Golfe info du 31 decembre 2008
Le 13 janvier prochain, le sol asphalté du Boulevard Général Eyadema Gnassingbé pourrait être une fois encore soumis aux coups des «Rangers» des éléments des FAT (Forces Armées Togolaises) et des couches socio- professionnelles et culturelles de la population togolaise. La tradition du 13 Janvier va donc encore être respectée.
Poitrines dégagées, bras ballants : comme des élèves du cours primaire, ces hommes sur l’image à gauche participent aux répétitions générales dans le cadre de la célébration du 13 Janvier 2008. L’édition 2008 du 13 Janvier sera la 41e depuis l’arrivée du « clan Gnassingbé » au pouvoir au Togo.
Du terrain de l’aéroport (situé au quartier N’Kafu) au Boulevard Eyadema tout comme sur plusieurs artères de la ville de Lomé, ces mouvements d’ensemble sont perceptibles depuis un certain temps. Le clou des manifestations se déroulera le dimanche 13 janvier probablement, sur le Boulevard Eyadema, au niveau du Garage Central Administratif avec l’imposant défilé civil et militaire.
L’historique du 13 Janvier
La fête que le « peuple togolais » s’apprête à célébrer le dimanche 13 janvier 2008 est l’une des plus controversées du pays. En effet, aux premières heures de ce 13 janvier 1963, le premier président démocratiquement élu du Togo, Sylvanus Olympio a été assassiné, après seulement deux années d’exercice du pouvoir. D’après les informations, ce jour- là, un groupe de militaires à la tête duquel se trouverait un certain Sergent Etienne Eyadema Gnassingbé a pris d’assaut le domicile présidentiel. Le maître des lieux sentant le danger, se serait, réfugié dans les jardins de cette résidence. D’autres sources par contrer ont rapporté qu’il aurait plutôt escaladé les murs de sa maison pour se cacher dans l’enceinte de l’Ambassade d’Amérique au Togo. Toutefois, quel que soit le lieu de cette cachette, toujours est-il que, des coups de feu ont retenti et ont coûté la vie au « père de l’indépendance » du Togo. Ce coup d’Etat militaire, la première sur le continent noir, a fait tache d’huile et a entraîné la disparition de plusieurs nationalistes africains. Entre- temps, le Général Eyadema aurait revendiqué le coup fatal qui emporta le président Sylvanus Olympio avant de se rétracter plus tard. Pour les proches du président assassiné, c’est l’ancien Sergent de l’Armée française qui est l’auteur de ce crime. Dès lors, l’assassinat du président Sylvanus Olympio va marquer la vie politique togolaise et les séquelles de cet évènement perdurent toujours dans le débat politique national.
Les militaires qui ont pris le contrôle du pouvoir à partir de cet instant, vont installer à la tête de l’Etat le beau-père du président défunt, Nicolas Grunitzky qui sera déposé à son tour quelques années plus tard. En effet, quatre ans après leur premier coup d’essai, les militaires reviendront à la charge pour écarter Nicolas Grunitzky le 13 janvier 1967. S’ensuit une transition de 04 mois conduite par Kléber Dadjo.
Eyadema Gnassingbé monte ensuite au pouvoir et décrète le 13 janvier « date de la libération nationale ».
Depuis lors, la date du 13 Janvier est devenue l’une des nombreuses fêtes nationales et est célébrée avec faste. De son vivant, le Général Eyadema Gnassingbé y invitait quelques uns de ses pairs africains ainsi que les « amis » du pouvoir pour rehausser l’éclat des manifestations.
Le défilé civil et militaire se déroulait dans le temps sur le Boulevard du Mono en bordure de la mer. Il est précédé très souvent par des cérémonies de décoration des Officiers supérieurs des FAT et des personnalités civiles. Le président Eyadema, à qui on avait attribué beaucoup de sobriquets fut de ce fait appelé « l’homme du 13 janvier ».
Le 13 Janvier dans le contexte actuel
Il faut reconnaître qu’avec l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir en 2005, la célébration du 13 Janvier a perdu un peu de sa ferveur. Il a apporté quelques retouches à la fête chère à son défunt père. Du Boulevard du Mono, le « 13 Janvier » a désormais élu « domicile » au Boulevard Eyadema. Mais la plus grande innovation que Faure Gnassingbé a apportée à cette célébration aura été la célébration depuis 2006, d’une messe en la mémoire du président Sylvanus Olympio ; ce qui n’a jamais été fait du vivant du « père de la nation ».
Par ailleurs, une partie de la classe politique nationale et de la population togolaise contestent cette célébration, estimant que ce jour devrait constituer un jour de deuil pour le peuple. Il se dit également que la célébration de cette fête aujourd’*** constitue une négation du discours de la réconciliation nationale que le chef de l’Etat clame haut et fort. D’autres citoyens pensent aussi que cette manifestation n’a plus sa raison d’être dans la mesure où le Général Eyadema Gnassingbé, son initiateur n’est plus de ce monde. Un argument que les partisans de la continuité balaient du revers de la main. Ceux-ci avancent que même si le président Eyadema Gnassingbé est mort, ces œuvres subsistent et donc le souvenir de cette date constitue un hommage à sa mémoire.
Quant à Faure Gnassingbé, même s’il a l’intention de mettre un terme à cette fête, il ne pourra le faire de si tôt, au risque de heurter certaines sensibilités car en fait, le « 13 Janvier » s’apparente à une forme de symbole du « clan au pouvoir » et ce, même si entre-temps, la date serait devenue la « fête des armées » togolaises.
Noël Y. A. GLISSOU
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