Golfe Info du 31 décembre 2007
Benazir Bhutto se savait déjà sous la menace de plusieurs de ses adversaires. eEle sera finalement tuée jeudi dernier dans un attentat. Son assassinat plonge plus que jamais le Pakistan, déjà fragilisé, dans une situation d’instabilité politique
.
Jeudi 27 décembre dernier, après avoir reçu en audience le président afghan Hamid Karzaï, l’ex-premier ministre pakistanais, Benazir Bhutto, se rendit à Rawalpindi dans la banlieue d’Islamabad à la rencontre de ses partisans. Cette rencontre se situe dans le cadre des préparatifs des élections législatives qui devront se tenir le 8 janvier prochain. Visée déjà dans le passé par plusieurs attentats auxquels elle a toujours échappé, elle ne réussira pas cette fois-ci à éviter la balle de son assassin et sera tuée à la fin du meeting devant ses fidèles. Benazir Bhutto est morte presque dans les mêmes conditions que son père et ses deux frères. Son père qui fut lui aussi premier ministre du Pakistan, a été pendu en 1979 par son successeur, le général Zia Ul-Haq tandis que ses deux frères, Murtaza et Shahnawaz Bhutto mouront dans des conditions jusque là non encore élucidées. Mais, selon certains analystes, tout porte à croire qu’ils seraient victimes d’un assassinat politique. Benazir Bhutto et les siens seraient-ils une dynastie « maudite » ?
Une condamnation de part le monde
L’assassinat de Benazir Bhutto a suscité des réactions de condamnation dans le monde entier. Pour le Vatican, le meurtre de Bhutto est « terrible et tragique ». Il montre selon Frederico Lombardi, le porte-parole du saint siège, « combien il est extrêmement difficile de pacifier une nation si touchée par la violence ». La Commission européenne a également condamné l’assassinat de Bhutto, le qualifiant d’attaque contre la démocratie et contre le Pakistan. Elle espère que le Pakistan restera ferme sur la voie d’un retour au gouvernement civil démocratique. Pour la Ligue arabe, l’assassinat de Benazir Bhutto est un « crime haineux et terroriste ». Les Emirats Arabes Unis, « foyer » de Bhutto durant ses 8 années d’exil, ont dénoncé le meurtre de l’ex-premier ministre et appelé le pays à l’union.
Les condamnations sont également venues du coté de l’hexagone où dans une lettre au gouvernement pakistanais, le président français, Nicolas Sarkozy a qualifié l’assassinat d’ « acte odieux ». « Plus que jamais, il est nécessaire que les élections législatives pakistanaises aient lieu dans des conditions de pluralisme, de transparence et de sécurité », a-t-il précisé. La Maison Blanche, pour sa part, a fustigé les actes de violence au Pakistan qui ont tué Bhutto. Le Royaume-Uni, l’Italie, l’Iran, la Russie, l’Afghanistan et même le voisin indien ont tous condamné l’attentat meurtrier perpétré contre le leader du PPP.
Qui peut en vouloir à Benazir Bhutto ?
Au lendemain de l’attentat, le gouvernement de Pervez Mousharaf a accusé le réseau Al-qaïda d’Oussama Ben Laden d’en être le responsable. Mais le chef d’Al-qaïda au Pakistan a apporté un démenti formel à cette accusation en rejetant la responsabilité de la mort de Bhutto sur le gouvernement pakistanais. De leur coté, les partisans du PPP de Benazir Bhutto, accusent Pervez Mousharaf d’avoir tué, leur leader, du moins indirectement, en ne mettant pas à sa disposition les mesures sécuritaires nécessaires. Ainsi, il est difficile pour le moment d’établir les responsabilités dans le meurtre de Bhutto. Mais de l’avis de certains analystes, Benazir Bhutto est non seulement dans la ligne de mire du réseau Al-qaïda mais aussi dans celle des extrémistes religieux parce qu’elle avait violemment attaqué dès son retour au pays, les chantres de l’islamisme radical pakistanais. En retour, les extrémistes avaient promis se venger d’elle. D’autres encore pointent du doigt, les Talibans et les services secrets pakistanais.
Les premiers, qui n’avaient aucun intérêt à ce que le Pakistan soit stable, devraient éliminer cette femme pour déstabiliser le pays et le rendre ingouvernable à leur ennemi juré, le président pakistanais. Les seconds, devraient le faire parce que Benazir Bhutto représente une menace constante pour le pouvoir de Pervez mousharaf. L’ex-premier ministre du Pakistan semble d’ailleurs donner raison à ces analystes puisqu’elle même avait de son vivant, dressé une liste de tous ceux qui en veulent à sa vie. Dans cette liste, on retrouve les probables coupables précités.
Quel avenir pour le Pakistan?
La tragique disparition du leader du PPP plonge désormais le Pakistan dans une anarchie et dans une situation d’instabilité totale. D’une part, le pays étant fragilisé par des velléités d’attentats des extrémistes religieux, cette situation risque de se renforcer avec les manifestations de rue des partisans de Benazir Bhutto. D’ailleurs, l’armée de Mousharaf a reçu l’ordre de tirer à vue sur tout fauteur de trouble, les manifestations qui font rage depuis la mort de cette dernière, ont déjà fait des dizaines de morts.
Au cours d’une réunion hier dimanche, les opposants au régime de Mousharaf ont décidé de participer au scrutin législatif de l’année prochaine. Seule incertitude, la date de ces élections. Mais aux dires de plusieurs observateurs avisés de la scène politique pakistanaise, le scrutin ne peut pas se tenir dans le climat politique actuel et vouloir le maintenir au 8 janvier sera de nature à plonger d’avantage le pays dans le chaos qu’il vit actuellement le pays.
Rodolphe TOMEGAH