveur d’une action judiciaire. Il ne faut pas non plus oublier que jusqu’à présent, les Togolais ne savent ce que sont devenues les conclusions de la Commission de Mgr. Casimir Dosseh-Agnron. Dans le cas spécifique de Sylvanus Olympio, il s’agit d’un assassinat qu’un ancien Sergent de l’armée coloniale française aurait même revendiqué.
Il faut restituer l’histoire du Togo
Durant les manifestations du 34ème anniversaire de l’«attentat» du 24 janvier, une partie de l’histoire du Togo que certains citoyens tentent d’occulter a été restituée par le défunt Général Mawulikplimi Améyi. En effet, dans son témoignage (tiré des archives de 1989) sur l’« attentat » du 24 janvier 1974, le Général Améyi a fait référence à deux dates dans l’histoire du Togo. Il a dit en substance, «13 janvier 1963, 24 janvier 1974, deux dates importantes dans l’histoire du Togo ». Les analyses ici concernent la date du 13 janvier 1963 qui marque le jour de l’assassinat du président Sylvanus Olympio.
Depuis les bancs de l’école primaire, tous les élèves du Togo savent que le 13 janvier qu’ils célèbrent à travers les mouvements d’ensemble, n’est pas celui de 1967 mais plutôt celui de 1963. Alors, il y a une sorte de mensonge politique qui se retrouve aujourd’*** dans les discours qui tentent de faire croire que c’est le 13 janvier 1967 qui est célébré et non l’assassinat de Sylvanus Olympio.
Par ailleurs, certains Togolais, suivant les derniers développements de l’actualité, s’interrogent sur la date exacte de l’indépendance de leur pays. D’après le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, et membre du comité politique du RPT, Pascal Bodjona, le 27 avril 1960 serait un arrangement et qu’en fait, cette date marque le lancement politique du CUT (Comité de l’Unité Togolaise), le parti des nationalistes qui a remporté les législatives de 1958. « Pourquoi n’a-t-on pas tout de suite proclamé l’indépendance du Togo en 1958 et qu’il a fallu attendre deux ans plus tard pour le faire?», s’est-il interrogé. S’il y a eu arrangement comme le soutient le ministre Bodjona, réplique un observateur, faut-il comprendre que c’est e qu’a fait aussi la junte militaire en 1967? Car, confie celui-ci, le Général Eyadema n’est pas venu au pouvoir le 13 janvier 1967, mais en avril 1967. Pour lui, autant le 13 janvier 1963 constitue pour certains Togolais, une journée de « libération », autant d’autres citoyens pourraient faire du 05 février, la date de leur libération. Selon lui, si le 13 janvier 1963, peut-être considéré comme une « journée de libération » pour certains, parce que le président assassiné ce jour aurait commis des dérapages, il n’est pas non plus cynique que des Togolais décrètent dans l’avenir, le 05 février (le jour du décès du Général Gnassingbé Eyadema) comme celle de leur « libération ». Car, le régime d’Etienne Eyadema Gnassingbé n’aura pas fait que du bien. Pour certains Togolais, le défunt président était un « tyran, un grand dictateur » et par conséquent, le jour de son décès, il n’est pas exclu qu’ils ont sablé des champagnes.
Au-delà de toutes ces polémiques politiciennes, il faudra qu’un jour, les historiens rétablissent l’histoire du Togo dans son exactitude pour créer le sentiment d’appartenance à une Nation au sein des 5 millions d’âmes togolaises. Les récupérations politiques de ces évènements ne profitent à personne. Bien au contraire, elles creusent davantage le fossé de la division et de la haine tribale.
Des inquiétudes au sein de l’opinion nationale….
Les réactions qui ont accompagné les déclarations de Gilchrist Olympio dénotent de la part du pouvoir togolais, une certaine crainte dans le dossier des violences politiques au Togo. Cela justifie à certains égards, la lenteur que connaît la résolution de cette question. Si la demande de Gilchrist Olympio a pu provoquer un tel degré de réactions, font constater des observateurs, quel sort sera-t-il réservé aux dizaines de Togolais massacrés entre février-mai 2005, aux assassinats qui ont lieu dans les années 1990 surtout ceux du 25 janvier 1993 au Fréau Jardin, aux «tristement célèbre » prisons de Kasaboa et d’Agonbio, aux assassinats extra-judiciares dont ont fait cas les associations nationales et internationales de Défense des Droits de l’Homme etc.
Il faut arriver à trouver ce qui réunit les populations que de vouloir à chaque fois tirer sur certaines fibres qui risquent de créer d’autres ennuis au processus de réconciliation nationale.
Noël Y. A. GLISSOU